14 févr. 2026

L'imposture

Mentir est le propre de l'homme fourbe et rusé. Imposture et mensonge s'équivalent parfaitement. Parlons de menteur ou de menteuse. Je viens de découvrir deux menteurs lors de mon dernier séjour à Kenge. Et ce sont des voleurs. Toute personne qui vous entoure est un éventuel voleur, pourrait se tourner en un voleur inattendu mais prêt à renier son acte avec la plus grande énergie. C'est aussi cela l'homme. Alors que je croyais avoir pris toutes les mesures pour éviter qu'on me vole, j'en suis toujours à la découverte des astuces les plus sophistiquées pour que mon attention soit attirée ailleurs. Quelles que soient les dispositions prises, on finit toujours par se laisser surprendre. A chacun son métier. C'est vraiment le cas de le dire. Appareil de téléphone et argent m'ont été volé. J'ai identifié les malfrats, mais n'ai pas réussi à prouver leur culpabilité. Et en cette matière, même attrapé la main dans le sac, l'usurpateur s'échappe sans trop de dégâts.

Ces pratiques de vol à main nue ou à ciel ouvert sont plus fréquentes qu'on n'ose le croire. Et à tous les niveaux. C'est le mensonge, la ruse, l'astuce qui priment. Le perceveur des recettes publiques utilise le carbone inversé. Vous payez par exemple 500 mille francs. Eh bien le monsieur ou la dame les encaisse sans problème, vous donne un reçu en bonne et due forme, mais n'entreront dans les caisses que 50 mille francs. Ce système de double facturation enrichit le caissier ou la caissière. Les recettes publiques n'évoluent pas entre autres à cause de ce système. C'est comme ça que vous découvrirez qu'un modeste de vente ou de perception dont le salaire mensuel est précaire, acquiert d'immenses propriétés au delà de ses possibilités. Des agents de l'état ou du secteur privé, payé à l'heure, deviennent de propriétaires incontestés d'immeubles et de grandes surfaces. Montez plus haut, vous découvrirez depuis le sommet de la montagne la gravité des forfaits humains. Et cela à tous les niveaux. Ce type d'imposture est hélas le drame qui nous guette à tous les coins.

 

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12 févr. 2026

De nouveau à Kinshasa

12 février 2026. Je suis retourné hier de Kenge à Kinshasa, inquiété par les nouvelles mesures de contrôle qui sont entrées en vigueur depuis quelque deux semaines. Dans la précipitation, j'ai régularisé tous les documents mentionnés par les autorités. Seulement voilà, je n'ai pas été contrôlé ou j'ai évité d'être contrôlé. En fait, je n'ai rien pour cela. Les contrôles de routine concernent quelques usagers de la route, qui n'osent pas "obtempérer aux injonctions" de la circulation routière. J'ai eu quelques embouteillages sur le chemin, du genre où des policiers armés accompagnant une personnalité politique vous contraignent de changer de direction ou de monter sur le trottoir. Par ci par là des sirènes crépitent à vos oreilles comme pour vous assourdir ou vous terroriser. C'est l'impression que j'en ai souvent éprouvé ici à Kinshasa. J'ai beaucoup apprécié la présente rigueur des autorités, car la route était relativement dégagée. Hier j'ai traversé la ville d'un bout à l'autre comme je le faisais il y a trente ans. Il parait que les gens sortent la nuit, moment où la police est absente des grandes artères routières. Soit. La leçon a été apprise.

3 févr. 2026

Lorsque les incompétences se rencontrent...

Ca donne ça. Quoi ça? Oui ça. Je suis surpris par le manque de professionalisme de certaines responsables qui nous dirigent ou nous contrôlent. Un agent contrôleur des dossiers académiques qui ne sait pas distinguer la référence d'un livre de celle d'un article n'est pas à sa place. C'est hélàs ce que j'ai vécu. Je n'ai jamais voulu le relever. Son problème, c'est l'argent. Tout peut s'acheter. Imaginez l'efficacité d'un bureau lorsque les agents se distinguent par une incompétence flagrante. A se demander comment ils ont obtenu ces postes. Des incompétents dirigent ceux ou celles qui savent, les contrôlent et les soumettent à leur incompétence. Et dire qu'il en va de l'avenir même du pays, de l'éducation et de l'enseignement universitaire ou supérieur. De simples questions critiques constructives sont perçues comme des antagonismes et des contestations des autorités incompétentes, sans un moindre discernement ni une remise en question. Encore moins un réévaluation. Du bas vers le haut comme du haut vers le bas, la société est entachée de nombreuses imperfections.  

Fin de janvier 2026

Nous sommes presque déjà en février, ou mieux en février 2026 dans quelque 3 heures. Le mois est passé très vite pour moi. Commencé à Cartagena en Colombie pendant la première semaine, en passant par Panama pendant deux jours et Barbados pendant une semaine, ce mois m'a vu à Londres, Kinshasa avant d'atterrir à Kenge où je me trouve actuellement. Je serai parti dans une ou deux semaines. Une semaine au lit, et deux semaines prévues d'enseignement et me voilà reparti. Ca va vite. Et dire que je suis l'un des plus réguliers. Février s'annonce comme un mois de défi et d'espoir. 

30 janv. 2026

A Kenge depuis le 18 janvier

Voila bientôt deux semaines que je trouve à  Kenge. Le petit malaise de santé est passé. Je m'emploie a vivre aussi sainement que je peux. J'effectue des courtes marches autour de mon guesthouse. Sans forcer car le corps a son rythme et l'impose naturellement. J'observe la ville et les gens. De jolies constructions voient le jour ici et là. Des hôtels et flats s'érigent.partout, de belles villas familiales tout comme des buildings publics émergent par ci par là. Des chantiers, dont certains sont anciens ou abandonnés, s'alignent comme des vestiges jistoriqued sur les rues et voies publiques. La ville évolue mais demeure sous-urbanisée. Les érosions abondent partout. La pluie amène une insalubrité chronique avec des plastiques et des débris infectueux... la situation sanitaire n'est guère améliorée en dépit d'importants projets en cour. La population reste pauvre. La dévaluation du dollar n'a pas apporté la baisse des prix attendue. Au contraire, la vie devient difficile et implacable pour nos proches et familles. Les riches se pavanent sans retenue dans les rues; les pauvres subissent de plein fouet l'injustice sociale. 

Chaque jour à mon retour de Mangangu, les étudiants se précipitent pour prendre place dans ma caracasse de voiture. Certains font la marche depuis Manzau ou Payeke Meleke. Des distances de plus de 10 km à pied aller-retour. Sans un sou pour se payer un transport en moto ni se procurer une banane ou un morceau de pain. Des situations insoutrnables. Et l'ISP ne dispose pas d'une structure d'aide aux étudiants démunis. Hélas comme tous les instituts éducationnels, l'ISP éprouve du mal à recevoir les émoluments académiques des apprenants. Un cercle vicieux certes, mais solvable. 

Hier, pour la première fois, je suis allé au Champ de Tirs rendre visite à ma tante Mambakila. Je l'ai trouvée égale à elle-même sauf qu'elle se plaignait de ses yeux qui s'obscurcissent. " Mes yeux me trahissent tellement que je pourrais entrer une parcelle voisine, et comme je suis vieille, on me traitera de sorcière". J'ai ri spontanément, préférant éviter la gravité dramatique de cette affirmation. Il lui faudra des consultations et soins ophtamologiques. Elle pourrait avoir développé des cataractes ou autre chose. Sur le chemin de retour, j'ai fait un crochet au Camp ONL pour voir mes petits-neveux et nièces orphelins de père. J'ai promis d'y retourner dimanche. 

Au retour à l'hôtel, je me suis replongé dans ma routine de lecture et de correction. Je lis les manuscrits de la prochaine RAK. Et je corrige les travaux quotidiens des étudiants. Il était 22h30 lorsque je me suis mis au lit. Bonne journée à toutes et à tous! 


28 janv. 2026

Enseignant à l'ISP Kenge

28 janvier 2026. Je suis à Kenge depuis le dimanche 18 janvier. J'ai participé aux funérailles de Jean Jacques. Mais j'ai eu un souci de santé qui ne m'a pas permis de commencer mes enseignements la semaine passée. J'ai préféré prendre du repos avant d'entamer les cours. J'enseigne depuis ce 26 janvier.

J'avais prévu d'enseigner trois cours mais je n'en ferai que deux. Quitte à poursuivre le reste au second semestre. L'introduction du systeme LMD a eu pour conséquence la suppression du cycle traditionnel de la licence. L'ISP Kenge n'offre pas de masters actuellement. Mes cours dd L1 et L2 de l'ancien système sont rapportés au LMD3. Et il se découvre que les apprenants n'ont pas couvert la totalité du programme. Enseignant désormais au premier cycle des études supérieures, je suis obligé d'adapter le contenu du cours au niveau Bac+3. Ce qui change toute l'approche de mon enseignement.

J'ai choisi d'offrir un cours ordinaire de littérature francophone d'Afrique en lieu et place des "Questions spéciales de littérature africaine". Ainsi j'ai choisi de m'arrêter au thème : Négritude, écriture et oralité. C'est basé sur un chapitre de mon livre Ecritures en situation postcolonoale: Francophonies périphériques, Saarbrücken, EUE, 2013.   

Ces décisions ont été prises afin de répondre aux besoins actuels et effectifs des apprenants, dont le niveau s'avère insuffisant pour aborder des questions approfondies habituellement traitées en maîtrises. Tel est le défi qu'il m'a été de traiter avec ce changement de cap LMD. Plutôt qu'un problème, j'y vois une opportunité d'amener les apprenants à améliorer leur connaissance de la littérature francophone et de lire des textes littéraires. Ce sera mon objectif. 

Comment dire? Nous en sommes encore à l'expérimentation. Les apprenants sont censés écrire des travaux de fin d'études collectifs appelés "projets tutorés". Est-ce un progrès ou un recul? Est-ce qualitativement mieux que l'ancien système? Il est trop tôt pour l'évaluer objectivement. Je ne saurais pas me prononcer sur ce que font mes collègues enseignants, vu que je n'ai jamais assisté à une réunion à ce sujet. Le temps nous donnera la réponse. 

19 janv. 2026

Adieu Jean-Jacques Hungu (1969-2026)

Arrivé à Kinshasa le 17 janvier, j'ai dû écourter mon séjour afin de me rendre au deuil familial survenu à la suite de la mort de Jean Jacques Hungu. Tout est allé trop vite. De courte ou de longue maladie ou ? Comment dire? Né en février 1969, Jean Jacques a été le dernier fils de mon grand oncle Kisalu Bakaba. Il n'a pas six mois lorsque décède son père. Ce cousin a grandi dans son cercle familial aussi humblement que cela pusse être. Intéressé très tôt à la mécanique, il est devenu chauffeur. C'est moi qui l'ai fait engager comme boy mécanicien à la procure de Kenge. Il laisse huit enfants, quatre filles et quatre fils parmi lesquels un Claver en guise de reconnaissance pour moi. Hier, aussitôt revenu de mon long séjour  je suis passé deux fois à la veillée funéraire à la parcelle familiale. Que du monde malgré la pluie qui ne cessait de tomber.

19 janvier 2026. Aujourd'hui après la morgue, nous sommes allés à l'église St Esprit pour la messe funéraire. Belle messe, bonne chorale, beau service. A la fin de la messe, le protocole a été dérangé par les jeunes de Terre sans loi, Kingwangala. Oncle François Médard Mayengo a lu la biographie, moi j'ai présenté les remerciements de la famille à la fin de la liturgie. Alors que le protocole prévoyait une levée du corps par les agents de Bodi Batu où JJ a travaillé comme chaufeur de bus, mais les jeunes gens ont pris le cercueil sur leurs épaules avant de s'évanouir dans la nature, scandant des chansons vulgaires et désarticulées. J'ai rencontré des tas de personnes non revues depuis plusieurs années. Mes tantes, cousines et cousins étaient tous présents. Alors que je me préparais à monter sur une moto, j'ai été aperçu par Monsieur l'Abbé Floribert Kiala qui m'a offert une place à bord de sa voiture. Un cortège de motos et jeeps est allé vers l'agence Bodi Batu et plus loin vers Mangangu pendant que nous on attendait au cimetière. L'arrivée du Gouverneur a fait retarder l'inhumation. On s'en est sorti sans trop.

Adieu Jean-Jacques, vanda ti beto ntangu yonso.