12 janv. 2026

Me Albert F. Puela: Hommage à Mgr Hippolyte Ngimbi Nseka

"Hommage à Monseigneur Hippolyte Ngimbi Nseka,

Prêtre, Professeur, Bibliothèque vivante.

La nouvelle est tombée en cet après-midi du 9 janvier 2026 comme une onde de silence : Monseigneur Hippolyte Ngimbi Nseka s’en est allé. À 83 ans, après 56 années de vie sacerdotale, l’Église, l’Université et la Nation congolaise perdent à la fois un pasteur, un maître de pensée et un témoin rare de la fidélité intellectuelle et spirituelle. 

Certaines vies ne se racontent pas seulement en dates et en fonctions ; elles se mesurent à la profondeur des sillons qu’elles laissent dans les consciences. Celle de Monseigneur Ngimbi Nseka appartient sans conteste à cette catégorie.

Prêtre du diocèse de Kisantu, fils du terroir de Madimba, formé très tôt à l’exigence de la rigueur intellectuelle et de la discipline spirituelle, il aura traversé son époque sans jamais se laisser réduire par elle.

Ordonné prêtre en 1970, après une longue formation à Rome, puis docteur en philosophie à Louvain dès 1977, il portait en lui cette rare alliance entre la foi vécue et la raison maîtrisée. Chez lui, la pensée ne se coupait jamais de l’humain, et la science ne se séparait jamais de l’humilité.

À l’Université Catholique du Congo, aux Facultés Catholiques de Kinshasa comme dans les grands séminaires, de Mayidi plus particulièrement, il fut d’abord un formateur d’hommes avant d’être un transmetteur de concepts. Il enseignait la philosophie dans ses articulations les plus exigeantes, notamment la métaphysique, non pour produire des esprits brillants mais des consciences solides. 


Plusieurs générations d’étudiants, devenus à leur tour professeurs, responsables publics, magistrats, évêques ou cadres de la République, portent aujourd’hui l’empreinte de sa méthode : rigueur sans arrogance, profondeur sans dogmatisme, liberté sans désinvolture.

Mais réduire Monseigneur Ngimbi Nseka à l’enseignant serait encore insuffisant. Il fut aussi un serviteur discret des institutions, acceptant avec une simplicité désarmante des fonctions administratives que d’autres auraient jugées secondaires. Après avoir exercé de hautes responsabilités académiques, il n’hésita jamais à se mettre au service du savoir là où l’on avait besoin de lui, notamment comme bibliothécaire. 

Ce choix, loin d’être un retrait, était en réalité une profession de foi : celle de croire que la connaissance se garde, se transmet et se protège avec patience. Ceux qui l’ont connu le disaient souvent : il n’était pas un bibliothécaire ordinaire, il était une bibliothèque vivante, habitée par les livres autant que par la sagesse.

Son parcours pastoral s’inscrivait dans la même cohérence. Pasteur, il l’était sans tapage, sans mise en scène, sans recherche de reconnaissance. Il parlait peu, mais chaque parole était pesée. Il écoutait longuement, mais son silence n’était jamais vide. 

Gardien de la tradition, il savait pourtant que la tradition n’est pas la répétition du passé, mais l’intelligence fidèle du sens. À ce titre, il incarnait cette Église qui pense, qui enseigne et qui accompagne, sans jamais céder ni à la facilité intellectuelle ni au conformisme ambiant.

En décembre 2022, alors qu’il célébrait ses 80 ans et plus d’un demi-siècle de sacerdoce, ses anciens étudiants avaient tenu à lui rendre hommage à travers une rencontre scientifique d’envergure à la quelle nous étions convié à la fois comme membre du gouvernement et fils Kongo. 

Ce moment n’était pas une célébration mondaine, mais un acte de reconnaissance intergénérationnelle. Il révélait surtout une chose : un maître ne meurt jamais tant que ses disciples pensent encore par eux-mêmes. Le livre qu’il avait alors offert, comme un testament spirituel, traduisait cette volonté ultime de transmettre, jusqu’au bout, ce qu’il avait patiemment mûri tout au long de sa vie.

Aujourd’hui, alors que la mort vient sceller son itinéraire terrestre, une certitude demeure : Monseigneur Hippolyte Ngimbi Nseka n’a pas quitté l’histoire. Il a simplement changé de demeure. Son héritage n’est pas matériel ; il est intellectuel, spirituel et moral. Il vit dans les amphithéâtres où l’on enseigne encore avec exigence, dans les séminaires où l’on forme des prêtres capables de penser leur foi, et dans toutes ces consciences qu’il a aidées à devenir libres sans être déracinées.

À l’Église, il laisse l’exemple d’un prêtre fidèle sans rigidité. À l’Université, celui d’un professeur savant sans orgueil. À la Nation, celui d’un homme qui a cru que le salut d’un peuple passe aussi par la qualité de ses élites intellectuelles et morales. Et à chacun de nous, il lègue une question silencieuse mais exigeante : "qu’avons-nous fait, et que ferons-nous, de ce que nous avons reçu?"

Que son âme repose dans la paix du Seigneur qu’il a servi avec intelligence et humilité. Et que son souvenir demeure, non comme une nostalgie, mais comme une responsabilité.

Me Albert Fabrice Puela, Avocat, député et ministre honoraires."

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