La toute première fois que j'en avais entendu, c'était en 1971-72. Ce fut l'année du conflit entre le cardinal Malula traité par Mr Madrandele de cardinal-caméléon et le président Mobutu montant en puissance. Année du changement du nom Congo en Zaïre, année de la suppression des cours de religion et des noms chretiens confirmant la laïcité de l'état. Élève au petit séminaire de Kalonda, je suivais l'évolution de la situation avec mes yeux d'un adolescent de 14-15 ans. Comme tous mes congénères. A l'occasion de ce différent état vs église catholique, les évéques avaient publié une déclaration qu'on devrait lire dans les églises. Le président avait interdit cette publication qu'il a traitée de "tract". J'entendais ce mot pour la première fois Le train de la révolution était en marche, rien ne pouvait l'arrêter. Le recours à l'authenticité était déclenché avec des slogans du genre "olinga olinga te ozali na MPR" jusqu'à ce que ce parti est devenu parti-état. Ce n'est donc pas nouveau dans l'histoire de la RDC.
Je n'oublierai jamais comment nos formateurs nous avaient aidés à affronter cette réalité par la prière comme par une intelligente compréhension de l'histoire. A l'époque nous avions étudié la Révolution Française. Mutatis mutandis nous avions aussi compris que la Révolution Zaïroise touchait à tous les aspects de la vie. Il fallait remodeler le paysage religieux et culturel à l'image de propagande politique. Le mobutisme fut assimilé au christianisme. La tension était forte pour nous: nous éprouvions de la peur, subissions l'intimidation, notre avenir s'avérait plein d'incertitudes. Nous, en tant que séminaristes, envisagions une période sombre de notre pays. C'est ainsi que l'ordination à Kenge le 12 novembre 1972 de l'abbé Charles Kapende tomba pour nous comme un évènement décisif, qui a entre autres consolidé notre foi et notre vocation sacerdotale.
J'évoque ce souvenir parce qu'il enrichit mon regard de littéraire sur le portable politique actuel. J'y vois beaucoup de similarités. Le scénario est identique à celui d'il y a 44 ans, seuls le script, les acteurs et les circonstances ont changé sur le portable. L'euphorie actuelle est telle que tout autre discours est jugé subversif, illogique, illégitime; que penser autrement ou penser le contraire est assimilé à faire acte d'opposition, voire de trahison. Des analystes indépendants ou neutres craignent la balkanisation du pays, mais cela ne semble pas arrêter le train du changement constitutionnel.
Cette crise passera, sans aucun doute, avec son lot des marches et représailles. Le pouvoir dispose de tous les atouts pour effectuer le changement de constitution. Comme du temps de Mobutu ou des Kabila, et même avant l'indépendance, la voix de l'église catholique pèse de tout son poids. Les églises du réveil soutiennent dans leur élan prophétique et passionné le régime en place. En se plaçant au-dessus de la mêlée, de façon générale, les déclarations de la conférence épiscopale congolaise dérangent forcément le monde politique. D'où l'agitation qui s'observe. La mémoire est courte, retournons plutôt prier à l'église Sainte Anne. J'étais déjà né. L'histoire jugera. Attendons voir. Politica, politica, mani pulite.