Il y a quelques semaines, Prof Mamingi m'a passé un roman très intéressant sur la situation de la femme dans la guerre qui sévit depuis des années à l'Est de la RDC. C'est l'histoire de Coco Ramazani. Je l'ai lue dans un délai relativement long, n'étant nullement pressé par quoi que ce soit. Je l'ai aimée parce qu'elle retrace le calvaire que subissent par milliers les femmes congolaises violées et muselées par les occupants-envahisseurs du Rwanda et de l'Ouganda. La cruauté est si effroyable qu'un small soldier, un kadogo éventré qui retient ses intestins entre ses mains ensanglantées meurt dans les bras de Coco. Celle-ci lui confie un message pour sa propre défunte mère qu'elle n'a ni vue ni connue. Ce message justifie en partie le titre de ce livre qui relate l'horreur vécue au quotidien: L'histoire vraie de Coco Ramazani racontée par Joseph E. Mwantuali: Tu le diras à ma mère. (Paris: Présence Africaine, 2015). La rencontre entre Coco et son "transcripteur de fortune" se passe en avril 2000 à Manchester, en Nouvelle Angleterre, Etats Unis.
Voilà un roman qui donne la vraie mesure des atrocités qui se passent à l'Est de la RDC. La protagoniste Coco Ramazani se retrouve contaminée du virus du VIH. Conséquence d'une série interminable de viols perpétrés depuis l'âge de 13 ans d'abord par son assistant pasteur Musafiri, ensuite par ses chefs du RCD, par des dizaines ou des centaines des soldats ougandais à la Forestière, à Kisangani. Elle travaillait comme secrétaire de Wadiamba, chef du RCD. L'histoire rapporte une enfance d'orpheline malheureuse du village de ? à Goma, des études interrompues en dépit de sa ferme volonté de réussir dans la vie. Un salon de coiffure qui ne fait pas long feu. Des soumissions à de corvées ménagères dans les maisons de ses soeurs, elles aussi instables et soumises à la basse débrouille. Le drame poursuit Coco partout où elle va. Le pire survient après la guerre entre les Ougandais et les Rwandais dans la ville de Kisangani. Les chefs étant évacués vers Kampala, elle est abandonnée dans une caserne ougandaise à la Forestière avec six autres femmes. C'est ici qu'ont lieu les viols les plus atroces et les plus violents pendant toute une semaines. Jamais elle ne saura dire combien de fois ni combien de soldats l'ont violée, elle et ses amies, au cours de ces assauts nocturnes collectifs. Comme si ce n'était pas tout, même à Kampala elle subit les agressions de son chefs et même de Rudolph, l'Allemand gestionnaire de l'hôtel qui l'héberge.
Comme par miracle, elle réussit à rejoindre sa soeur Mona aux Etats Unis, dans le New Hampshire.. Son calvaire continue, Méprisée par sa soeur, elle découvre qu'elle a été appelée rien que pour s'occuper du ménage et des enfants de sa soeur. Cet "esclavage" ne lui accorde pas de répit pendant deux ans. Un examen médical révèle qu'elle est atteinte du virus de SIDA. Que retenir de ce roman ?
Le récit se présente comme un témoignage historique exemplaire. Historique parce que les évènements évoqués ont été réellement vécus et donnent des dates et des noms. Il s'agit de la guerre qui servit à l'Est depuis trois décennies. Exemplaire parce que Coco représente toutes les femmes congolaises violées dont la voix ne sera jamais entendu. Les viols des femmes et des jeunes ado sont fréquents. Ils sont tellement nombreux que le Dr Mukwege a reçu le Prix Nobel de la Paix. Ce roman dénonce les deux pays agresseurs, le Rwanda et l'Ouganda. C'est une invasion. Ces envahisseurs y sont pour exploiter les richesses du Congo, tuer les Congolais et violer filles et femmes, ils entendent y rester pour l'éternité. Un véritable génocide tu sous le couvert d'un conflit entre Congolais. Une MONUSCO impassible protège les envahisseurs et les multinationales. Beaucoup de lettres et de messages insérés éclairent le fond du roman.
Par deux fois, prise de désespoir, Coco tente de se suicider. Mais une voix - intérieure ou venue de nulle part - l'empêche de commettre l'acte fatal. La deuxième fois, elle est internée dans un centre psychiatrique. Elle se décide de vivre et fe se battre et de faire entendre la voix des centaines des milliers de femmes violées dans cette guerre d'agression de la RDC dans l'indifference totale de la communauté internationale. Elle décide de dénoncer ces crimes et cette guerre avec l'espoir que son message atteindra le monde ä travers les écrits du narrateur transcripteur de sa vie. Ce qui fait de ce roman un témoignage réaliste et historique important.