Ecole coloniale? Les colons nous ont imposé un système scolaire pensé par eux pour les colonisés. Il y a des Congolais qui ridiculisent cet aspect au lieu de reconnaître que ce système répondait à leur mission principale. Il visait non pas le développement du colonisé, mais bien l'exploitation mentale et matérielle des colonisés. C'était l'éducation du "fais ceci fais cela", ou d'obséquosité. Le but était de comprendre les ordres du maître et de les exécuter. Pas plus.
Ouverture au monde. J'ai suivi une interview du Père Ekwa, mémorable responsable de l'éducation catholique congolaise entre 1960-75 et plus tard président du Cadicec. Voilà un produit du système colonial qui, chiffres à l'appui, a admis les bienfaits de l'école occidentale. Celle-ci, selon lui, offrait la possibilité aux enfants africains de s'ouvrir au monde, de rivaliser avec les enfants du reste du monde entier. Fils de chef coutumier, il a bénéficié d'une éducation exemplaire qui l'a amené à devenir jésuite, c'est-à-dire membre d'une congrégation religieuse réputée pour la qualité de ses écoles et l'excellence de ses élèves. Je crois savoir qu'il a rendu d'énormes services à la nation congolaise. Contrairement aux radicaux révolutionnaires anti-coloniaux, le Père Ekwa a été de ceux qui ont opéré, avec un succès relativement remarquable, une transition raisonnable entre l'école du Congo-Belge et l'école de la RD Congo. Moi qui ai commencé la primaire en 1963, me situe dans cette trajectoire. Respect et gratitude.
"A-t-on jamais vu une entreprise où l'on engage des philosophes?" Question apparemment comique par Mr Eliézer Tambwe, mais qui comporte une certaine vérité. Que fais-tu avec un diplôme de latin-philosophie? Je comprends d'où la question vient, mais je n'oserais jamais supprimer la section latin-philosophie du système scolaire. Ce serait pour moi comme renier ma propre formation, ma mission fondamentale d'homme et d'enseignant. A l'université des West Indies, j'ai été directeur de l'école des études supérieures ou école doctorale. On ne force pas le talent. Tout le monde n'est pas appelé à manipuler des machines ni à piloter un avion. Que deviendraient les artistes musiciens, comédiens, peintres ou sculpteurs? Et les sportifs, les médecins, les enseignants, les commerçants? Il faut du tout pour faire un monde, dit un adage. Les sciences humaines comme les sciences exactes sont utiles au pays. Au pays d'identifier et de privilégier ses besoins, et dès lors d'investir dans les domaines les plus immédiatment rentables. Au lieu de poser ou de résoudre cette question scolaire dans la mêlée, il y a lieu d'établir un plan bien ciblé à court ou à long termes, qui tenterait de résoudre synérgiquement tous les problèmes du pays.
A une époque, l'examen de maturité orientait les élèves vers les différentes facultés universitaires. Déjà au niveau du secondaire, chaque enfant était guidé vers telle ou telle école, sélectionnée, technique ou professionnelle, selon ses aptitudes. Ngudia Miledi mia Khatu, ma défunte mère, me parlait de "kalasi dia kipati kia biodi" (classe de manioc trempé pendant deux jours dans l'eau) pour désigner l'école pédagogique de Kingungi. Suku et yaka peuvent comprendre cette expression. En fait, les colons avaient institué une formation accélérée d'une année des maîtres afin de pallier à la carence du personnel enseignant. A peine partis de Kimbau, les candidats revenaient de Kingungi une année après truffés du prestigieux titre de "maître".
Une école africaine pour les Africains? Une école congolaise pour les Congolais? Je n'en disconviens pas, mais à quelle condition? Le fait que l'école, dans sa forme actuelle, nous soit venue de l'Occident, n'en fait pas moins l'objet d'une critique interne ni d'une réforme constructive. Il ne s'agit pas de faire table rase de tout ce que les colons ont implanté chez nous, mais d'en discerner ce qui est bien et nécessaire pour notre développement intégral. L'école doit avoir pour objectif d'outiller l'élève avec des capacités utiles pour servir sa société, son pays. A l'état d'assurer l'administration et l'organisation de l'éducation nationale. Il s'agit d'intégrer judicieusement toutes les aptitudes dans un cercle national.