11 août 2025. Parti de Kenge à 9 heures, je suis arrivé à Kin Bibwa vers 14h30 avec deux longues interruptions à Bukanga-Lonzo Secteur et à Pont-Kwango où j'ai rencontré l'abbé Liévin M'Banga chez Roy. Chose intéressante. Nous étions dans l'espace restaurant avec des Mobondo, les vrais qui ne massacrent pas la population, mais mettent de l'ordre. Ils prenaient leur nourriture et leur boissons dans une pièce située au fond du restaurant. Leur chef, un Suku, était aussi présent. Je ne l'ai pas identifié dans la foulée. Je voulais lui parler, mais on m'a déconseillé de le faire. On m'expliquera qu'ils mettent de l'ordre, assurent la sécurité, curieusement avec les FARDC et la Police nationale. Je comprendrai que ceux qui tuent à la machette, violent ou pillent des propriétés ne sont pas de vrais Mobondo mais des bandits criminels qui profitent de la situation pour semer la pagaille et le désarroi dans la région. On me dira aussi que le tronçon le plus dangereux se situe entre Kabuba et Batshiongo. J'ai compris que les Mobondo sont là, vivent avec la population et assurent l'ordre et la sécurité. Ils collaborent avec les forces de l'armée régulière, j'ai vu de mes propres yeux un policier en tenue de service parler ami ami avec eux. Ils attaquent les fauteurs, leur font tribunal et les sanctionnent à payer des amendes, parfois jusqu'à les tuer si les délits sont gravissimes.
Alors que des milliers de personnes ont vu leurs fermes détruites ou leur bétail décimé, quelqu'un m'avait déjà confié auparavant que sa ferme du plateau des Bateke n'a jamais été attaquée parce qu'il a signé un pacte d'entente avec eux. La personne parle kiyaka avec eux. J'ai aussi appris que les soeurs religieuses de PK seraient toutes parties pour une retraite spirituelle ailleurs et leur auraient laissé la charge de surveiller et sécuriser le couvent et alentour. Tout mouvement suspect est tout de suite détecté et réglé. En dépit du calme apparent qu'ils affichent, les Mobondo sont des tueurs sans pitié. Ils sont capables de commettre d'énormes dégâts lorsqu'ils sont acculés à le faire. D'où la consigne de pactiser avec les forces armées de la république et la police nationale. Cela se voit, se vit à Pont Kwango, et dans différents points de la route entre Kenge et Kinshasa. Prudence, méfiance quand même. Faites gaffe.
En chemin près de Kimpur où je me suis arrêté pour souffler, car je somnolais un peu, j'ai rencontré une femme qui chantait allègrement: "Mama, oyebi koyemba. Na kokotisa yo na chorale na biso. Owuti wapi, okeyi wapi yo moko na kati ya esobe? Oza Muteke to Muyaka?" [Maman, vous chantez bien. Je vous engagerais volontiers dans notre chorale. D'où venez-vous? Où allez-vous seule dans cette brousse peedue? Êtes-vous Muteke?] Çà c'est moi Kahiudi dans mes œuvres. Je découvre qu'elle est protestante (missioni), originaire de Feshi, et qu'elle était en route pour collecter du bois de cuisine. On a donc parlé kisuku, et on s'est séparés. Elle est partie, très heureuse d'avoir parlé à ses frères et soeur.
La route était impeccable. Aucun trou profond d'un bout à l'autre. Il était 14 h 30 lorsque je me suis arrêté à Bibwa. Je suis allé voir Papa Bunda, mais il était en campagne d'évangélisation avec son épouse. Après avoir confié quelques bottes de pondu et de kwanga à leur petit-fils, j'ai continué la route. Le trafic était tellement dense que je ne suis arrivé à Binza Pigeon qu'autour de 22 heures. Cogné trois fois, par deux 207 et un taxi, tous jaunes, je suis resté très prudent, car sur les routes de Kinshasa il faut oublier toutes les règles de conduite apprises à l'autoécole. Le trafic kinois n'obéit à aucune règle de circulation routière classique. Un désordre terrible qui cause pas mal d'accidents parfois très meurtriers. A l'échangeur Lumumba, une ambulance venant à contre-sens m'a bloqué. Un véritable baptême de feu que de prendre le volant à Kinshasa.
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