Ca donne ça. Quoi ça? Oui ça. Je suis surpris par le manque de professionalisme de certaines responsables qui nous dirigent ou nous contrôlent. Un agent contrôleur des dossiers académiques qui ne sait pas distinguer la référence d'un livre de celle d'un article n'est pas à sa place. C'est hélàs ce que j'ai vécu. Je n'ai jamais voulu le relever. Son problème, c'est l'argent. Tout peut s'acheter. Imaginez l'efficacité d'un bureau lorsque les agents se distinguent par une incompétence flagrante. A se demander comment ils ont obtenu ces postes. Des incompétents dirigent ceux ou celles qui savent, les contrôlent et les soumettent à leur incompétence. Et dire qu'il en va de l'avenir même du pays, de l'éducation et de l'enseignement universitaire ou supérieur. De simples questions critiques constructives sont perçues comme des antagonismes et des contestations des autorités incompétentes, sans un moindre discernement ni une remise en question. Encore moins un réévaluation. Du bas vers le haut comme du haut vers le bas, la société est entachée de nombreuses imperfections.
Kahiudi C Mabana
3 févr. 2026
Fin de janvier 2026
Nous sommes presque déjà en février, ou mieux en février 2026 dans quelque 3 heures. Le mois est passé très vite pour moi. Commencé à Cartagena en Colombie pendant la première semaine, en passant par Panama pendant deux jours et Barbados pendant une semaine, ce mois m'a vu à Londres, Kinshasa avant d'atterrir à Kenge où je me trouve actuellement. Je serai parti dans une ou deux semaines. Une semaine au lit, et deux semaines prévues d'enseignement et me voilà reparti. Ca va vite. Et dire que je suis l'un des plus réguliers. Février s'annonce comme un mois de défi et d'espoir.
30 janv. 2026
A Kenge depuis le 18 janvier
Voila bientôt deux semaines que je trouve à Kenge. Le petit malaise de santé est passé. Je m'emploie a vivre aussi sainement que je peux. J'effectue des courtes marches autour de mon guesthouse. Sans forcer car le corps a son rythme et l'impose naturellement. J'observe la ville et les gens. De jolies constructions voient le jour ici et là. Des hôtels et flats s'érigent.partout, de belles villas familiales tout comme des buildings publics émergent par ci par là. Des chantiers, dont certains sont anciens ou abandonnés, s'alignent comme des vestiges jistoriqued sur les rues et voies publiques. La ville évolue mais demeure sous-urbanisée. Les érosions abondent partout. La pluie amène une insalubrité chronique avec des plastiques et des débris infectueux... la situation sanitaire n'est guère améliorée en dépit d'importants projets en cour. La population reste pauvre. La dévaluation du dollar n'a pas apporté la baisse des prix attendue. Au contraire, la vie devient difficile et implacable pour nos proches et familles. Les riches se pavanent sans retenue dans les rues; les pauvres subissent de plein fouet l'injustice sociale.
Chaque jour à mon retour de Mangangu, les étudiants se précipitent pour prendre place dans ma caracasse de voiture. Certains font la marche depuis Manzau ou Payeke Meleke. Des distances de plus de 10 km à pied aller-retour. Sans un sou pour se payer un transport en moto ni se procurer une banane ou un morceau de pain. Des situations insoutrnables. Et l'ISP ne dispose pas d'une structure d'aide aux étudiants démunis. Hélas comme tous les instituts éducationnels, l'ISP éprouve du mal à recevoir les émoluments académiques des apprenants. Un cercle vicieux certes, mais solvable.
Hier, pour la première fois, je suis allé au Champ de Tirs rendre visite à ma tante Mambakila. Je l'ai trouvée égale à elle-même sauf qu'elle se plaignait de ses yeux qui s'obscurcissent. " Mes yeux me trahissent tellement que je pourrais entrer une parcelle voisine, et comme je suis vieille, on me traitera de sorcière". J'ai ri spontanément, préférant éviter la gravité dramatique de cette affirmation. Il lui faudra des consultations et soins ophtamologiques. Elle pourrait avoir développé des cataractes ou autre chose. Sur le chemin de retour, j'ai fait un crochet au Camp ONL pour voir mes petits-neveux et nièces orphelins de père. J'ai promis d'y retourner dimanche.
Au retour à l'hôtel, je me suis replongé dans ma routine de lecture et de correction. Je lis les manuscrits de la prochaine RAK. Et je corrige les travaux quotidiens des étudiants. Il était 22h30 lorsque je me suis mis au lit. Bonne journée à toutes et à tous!
28 janv. 2026
Enseignant à l'ISP Kenge
28 janvier 2026. Je suis à Kenge depuis le dimanche 18 janvier. J'ai participé aux funérailles de Jean Jacques. Mais j'ai eu un souci de santé qui ne m'a pas permis de commencer mes enseignements la semaine passée. J'ai préféré prendre du repos avant d'entamer les cours. J'enseigne depuis ce 26 janvier.
J'avais prévu d'enseigner trois cours mais je n'en ferai que deux. Quitte à poursuivre le reste au second semestre. L'introduction du systeme LMD a eu pour conséquence la suppression du cycle traditionnel de la licence. L'ISP Kenge n'offre pas de masters actuellement. Mes cours dd L1 et L2 de l'ancien système sont rapportés au LMD3. Et il se découvre que les apprenants n'ont pas couvert la totalité du programme. Enseignant désormais au premier cycle des études supérieures, je suis obligé d'adapter le contenu du cours au niveau Bac+3. Ce qui change toute l'approche de mon enseignement.
J'ai choisi d'offrir un cours ordinaire de littérature francophone d'Afrique en lieu et place des "Questions spéciales de littérature africaine". Ainsi j'ai choisi de m'arrêter au thème : Négritude, écriture et oralité. C'est basé sur un chapitre de mon livre Ecritures en situation postcolonoale: Francophonies périphériques, Saarbrücken, EUE, 2013.
Ces décisions ont été prises afin de répondre aux besoins actuels et effectifs des apprenants, dont le niveau s'avère insuffisant pour aborder des questions approfondies habituellement traitées en maîtrises. Tel est le défi qu'il m'a été de traiter avec ce changement de cap LMD. Plutôt qu'un problème, j'y vois une opportunité d'amener les apprenants à améliorer leur connaissance de la littérature francophone et de lire des textes littéraires. Ce sera mon objectif.
Comment dire? Nous en sommes encore à l'expérimentation. Les apprenants sont censés écrire des travaux de fin d'études collectifs appelés "projets tutorés". Est-ce un progrès ou un recul? Est-ce qualitativement mieux que l'ancien système? Il est trop tôt pour l'évaluer objectivement. Je ne saurais pas me prononcer sur ce que font mes collègues enseignants, vu que je n'ai jamais assisté à une réunion à ce sujet. Le temps nous donnera la réponse.
19 janv. 2026
Adieu Jean-Jacques Hungu (1969-2026)
Arrivé à Kinshasa le 17 janvier, j'ai dû écourter mon séjour afin de me rendre au deuil familial survenu à la suite de la mort de Jean Jacques Hungu. Tout est allé trop vite. De courte ou de longue maladie ou ? Comment dire? Né en février 1969, Jean Jacques a été le dernier fils de mon grand oncle Kisalu Bakaba. Il n'a pas six mois lorsque décède son père. Ce cousin a grandi dans son cercle familial aussi humblement que cela pusse être. Intéressé très tôt à la mécanique, il est devenu chauffeur. C'est moi qui l'ai fait engager comme boy mécanicien à la procure de Kenge. Il laisse huit enfants, quatre filles et quatre fils parmi lesquels un Claver en guise de reconnaissance pour moi. Hier, aussitôt revenu de mon long séjour je suis passé deux fois à la veillée funéraire à la parcelle familiale. Que du monde malgré la pluie qui ne cessait de tomber.
19 janvier 2026. Aujourd'hui après la morgue, nous sommes allés à l'église St Esprit pour la messe funéraire. Belle messe, bonne chorale, beau service. A la fin de la messe, le protocole a été dérangé par les jeunes de Terre sans loi, Kingwangala. Oncle François Médard Mayengo a lu la biographie, moi j'ai présenté les remerciements de la famille à la fin de la liturgie. Alors que le protocole prévoyait une levée du corps par les agents de Bodi Batu où JJ a travaillé comme chaufeur de bus, mais les jeunes gens ont pris le cercueil sur leurs épaules avant de s'évanouir dans la nature, scandant des chansons vulgaires et désarticulées. J'ai rencontré des tas de personnes non revues depuis plusieurs années. Mes tantes, cousines et cousins étaient tous présents. Alors que je me préparais à monter sur une moto, j'ai été aperçu par Monsieur l'Abbé Floribert Kiala qui m'a offert une place à bord de sa voiture. Un cortège de motos et jeeps est allé vers l'agence Bodi Batu et plus loin vers Mangangu pendant que nous on attendait au cimetière. L'arrivée du Gouverneur a fait retarder l'inhumation. On s'en est sorti sans trop.
Adieu Jean-Jacques, vanda ti beto ntangu yonso.
13 janv. 2026
Message du 23.3.25 à JMM à propos de Mgr Ngimbi
23 mars 2025
Bonjour cher ami Jean-Marie, comme prévu, j'ai parlé avec Mgr Ngimbi. La première fois, ça n'a pas marché. On ne se comprenait pas. La deuxième était la bonne. Au début ses souvenirs de moi étaient vagues. Il m'a parlé de sa cécité, et de l'irresponsabilité du jeune homme chargé de leurs soins avec Mgr Mampila, qui préfère aller enseigner dans une école et revenir le soir.
"J'ai préparé mon cours de métaphysique pour Mayidi. Je n'ai pas pu l'enseigner, parce que je ne sais plus lire. Un jeune l'enseigne ä ma place." (sic).
Après que je lui ai raconté de vieux souvenirs, il m'a retracé:
- Ah oui Mabana, Mabana, voyons, un des tout premiers mémoires sur Louis Lavelle.
- Oui Monseigneur. La découverte du moi chez Louis Lavelle. Et votre thèse s'intitulait: Tragique et intersubjectivité dans l'oeuvre de GM.
- Oui, je vous reconnais. Séminariste de.... Kenge, brillant et bon joueur de foot. C'est vieux tout ça. Merci d'avoir pensé à moi.
- Oui Mbuta. Ma gratitude est profonde pour tout ce que vous avez fait et été pour moi, pour nous vos nombreux disciples à travers le monde.
- Etc...
En fait, je crois que mon prénom Claver l' a désorienté, Mabana seul lui est revenu à l'esprit. Authenticité!
Voilà pour la petite histoire.
Mgr Hippolyte Ngimbi Nseka in memoriam
Vaut-il encore la peine d’écrire quelque chose sur Mgr Ngimbi après les témoignages publiés par ses disciples et amis? La réponse spontanée serait ́non parce que tout a déjà été dit. Ma réponse est oui car je m'octroye le droit d’exprimer ma voix parmi tant d’autres. J'ai vraiment été privilégié d’avoir suivi les cours de cet éminent philosophe. Lui rendre hommage va absolument de soi. Selon programme publié par le diocèse de Kisantu, il y a aura veillée le 16 janvier et inhumation le 17 janvier 2026. Mais les messes de suffrage commencent déjà ce mardi 13 janvier à travers le diocèse. Quoi qu'il en soit, je salue en Mgr Ngimbi autant un maître qu’un guide spirituel. Maître enseignant avec une étonnante clarté d’expression, et guide spirituel conseiller et pasteur d’âmes. J’ai donc connu le prêtre, le professeur, l’aîné confrère dans le sacerdoce et le mentor.
J’ai déjà plus d’une fois évoqué le nom de Mgr Ngimbi dans ce blog. Je voudrais d’abord soulîgner son énorme contribution au grand séminaire de Mayidi. Et lors de notre dernière conversation téléphonique, il m’a parlé des cours qu’il a préparés mais qu’il lui était impossible d'enseigner parce qu’il a perdu vision. Il est donc resté actif et attaché à Mayidi jusqu'à la fin de sa vie, soit 48 ans après y avoir tenu son premier cours. J’en parle parce que je suis du premier groupe d’étudiants que le spécialiste de Gabriel Marcel a formés après son doctorat en philosophie à Louvain. Aussitôt débarqué au grand séminaire de Mayidi, l’abbé Hippolyte Ngimbi a tout de suite pris ses charges d'enseignement. Si ma mémoire est bonne, il m’a entre autres enseigné l'épistémologie, la métaphysique, la théodicée, la philosophie des sciences.
Pour la petite histoire, Mayidi avait été fermé en 1974-75, et les grands séminaristes renvoyés à leurs diocèses respectifs. Ce fut l’éphémère rectorat de l’abbé Ludiongo d’heureuse mémoire. Le grand séminaire a rouvert les portes en octobre 75 avec nous, un groupe de 44 étudiants, avec les pères SJ Joseph De Cock comme recteur, Édouard Dirven. Van Iseghem, Peter et le frère Schouf. On sentait encore la tension dans l’air. L’année suivante, les abbés sont revenus en force. Une véritable réforme a eu lieu avec l'arrivée des abbés Ignace Makela comme recteur, Louis Nioka, Dominique Kahanga, et un peu plus tard, Hippolyte Ngimbi qui a tout de suite remis de l’ordre dans le programme des études. La relève assurée, Mayidi a continué de fonctionner sans interruption jusqu’à ce jour. Et Mgr Ngimbi, toujours fidèle à sa mission, a porté haut le flambeau de cette Alma Mater.
Le professeur Ngimbi était décrit par ses congénères comme un élève très brillant. Selon mon beau frère Ignace Nsanda qui l’a connu au petit séminaire de Lemfu: il obtenait des 80% avec une aisance surprenante. Les amis de Kisantu insistaient unanimément sur sa discipline rigoureuse et son esprit de travailleur. Personnellement, j'étais impressionné par sa bibliothèque. Il vivait au milieu des livres. De taille moyenne, il portait toujours des pantoufles, je ne me souviens pas l'avoir vu en souliers en cuir Il marchait vite, c’est à peine qu’on l'entendait passer. Il portait ses lunettes même au terrain de football. Lors d’un match entre profs et séminaristes en mars ou avril 78 il avait marqué un but.
J’avais de bons rapports personnels avec lui. Lors de mes passages à son bureau, il ne manquait pas de me parler des séminaristes et prêtres de Kenge qu’il a connus à l'Urbaniana de Rome. A la recherche d’un sujet pour mon travail de fin d'études en philosophie, il m’a proposé de travailler sur Louis Lavelle. Ainsi a été produite sous sa supervision La découverte du moi chez Louis Lavelle, une œuvre fondamentale dans mon parcours de chercheur. C’est en travaillant avec lui que j’ai découvert la personne, Hippolyte Ngimbi. Derrière le savant intellectuel, le grand philosophe, se révélait un homme simple, généreux et sympathique. Quelle disponibilité! Quelle résolution dans la quête de la vérité et de l'expression adéquate! Il prenait son temps non seulement à lire et corriger mon texte, mais aussi et surtout à me projeter au-delà de ce travail. Il vérifiait chaque citation, me proposait des lectures. Merci Maître de la parole, comme je l’ai écrit dans une entrée antérieure. Ce TFE porte des phrases et des expressions émises par lui. Une véritable leçon d’écriture et de recherche!
Quelques privilèges. Comme il passait une partie de la semaine à Kinshasa, j’ai profité d’un de ses déplacements pour me rendre à Kinshasa dans sa belle petite voiture Renault. En juin 78, mon travail était chronologiquement le premier à être accepté à Mayidi. J’avais fini avant mes condisciples. J’arrête là ma prétention car Mgr Ngimbi dirigeait aussi des travaux à la Faculté Catholique. Je n'oublierai jamais un après-midi oû je l’ai rencontré à St Dominique en compagnie de l’abbé Nyeme Tese quj venait de lancer l’Amoza. Les deux profs étaient détendus et se taquinaient devant moi.
Nous nous sommes revus au Collegio Urbano Rome. J’avais un ami, Jean-Roger Lumu de Lwiza, qui me parlait constamment de lui, fasciné qu’il avait été par son cours de métaphysique à la FTCK. Lorsque j’étais secrétaire à l’évêché de Kenge, il dirigeait le séminaire universitaire; j’ai renoué avec lui afin d’obtenir sa recommandation pour mon inscription à Fribourg. Ce qu’il a fait sans hésiter, ayant gardé de moi un souvenir positif. C’est ainsi que je suis allé en 1987 aux études à Fribourg. Je lui ai rendu visite en juillet 2003 à son bureau de recteur aux Facultés Catholiques en compagnie des abbés Akenda et Matutu. Beaucoup plus tard, nous nous sommes retrouvés dans un avion Ethiopian Airlines à partir de Addis-Abeba jusqu'à Kinshasa. Il me dira qu’il a pris sa retraite de l’UCC, mais qu’il gardait des enseignements à Mayidi. Ce fut notre dernière rencontre de visu. Il y a presque une année, en mars 2025 j’ai été alerté par abbé Jean Marie Matutu au sujet de sa maladie et de sa retraite au Centre Pastoral de Kisantu. Je l’ai appelé, nous avons parlé sans qu’il ne meconnaisse au début. Hésitations. Puis soudain: "Oui Mabana de Kenge...". Presque cinquante ans se sont écoulés entretemps.
Je m’unis volontiers au diocèse de Kisantu, à l’église de la RDC, à la communauté académique congolaise et à sa famille biologique pour rendre hommage à Mgr le Professeur Hippolyte Ngimbi Nseka car sa vie est exemplaire et son œuvre édifiante. Adieu et profonde gratitude au Maître de la quiddité de l’être. Que son âme repose en paix!
Tale kidilu kieto Tata Nzambi, tale kidilu kieto