Je connais à travers le monde des gens qui vivent de la mendicité. Ils n'ont pas peur ni de gène à demander de l'assistance. Ces gens passent maîtres dans l'art de la mendicité. Dotés d'une capacité de persuasion, ils savent ouvrir même les mains flambeaux, comme on disait jadis au Zaïre. Par tous les moyens, ils arrivent à vous soutirer quelque chose, sous peine de vous laisser dans le regret ou la culpabilité au cas où vous seriez inflexibles. J'en connais qui n'entretiennent de relations que d'intérêt, et qui vous repoussent au moindre faux pas. C'est souvent une chaîne: la mère ou le mari intercède auprès de l'âme généreuse pour que le butin soit décroché. Par une sorte de harcelement bien nuancé, par une insistance adéquatement dosée ou calculée, ils obtiennent ce qu'ils veulent coûte que coûte. J'en connais trois spécialement qui ont fait de la mendicité leur occupation principale. Ils manquent de tout, mais jamais des mégas pour leurs communications.
Le premier est un homme de Dieu. Chez lui, chaque rencontre avec un inconnu constitue une manne à dons, dont il faudrait tirer le plus grand bénéfice. Un autre se sert de sa maladie pour ne pas travailler mais jouir du fruit du travail des autres. Je ne parle pas des charlatans pasteurs prêts à tout pour faire "sceller" les multiples bienfaits de leurs actions thérapeutiques. J'en connais une, une dame qui élève ses nombreux enfants toute seule, mais avec l'aide de plusieurs membres de famille. Elle s'arrange sans vergogne à soutirer les dividendes des ayant droit. Elle vit aux crochets de ses frères, soeurs, neveux et nièces, qui se démènent à lui assurer une vie décente. Toute sa vie, elle n'a jamais travaillé ni gagné de salaire. Toute sa vie, elle a peaufiné des méthodes et moyens pour s'assurer la générosité de ses bienfaiteurs, sans jamais rien sacrifier en retour. A se demander si elle éprouve de la gène ou de la honte lorsqu'elle dérange les autres, comme si ces derniers n'avaient aucune responsabilité. Chaque relation, chaque coup de fil sonne chez elle comme une demande d'aide, comme si le monde n'existait qu'autour d'elle seule.
Le troisième, c'est un homme à projets. Démarcheur dans le coeur et dans l'âme, il prévient qu'il a besoin d'un petit quelque chose afin de se prémunir contre la nécessité. Il ne se considère pas comme un pauvre, mais vise des choses spectaculaires. Ses chiffres se projettent en millions, pas en milliers. C'est le genre du prometteur qui n'a jamais rien en mains quand il doit agir ou aider. Pour verser la dot de son épouse, il arrange un scénario tel qu'au final, les autres paient et lui-même ne sort pas un seul sou. A l'occasion du mariage coutumier de sa nièce, il promet une somme qui couvrirait tous les frais manquants, mais finalement on ne voit pas la somme et il ne se présente même pas à la fête des noces. C'est le vendeur de rêves qui n'a jamais rien mais dispose de la parole vive pour laisser les autres intervenir et tout faire. Bon parleur, il impressionne par son langage bien agencé, son raisonnement incisif, logique et rigoureux. Logique? Oui, de sa logique, une logique que lui seul soutient au monde. Maître ès fourberie! Il hait le travail, mais profite du travail des autres. Pourquoi pas?
L'artiste mendiant contraint son sponsor ou mécène à l'action. Il court le risque de détruire ses relations en culpabilisant son interlocuteur. Il n'a cure des sentiments de ses victimes, seul compte son intérêt.