24 mai 1990. Ce jour-là je me trouvais en Suisse, la nouvelle est tombée comme une bombe, prenant tout le monde par surprise. Le président fondateur du MPR venait de céder à la pression nationale et internationale en acceptant le multipartisme au Zaïre. Ce fut la fin du sinistre parti-état, symbole du despotisme et de la tyrannie de Mr Mobutu. Ce jour-là tout ce qui avait constitué les fondements de la deuxième république s'est effondré comme un château de sable. Retour des noms chrétiens, autorisation de mettre la cravate, de porter pantalon pour femmes, vestes et costumes à l'occidental, etc. Ce jour-là, toute la politique de l'authenticité est devenue caduque.
Le géant Mobutu Sese Seko qui dirigeait le Zaire d'une main de fer a mordu la poussière. Le dictateur a, saisissant la gravité historique de son discours, cédé à des instants de condition humaine, au point de perdre son flegme légendaire: "Comprenez mon émotion". Dévasté, impuissant devant l'ouragan de l'histoire pour reprendre sa propre expression, le dictateur Seskoul a même versé quelque larmes. Un moment vraiment dramatique.
Le littéraire en formation que j'étais avait suivi et saisi la portée de cet instant. Plus rien n'a été comme avant ... jusqu'à la fatale journée du 17 mai 1997. Une page de l'histoire s'était tournée mais le héros de Gbadolite ou l'aigle de Kawele avait encore tenu sept ans avant de disparaître définitivement de la scène active du pouvoir. Il est mort et a été enterré au Maroc dans l'anonymat et la déchéance, loin de son pays natal. Cette époque correspondait parfaitement à mes recherches sur les mythe, et la descente aux "enfers" de Mr Mobutu étayait de façon évidente les resultats de mes lectures théoriques. Je defendis ma thèse le 12 juin 1997 convaincu entre autres de la finitude de l'être humain quelle que fût sa puissance.
Ainsi sont tombés tous les héros de l'histoire. Ainsi tomberont tous les puissants d'aujourd'hui. Sic transit gloria mundi et terrae.
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