8 août 2012

Kenge, le 12 juillet 2012




Visites aux tombes.
Kenge, c'est d'abord des retrouvailles. Retrouvailles avec un lieu où j'ai fait deux ans d'école primaire, où je passais des vacances, et où j'ai travaillé pendant cinq ans! Retrouvailles avec les morts et les vivants. Donc, beaucoup d'émotions et de coups de coeur!
Levés relativement tard, nous sommes attendus au réfectoire des soeurs pour notre petit déjeuner. Un repas très bio composé d'une tasse de thé, de pain et de la confiture de gingembre faite la nuit même de notre arrivée. Les soeurs Charlotte Mangombo, Astrid Labu, Eugénie nous entretiennent comme des princes. Les abbés Mbelo et Willy Nzoko viennent nous saluer. Joli geste!
Le chauffeur d'Adrienne est là. Les abbés Fidèle Pindy mon oncle, Séraphin Kiosi, et mes cousins Noël Kuketuka et Jingle Muzingu, ma soeur Pascaline, mon beau-frère Godé Tsumbu m'accompagnent dans la randonnée. Il nous faut honorer les tombes de nos morts. Au programme: Anne-Louise Mabana (1965-1994), Papa Frédéric Kayolo (1942-2001), Mgr Dieudonné M'Sanda (1935-2001). Puis aller au petit séminaire de Katende où reposent mes compagnons de Rome Benjamin Fala (1955-2007) et Faustin Mampuya (1955-2011). J'apprends dans la foulée que Flavien Busina (1956-2006) est enterré à Kalonda tout comme Jean-Pierre Gavuka (1956-1986). Décision est prise de me rendre à Kalonda, surtout que j'ai apporté de Kinshasa une couronne fournie depuis Londres par son fils spirituel, Dieudonné Ebengo. Cependant, ce sera fait le jour prévu du retour sur Kinshasa.
La journée du 12 juillet est des plus tristes, moroses, émotionnelles. Je remonte le temps, retisse les souvenirs o combien nombreux qui me lient à ces êtres si chers.
La tombe de Louise est introuvable. Comme le Père Teilhard de Chardin célébrant sa messe sur le monde, j'ai prié sur le cimetière qui porte les restes de ma soeur. Que son âme repose en paix!
La tombe de Papa Frédéric est au cimetière VIP à la Barrière de Kenge, dallée avec inscriptions indicatives. Mgr M'Sanda repose dans la cathédrale dans laquelle il a souhaité "rester" à sa mort. Quelques larmes profondes sont tombées de mes yeux!
J'en ai profité pour jeter un coup d'oeil sur l'évêché de Kenge où j'ai vécu du 4 octobre 1984 au 12 octobre 1987, si ma mémoire est bonne. Comme la cathédrale, les bâtiments de l'évêché, jadis des villas d'une propreté impeccable, moisissent dans la pourriture, le dépouillement. Les encadrements des fenêtres sont d'une saleté exécrable. Motopompe et groupe électrogène étant démantelés, l'entretien laisse visiblement à désirer. L'eau y est recueillie dans des citernes; l'électricité est fournie par les panneaux solaires.
A Katende où nous sommes arrivés vers 14 heures, j'ai en plus de Benjamin et Faustin honoré les abbés Benjamin Bwanana qui fut mon chef de table au CO, Serge Kibala mon ancien élève, Denys Luhangu mon aîné. Moments émouvants! Le petit séminaire est bien entretenu, quoique quelques bâtiments manquent de vitres par-ci par-là, mais l'ensemble est très acceptable. La chapelle est impressionnante, digne sanctuaire de Dieu. Coup de chapeau aux responsables de Katende!
De retour à Kenge, je me suis arrêté chez ma tante Odette Ngimba, la maman de Sophie et de l'abbé Dieudonné Mavudila nouvellement ordonné. Puis vers 18 heures, je suis parti à pied via la procure où je voulais rencontrer l'abbé Robert Kutukenda, pour le camp Masikita chez mon autre tante, Marie Zenzu. Je tenais à voir celle-ci ce soir là-même car nous avions des choses à nous dire.
Ainsi se passa la journée du 12 juillet 2012 à Khengi Muniungu comme aimaient dire les amis. Je retrouverai le père Séraphin à l'auberge des soeurs salésiennes peu après 22 heures pour un dialogue interminable sur tout et sur rien. 

Carnet 2. La randonnée de Kenge


Kenge (11 juillet – 14 juillet 2012).
Partis à bord d’une jeep Toyota Prado à 13h30 de Kinshasa, nous sommes arrivés à Kenge vers 18h après un arrêt d’une heure à Pont Kwango. Nous, c’est-à-dire Séraphin Kiosi et ma sœur Pascaline. Premières impressions.
La route principale, la N1, est impeccablement reconstruite. Un ouvrage qui dépasse les premiers travaux des années 60. Les signalisations y sont claires, les villages sont indiqués. Pour la sécurité des usagers et des piétons, des gendarmes couchés sont parsemés aux entrées et sorties des villages. Coup de chapeau au régime de J Kabila ! Il paraît que lui-même y circule très souvent. Il arrive jusqu’à la fin de l’asphalte située au niveau de l’aérodrome de Kenge, transformée désormais en brousse. De temps en temps, il va jusqu’au Pont Konzi pour une excursion ou pour une surveillance de l’état de la route. Il y prend des photos. Le parcours dans l’ensemble ressemble au passé. Sauf qu’il y a moins de circulation que par le passé. Un effet de la récession économique sans aucun doute. Les grands camions, relativement rares, sont surchargés à l’excès et roulent très lentement de peur de se renverser. Comme par le passé, il y a beaucoup d’accidents immodérés. L’arrivée à Kenge se passe sans histoire. On passe d’abord chez Freddy Mayamba qui a fait pour nous la réservation des chambres chez les sœurs salésiennes de la visitation. Lorsqu’on y arrive, a lieu une messe à laquelle prennent part les sœurs. L’attente n’est pas de longue durée. Le temps des retrouvailles et de nouvelles rencontres avec les religieuses est relativement court. L’auberge des sœurs offre un service nuit-petit déjeuner confortable. Des bidons et des seaux d’eau sont placés à l’entrée des chambres. L’électricité est fournie par des panneaux solaires. Bref, un cadre agréable de travail, de recueillement et de repos, loin des bruits habituels.

La raison raciale

Stuttgart, 7 août 2012.  Mythologue invétéré, j'ai toujours soutenu que la Raison, malgré ses prétentions d'objectivité, s'arrête dès qu'on se trouve devant quelqu'un d'une autre race. La raison est hélène, avait jadis soutenu Senghor qui s'était attiré les foudres des lecteurs épidermiques. Avait-il si tort? Voix Blanche, la logique est un produit de consommation voulu par les Occidentaux au même titre que la démocratie. Elle ne tient qu'entre eux. Ce sont des abérations pour un lecteur inattentif. Je crois avoir assez vécu au milieu des Européens, des Occidentaux, des missionnaires, pour comprendre les mécanismes qui soufflent le chaud et le froid derrière leurs actes. Les préjugés sont souvent beaucoup plus forts que la raison raisonnante. Tenez!
Hier, j'ai perdu près de vingt minutes pour justifier devant une dame agent de Germanwings, une filiale de la Lufthansa, l'usage inhabituel de deux passeports. C'est que mon visa anglais se trouve dans un ancien passeport qui n'est plus valide. Je voyage comme cela depuis des années, sans que j'aie jamais rencontré de problèmes. Sauf hier bien entendu. Mme X. , dont je tais exprès le nom, l'agent de Germanwing ne pouvait pas concevoir une situation pareille. Je lui ai expliqué, preuve à l'appui, que je suis entré en Angleterre le 25 juin, y suis rentré le 30 juillet, en suis sorti le 2 août pour Stuttgart, et qu'il n'y avait aucune raison que je n'y rentre pas en cette date du 7 août. Elle n'a rien voulu entendre. Il fallait une certification du service de l'immigration anglaise depuis Londres avant que j'embarque vers Stansted. Lorsqu'elle est donc partie de son guichet avec mes deux passeports, je lui ai signifié que c'était une perte inutile de temps.
"Herr Mabana, ich habe das Recht, meine Arbeit richtig auszuüben", s'est-elle écriée devant ma réticence.
"Frau X, Sie habe auch das Recht, mich wie einen Räuber zu verhaften, oder zu erniedrigen. Es tut mir leid, aber was soll das?" ai-je réagi devant cette obstination qui frisait un racisme à peine masqué.
Lorsqu'elle est retournée à son guichet, c'était avec un sourire plein de gêne, qu'elle s'est confondue en excuses.
Tout ceci ne serait pas arrivé si j'étais un citoyen d'une autre race. La logique européenne cesse en face des Africains. Les principes rationnels n'ont plus court dès qu'on traite avec les Noirs. Obama en fait les frais aux Etats-Unis. Pourquoi pas Mabana? Vous avez retenu la blague de mon coup de fil à Rome sur ce blog. Dans cette confrontation idéologique entre le pragmatisme anglais et la rigueur rationnelle allemande, c'est le pauvre Noir qui paie les frais. Où est la Raison?
"Die beste Bildung findet ein gescheiter Mensch auf Reisen" (Goethe) (Un homme sage acquiert la meilleure instruction à travers les voyages), a écrit Goethe.

A Stansted, c'est un agent originaire de Zanzibar qui m'a accueilli avec civilité et m'a adressé quelques gentilles phrases de bienvenue en kiswahili. Asanti sana, Baba!


7 août 2012

Carnet 1: Impressions de la RDC

Ce qui frappe toute personne qui arrive à Kinshasa, c'est l'état des routes. De l'aéroport au Pont Matete une catastrophe, Puis des boulevards et avenues grandioses jusqu|au centre ville. Il faudrait reconnaître que les grandes routes sont désormais réparées, agrandies. Mais l'opération Kin Propre doit porter ses fruits, incessamment.
A l'aéroport, il y a un semblant d'ordre malgré le cafouillage propre à notre pays. A l'aller comme au retour, j'ai eu à dépenser de l'argent pour des porteurs, des agents d'aéroport cupides comme si on devrait leur être spécialement redevable alors qu'ils n'exercent que leur métier. Un certain effort est fait pour minimiser ces extorsions. J'en ai rencontré un bon. David, un monsieur comme il faut!
La bureaucratie et la corruption demeurent les points faibles de notre pays. J'y reviendrai.

La cathédrale de Kenge






Quiconque visite cette cathédrale qui ne l'est que de nom en vient à s'interroger profondément sur le sens de la foi, du témoignage et de l'apostolat des hommes de Dieu. J'ai versé des larmes lorsque j'ai vu l'état d'abandon dans lequel se trouve cette construction dont j'avais suivi l'élaboration laborieuse - à la conception - et pour laquelle j'avais organisé les premières livraisons de sable. Ca fait mal au coeur d'assister impuissant et muselé à une telle destruction programmée et voulue dans l'unique intention de nuire. Laissez-moi rapporter ce que j'ai entendu au sujet de cette condamnation au pilori ou à l'anathème de cette maison de Dieu.
La cathédrale de Kenge constitue en elle-même une énigme qui démontre l'étroitesse de vision des acteurs de l'évangélisation au diocèse de Kenge. Construite à coût de millions par Mgr Dieudonné M'Sanda, dont le corps repose dans le coin droit de l'entrée, l'église a été déclassée ou mise hors d'usage par son suivant qui a tenu à marquer sa différence. Une église inaugurée au départ de l'ancien, mais abandonnée aux oubliettes par le nouveau. Comme quoi la rivalité et la haine des humains sont aveugles, capables de remettre en question la mission pour laquelle on a été ordonné épiscope! Les chrétiens voient tout cela, ils ne sont pas dupes. On céderait vite, au vu de ce qui se voit dans ce diocèse dont le leadership est entièrement détenu par les Yansi, qu'on détruit sciemment cette église puisqu'elle est située au centre et non pas au nord. C'est devenu le repaire des hibous, des chauves-souris, des insectes, des cancrelats. Sans lumière ni conditions minimales de salubrité, il n'est pas du tout sain de célébrer la messe dans ce bâtiment. Certains vont jusqu'à dire que s'il n'y avait pas cette cathédrale, le siège du diocèse aurait été déplacé à Bandundu. La propédeutique l'est déjà. Le principe de la fondation de ce diocèse soutenu jadis par les missionnaires jésuites, scheutistes et verbites, ne vaut plus. Il paraît que c'est un "cadeau empoisonné". D'où le sabotage, le cynisme, l'abandon du temple de Dieu dans un état délabré. La couche de peinture qu'on y voit a été l'oeuvre du Gouverneur de la province de Bandundu, apitoyé et scandalisé par la ruine inconsciente dont cette cathédrale est volontairement l'objet. Kenge mawa mingi! Qu'avons-nous encore besoin d'autres scandales!
La division du diocèse de Kenge, c'est une réalité. Et la cathédrale en est le symbole visible. Parlez aux prêtres de ce diocèse, lisez ce qu'ils écrivent sur le net, vous apprendrez tout ce qu'on ne cache plus. J'ai dit.

Kenge, les 12 et 13 juillet 2012

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Ces photos montrent:
1. Kenge devant le couvent des soeurs salésiennes
2. Ma tante Marie Zenzu et moi-même
3. L'école primaire où j'avais fait ma quatrième
4. Une visite chez l'abbé Avelin Pika, curé de la cathédrale

31 juil. 2012

Je suis de retour

D'aucuns, comme mon ami Philo Mawoko qui m'a surpris de le compter parmi mes lecteurs, se demandent si mon blog a cessé d'exister. Que non!
C'est que j'ai séjourné en R D Congo du 1er au 29 juillet 2012. Les conditions d'accès à l'Internet pour un prolétaire n'est pas facile dans ce pays. Le wireless n'existe pas. Tenez! La première fois que je suis allé à un cyber-café sur le Boulevard du 30 juin, il m'a fallu attendre deux heures - sans blagues - pour accéder à l'internet. Puis, tout de suite après, coupure de courant. Impossible de tenir mes rendez-vous dans ces conditions!
Je suis de retour. J'ouvre un carnet sur ce que j'ai vu, entendu et sur ce que je pense de ce séjour.