2 avril 2025. Papa François Kabwita, un monument de ma jeunesse, s’en va. Que la terre de nos ancêtres lui soit douce et tendre. Directeur à Matari, Bandundu et Kenge, cet éducateur chevronné a servi la jeunesse et le diocèse de Kenge avec compétence, zèle et générosité. Condoléances mutuelles à Ma Sophie et à toute la famille. Union de prières et de cœur avec Espérance, Rigobert, Patricia, Blaise, Aimée, Tonton. Sans oublier Prudence trop arrachée à notre affection. Sans oublier les Lufwa et les Mawana. L’émotion est grande. Adieu Papa François. Merci pour tout. Que des souvenirs. Que votre âme repose en paix.
Remontons à quelque 60 ans plus tôt. Nous sommes à Mutoni, je suis en première annèe primaire en 64 lorsque Papa François vient séjourner chez nous. Elancé, teint clair, une voix timbrée. Un monsieur élégant et raffiné. Je ne saurais dire combien de temps sa visite a duré. J'ai retenu seulement que Papa Kabwita était parent à Papa Timothée Kimbinda et très proche de Papa Mabana. Puis il a disparu. Je le reverrai plusieurs années plus tard à Kimbau. Toujours de passage, à la fin de mon école primaire. Je savais qu'il était directeur à Matari, exactement comme mon père à Kimbau. Les échos qui venaient de Matari étaient très élogieux. En bon meneur d'hommes, il a réuni ses enseignants au sein d'une coopérative qui a acquis un camion et des élevages. A Kalonda, je serai en contact direct avec entre autres deux de ses élèves Arthur Pashi et Séraphin Kiosi qui lui vouaient un respect et une reconnaissamce absolus.
Je suis à la fin du petit séminaire lorsque pendant les grandes vacances de 75 la famille Kabwita passe par Mutoni, en route pour Bandundu. Ils sont conduits depuis Matari par le chauffeur Mayamba Lumingu. Lorsque, curieux, je m'approche du camion, grande fut ma joie d'être reconnu et interpellé par mon prénom par Papa François. Pour une surprise, c'en était vraiment une. Depuis ce temps-là, nous nous sommes revus à Bandundu lors de mes rares passages. Mais c'est plutôt à Kenge que dès l'année de ma règence en 78-79, je me rapprocherai de la famille. Je me rappelle d'un rapport que j'ai une fois fait à Papa François sur son fils Rigobert qui etait mon élève de français à Kalonda.
A mon retour de Rome, nous nous sommes reconnectés de facon constante. Papa François a joué un rôle important dans l'organisation sociale de nos ordinations diaconales et sacerdotales. Il nous a accompagnés aux prémices de Kimbau (10 août 83) et de Matari (15 août 83). Pendant mes années comme secrétaire de l'évêque et vicaire a la paroisse Anuarite, je passais souvent en visite à la maison. Une des rares maisons où je prenais volontiers un verre ou un repas. Je tenais de longues conversations, en kisuku et en français, avec Papa François, discutant de tous les sujets possibles. Le vénérable sage me prodiguait des conseils, et je sollicitais ses avis sur certains cas. Observateur attentif, il a constaté que j'étais marqué par mon passage romain et me comportais comme les Européens. Ce n'était pas un compliment, je n'en étais pas fier, j'ai retenu la leçon. Un matin, alors qu'il ventait et menaçait de pleuvoir, il est parti travailler aux champs dans la forêt de Manzau. Cette image-là me revient toujours: je le revois marchant rapidement contre le vent entre les eucalyptus de l'évêché. J'avais eu très peur pour lui.n
En juillet 2003, à l'occasion du 50eme anniversaire du mariage de Papa Donatien Mabana et Maman Christine Matsasu, c'est Papa François qui a tenu le discours de circonstances. "Mono ta tuba na kikongo sambu bantu yankaka ta sosa bifu, lingala ke ndinga na beto ve". C'était à Mokali, le dimanche 20 juillet 2023 en présence d'une centaine de personnes parmi lesquelles Papa Ngalula, Papa Bwangila, Doyen Bwangi, Mama Mosimi, les abbés M'Banga et Lemfu, etc. Merci Papa François pour votre belle performance oratoire. Je possède une vidéo de ce jubilé d'or.
En juillet 2005, je l'ai retrouvé comme par hasard sur Bagata au quartier 3 de Masina. Il était allé rendre visite à Papa Donatien Mabana. Son propos était clair: "Mr l'abbé, je ne savais que vous étiez là. Soit, moi, je suis là pour Mbutamutu." Quoique je pusse imaginer l'objet de sa visite, j'avais préféré leur laisser le temps de parler. C'est ainsi qu'après leur avoir offert à boire, je suis reparti pour Pigeon avec promesse de le retrouver chez lui à Ndjili. Ce que je fis quelques jours plus tard. C’est la seule fois que j'y suis allé. J'en garde un souvenir inoubliable. Le sujet de l'époque se passe de commentaires. Je l'ai revu à un deuil, je ne sais plus lequel. Celui de Maman probablement. Puis, plus rien, plus jamais rien, mais je suivais de plusieurs sources ses nouvelles, j'étais régulièrement informé de l'évolution de sa santé. Aujourd'hui que Papa François n'est plus de ce monde, c'est avec une profonde gratitude que je rends ce modeste témoignage et célèbre sa félicité éternelle.
Je laisse aux autres le soin de relater d'autres événements, de parler du pater familias, de l'éducateur et du directeur. Je m'arrête là. Merci Papa François. Wenda mboti Tata.