13 janv. 2026

Mgr Hippolyte Ngimbi Nseka in memoriam

Vaut-il encore la peine d’écrire quelque chose sur Mgr Ngimbi après les témoignages publiés par ses disciples et amis? La réponse spontanée serait ́non parce que tout a déjà été dit. Ma réponse est oui car je m'octroye le droit d’exprimer ma voix parmi tant d’autres. J'ai vraiment été privilégié d’avoir suivi les cours de cet éminent philosophe. Lui rendre hommage va absolument de soi. Selon programme publié par le diocèse de Kisantu, il y a aura veillée le 16 janvier et inhumation le 17 janvier 2026. Mais les messes de suffrage commencent déjà ce mardi 13 janvier à travers le diocèse. Quoi qu'il en soit, je salue en Mgr Ngimbi autant un maître qu’un guide spirituel. Maître enseignant avec une étonnante clarté d’expression, et guide spirituel conseiller et pasteur d’âmes. J’ai donc connu le prêtre, le professeur, l’aîné confrère dans le sacerdoce et le mentor.

J’ai déjà plus d’une fois évoqué le nom de Mgr Ngimbi dans ce blog. Je voudrais d’abord soulîgner son énorme contribution au grand séminaire de Mayidi. Et lors de notre dernière conversation téléphonique, il m’a parlé des cours qu’il a préparés mais qu’il lui était impossible d'enseigner parce qu’il a perdu vision. Il est donc resté actif et attaché à Mayidi jusqu'à la fin de sa vie, soit 48 ans après y avoir tenu son premier cours. J’en parle parce que je suis du premier groupe d’étudiants que le spécialiste de Gabriel Marcel a formés après son doctorat en philosophie à Louvain. Aussitôt débarqué au grand séminaire de Mayidi, l’abbé Hippolyte Ngimbi a tout de suite pris ses charges d'enseignement. Si ma mémoire est bonne, il m’a entre autres enseigné l'épistémologie, la métaphysique, la théodicée, la philosophie des sciences.

Pour la petite histoire, Mayidi avait été fermé en 1974-75, et les grands séminaristes renvoyés à leurs diocèses respectifs. Ce fut l’éphémère rectorat de l’abbé Ludiongo d’heureuse mémoire. Le grand séminaire a rouvert les portes en octobre 75 avec nous, un groupe de 44 étudiants, avec les pères SJ Joseph De Cock comme recteur, Édouard Dirven. Van Iseghem, Peter et le frère Schouf. On sentait encore la tension dans l’air. L’année suivante, les abbés sont revenus en force. Une véritable réforme a eu lieu avec l'arrivée des abbés Ignace Makela comme recteur, Louis Nioka, Dominique Kahanga, et un peu plus tard, Hippolyte Ngimbi qui a tout de suite remis de l’ordre dans le programme des études. La relève assurée, Mayidi a continué de fonctionner sans interruption jusqu’à ce jour. Et Mgr Ngimbi, toujours fidèle à sa mission, a porté haut le flambeau de cette Alma Mater.  

Le professeur Ngimbi était décrit par ses congénères comme un élève très brillant. Selon mon beau frère Ignace Nsanda qui l’a connu au petit séminaire de Lemfu: il obtenait des 80% avec une aisance surprenante. Les amis de Kisantu insistaient unanimément sur sa discipline rigoureuse et son esprit de travailleur. Personnellement, j'étais impressionné par sa bibliothèque. Il vivait au milieu des livres. De taille moyenne, il portait toujours des pantoufles, je ne me souviens pas l'avoir vu en souliers en cuir Il marchait vite, c’est à peine qu’on l'entendait passer. Il portait ses lunettes même au terrain de football. Lors d’un match entre profs et séminaristes en mars ou avril 78 il avait marqué un but. 

J’avais de bons rapports personnels avec lui. Lors de mes passages à son bureau, il ne manquait pas de me parler des séminaristes et prêtres de Kenge qu’il a connus à l'Urbaniana de Rome. A la recherche d’un sujet pour mon travail de fin d'études en philosophie, il m’a proposé de travailler sur Louis Lavelle. Ainsi a été produite sous sa supervision La découverte du moi chez Louis Lavelle, une œuvre fondamentale dans mon parcours de chercheur. C’est en travaillant avec lui que j’ai découvert la personne, Hippolyte Ngimbi. Derrière le savant intellectuel, le grand philosophe, se révélait un homme simple, généreux et sympathique. Quelle disponibilité! Quelle résolution dans la quête de la vérité et de l'expression adéquate! Il prenait son temps non seulement à lire et corriger mon texte, mais aussi et surtout à me projeter au-delà de ce travail. Il vérifiait chaque citation, me proposait des lectures. Merci Maître de la parole, comme je l’ai écrit dans une entrée antérieure. Ce TFE porte des phrases et des expressions émises par lui. Une véritable leçon d’écriture et de recherche!

Quelques privilèges. Comme il passait une partie de la semaine à Kinshasa, j’ai profité d’un de ses déplacements pour me rendre à Kinshasa dans sa belle petite voiture Renault. En juin 78, mon travail était chronologiquement le premier à être accepté à Mayidi. J’avais fini avant mes condisciples. J’arrête là ma prétention car Mgr Ngimbi dirigeait aussi des travaux à la Faculté Catholique. Je n'oublierai jamais un après-midi oû je l’ai rencontré à St Dominique en compagnie de l’abbé Nyeme Tese quj venait de lancer l’Amoza. Les deux profs étaient détendus et se taquinaient devant moi. 

Nous nous sommes revus au Collegio Urbano Rome. J’avais un ami, Jean-Roger Lumu de Lwiza, qui me parlait constamment de lui, fasciné qu’il avait été par son cours de métaphysique à la FTCK. Lorsque j’étais secrétaire à l’évêché de Kenge, il dirigeait le séminaire universitaire; j’ai renoué avec lui afin d’obtenir sa recommandation pour mon inscription à Fribourg.  Ce qu’il a fait sans hésiter, ayant gardé de moi un souvenir positif. C’est ainsi que je suis allé en 1987 aux études à Fribourg. Je lui ai rendu visite en juillet 2003 à son bureau de recteur aux Facultés Catholiques en compagnie des abbés Akenda et Matutu. Beaucoup plus tard, nous nous sommes retrouvés dans un avion Ethiopian Airlines à partir de Addis-Abeba jusqu'à Kinshasa. Il me dira qu’il a pris sa retraite de l’UCC, mais qu’il gardait des enseignements à Mayidi. Ce fut notre dernière rencontre de visu. Il y a presque une année, en mars 2025 j’ai été alerté par abbé Jean Marie Matutu au sujet de sa maladie et de sa retraite au Centre Pastoral de Kisantu. Je l’ai appelé, nous avons parlé sans qu’il ne meconnaisse au début. Hésitations. Puis soudain: "Oui Mabana de Kenge...". Presque cinquante ans se sont écoulés entretemps. 

Je m’unis volontiers au diocèse de Kisantu, à l’église de la RDC, à la communauté académique congolaise et à sa famille biologique pour rendre hommage à Mgr le Professeur Hippolyte Ngimbi Nseka car sa vie est exemplaire et son œuvre édifiante. Adieu et profonde gratitude au Maître de la quiddité de l’être. Que son âme repose en paix! 

Tale kidilu kieto Tata Nzambi, tale kidilu kieto


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire