C'est depuis plusieurs années que je me pose des questions sur les relations familiales. J'ai assez vécu et ai accumulé beaucoup d'expériences sur ce sujet partout où j'ai passé ma vie. Dans ma propre famille comme dans d'autres familles. Dans mon pays comme dans plusieurs pays. Les relations familiales ont des particularités spécifiques liées à la culture et à la tradition locales. Je pose comme préalable que les relations familiales comme les relations amicales, sociales ou professionnelles subissent l'épreuve du temps. Frères et soeurs aujourd'hui, comment seront vos relations dans dix ans? Amis intimes, le serez-vous encore dans dix ans? Collègues de service ou confrères dans certains milieux professionnels, tiendrez-vous la même relation dans dix ans? Je prends dix arbitrairement, je prendrais aussi volontiers quinze ou vingt ans si Dieu vous accorde la grâce de vivre ensemble longtemps. L'épreuve du temps donne la mesure de la solidité relationnelle.
La mouvance temporelle influence beaucoup les relations. La famille elle-même éclate avec le temps. Etudes, professions, mariages, amis et autres intérêts immédiats séparent déjà la famille. En fait, tout ne dépend pas que de l'éducation ni de la tradition reçues dans l'enfance. Les études orientent dans telle ou telle direction. Les responsabilités comme les réussites ou les mutations professionnelles séparent forcément les uns des autres. Les mariages canalisent l'amour et les soucis envers les partenaires et les enfants plutôt que vers le noyau familial de naissance. Les amis acquis dans la communauté sociale, scolaire ou religieuse, influencent la marche de la vie d'une façon ou d'une autre, à tel point que certains deviennent des ennemis dès que les centres d'intérêts changent. Certaines fonctions éloignent de la famille et des amis si l'on n'y prend garde. Autant des circonstances qui divisent, séparent et infligent des échecs aux relations le plus solidement établies. Chacun évolue dans la sphère qui est la sienne.
Un frère, une soeur, un parent meurent, chacun fait son deuil chez soi au lieu de s'unir aux autres. Dans les familles européennes, je ne parle que de ce que j'ai observé, des frères et soeurs longtemps séparés se retrouvent aux deuils ou aux enterrements. Souvent sans se parler ou en se disant juste bonjour parce qu'ils ne se sont pas entendus sur le partage de l'héritage familial. Oui, l'héritage familial divise fréquemment consanguins et utérins. Chez nous, c'est plus brutal, la famille paternelle chasse l'épouse et les enfants du défunt de la maison que ce dernier a bâtie pour sa progéniture. Les conséquences néfastes s'étendent sur des années, voire à jamais. Et le code officiel de la famille n'est respecté de personne. Droit coutumier et droit civil se contredisent, sans qu'aucune solution satisfaisante ne soit trouvée. Des familles s'effondrent souvent à cause des biens materiels injustement partagés. D'autres pour des motifs religieux. Une femme malheureuse, dépitée par le destin, trouve refuge dans une église du réveil où la prophétesse ou le pasteur l'éloigne des sorciers lui affirme que son mari, ses frères et soeurs seraient à la base de ses malheurs. La séparation est souvent fatale. Certaines églises soumettent les adhérents à des confessions publiques qui dénigrent l'hyocrisie des églises traditionnelles. Des amis s'écartent pour un détournement d'argent ou de biens leur confiés de commune entente. Des collègues se désunissent pour des promotions de service à coup de trahison et de calomnies vis-à-vis des autres. Les causes de division sont nombreuses.
A une amie proche qui refusait de parler à son ancienne amie, du moins celle que j'avais connue comme telle, j'ai lancé un défi. "Si c'était une vraie amitié, elle reviendra d'une façon ou d'une autre". Il est de règle que les vrais amis se retrouvent ou se réconcilient quoi qu'il en coûte. Plus rien ne sera comme avant certes, mais ils se retrouvent quand même. La situation se complique lorsque s'y mêlent diabolisation, envoûtement, sorcellerie, jalousie, envie, empoisonnement et autres méfaits. Tout est donc dans la conscience de l'homme. Si la volonté est là, la réconciliation est possible. Pas de miracle. Pas besoin de neuvaine ni de pasteur pour retrouver le frère, la soeur, l'ami ou l'amie, perdus. Pas de magie pour reconstituer la complicité de jadis, s'il y a amour et bonne volonté. Voeux pieux! La réalité est toute autre, parole de littéraire. Les relations familiales subissent irrémédiablement l'épreuve du temps.
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