16 févr. 2013

Toi aussi avec ton "Tshishi tshidiadia lukunde"!

"Décidément, Claver, il n'y a que toi pour te comprendre. Tu nous sers là des salades insipides avec ton proverbe par surcroît luba que toi seul trouves extraordinairement instructif et spécial."
(E-mail du 16 février)
 
J'ai des lecteurs toujours prêts à me montrer du doigt. Cet email prouve combien ce blog m'appartient.  J'assume mes "salades insipides". Cela, c'est aussi moi.
Mayidi. Février 77. Je présente un examen oral d'esthétique, un cours qui m'ennuyait à mourir. "Avez-vous mangé de la macédoine?" m'a demandé le Prof. Matukanga Mbalu. Témoin de l'incident: "Jean-Marie Matutu Ndombasi alias Diogène ou Maître Diogène". 36 ans plus tard, la même remarque m'est faite par un des mes pourfendeurs qui aime tant l'anonymat. "Macédoine = salade de fruits." Comprenne qui pourra!
Tenez. La vérité est au fond de cette confusion.
 

15 févr. 2013

Tshishi tshidiadia lukunde, ntshidi munda mua lukunde 2

"C'est l'insecte qui est à l'intérieur du haricot qui le mange"
Tentons une libre interprétation de ce proverbe très instructif.
1. Rapport entre l'insecte et le haricot. Dans la nature, l'insecte se nourrit d'herbe, de grain et du végétal. Un véritable végétarien. Pour pouvoir entrer dans le haricot, l'insecte doit être plus petit que le grain de haricot. N'oubliez pas la fable de la "grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf" que nous avons apprise au secondaire. La taille est importante. Chaque chose à sa mesure. Un insecte plus grand fait éclater le haricot. Aussi simple que cela. L'énigme consiste justement en ce que des "grenouilles" arrivent à la grosseur "des bœufs". La coexistence est forcément conflictuelle, anti écologique, dévastatrice pour l'élément végétal dont la vie de l'insecte dépend entièrement pour vivre. Juste pour dire que ce n'est pas n'importe quel insecte qui apprivoise le haricot et s'en délecte. Homme et insecte se le disputent selon la loi de l'équilibre naturel.
2. La manducation. L'opération nécessaire pour la survie de l'insecte consiste en l'annihilation de l'élément végétal. C'est la loi du plus fort. Le fort engloutit le faible dans son immense gueule. Le petit  ou le faible s'incruste dans le grand et prend statut de parasite ou de sangsue. Comble d'illusion: le petit parasite est plus nocif que tout feu dévastateur, car il apprivoise comme un rat laveur. Il ronge très discrètement jusqu'à l'érosion totale du végétal. Comme l'insecte est plus petit et ne peut ingurgiter le haricot, il se contente de créer son abri à l'intérieur de sa proie. Parasitisme ou profit. Alors que le boa qui n'a pas ce problème il avale tout, l'insecte corrode, ronge, érode, dissèque... en menus morceaux presqu'invisibles avant d'avaler. A la fin, le haricot s'avarie et devient difficilement comestible pour l'homme qui l'a planté ou acquis.
3. Extrapolation. Dans le contexte utilisé par l'abbé JP Mbelu, le haricot c'est la RDC, et l'insecte c'est tous ses enfants qui trahissent la patrie et les étrangers qui l'exploitent. A la différence que le haricot-RDC est spatialement plus grand que l'insecte exterminateur. Pour que le haricot soit mangé par l'insecte, il faut absolument que ce dernier y pénêtre. Telle est la trajectoire des traîtres et des exploitants. Relisez l'histoire de notre pays, pas en politique mais en littéraire, vous verrez combien l'abbé a raison d'évoquer ce proverbe. L'abbé a été plus souple que Mr Yerodia qui autrefois, au plus fort des tensions sociales, traita les Rwandais de "vermines". Un message autrefois jugé haineux et xénophobe par les chancelleries occidentales. Insectes et vers ont en commun la caractéristique de "parasites".
4. Le non dit du proverbe. Laissez aux Congolais le droit de régler leurs problèmes. Eux seuls sont attitrés à parler au nom de ce pays. Congolais, devenez les seuls insectes susceptibles de partager les ressources matérielles et spirituelles du grand Congo Démocratique. Luttez donc pour ce droit inaliénable quoique pensent les dirigeants du monde. Trahison, exploitation, gabegie, vol, prostitution, affairisme, guerre, rébellion, viol, détournement des ressources communes à son propre profit, clientélisme, népotisme, tribalisme, et tous les -ismes,  bref autant des maux pour détruire le haricot-RDC.
5. Des gros mots. Non des mots scientifiques car on aime mieux ce qui sonne pédant, gonflé, difficile à comprendre. Le végétarien se sert à l'arbre et accuse les carnivores de détruire la faune et la flore. L'entomologiste prêche pour sa base électorale. Alors que biologistes et anthropologues parlent de sélection naturelle, d'évolutionnisme, en théologie et en philosophie pour évoquer mon arrière base, on parle volontiers à la prédestination, grâce, destinée, vie, survie, déterminisme. "Division du travail", entendez moyen de vivre. Le mythologue littéraire parle de cyclisme (pas a vélo bien entendu), retour cyclique, regressus ad uterum. Le chimiste de je ne sais quoi. Tout cette avalanche terminologique pour faire spécialiste et rapporter ce que le proverbe résume en une phrase: "Tshishi tshidiadia lukunde, ntshidi munda mua lukunde".

13 févr. 2013

Tshishi tshidiadia lukunde, ntshidi munda mua lukunde

En langue tshiluba: "C’est l’insecte qui est à l’intérieur du haricot qui « le mange ».
Je viens de trouver ce beau proverbe dans une analyse de l'abbé Jean-Pierre Mbelu. Ce proverbe polysémique résume à lui seul la situation dramatique dans laquelle s'englue notre pays depuis l'indépendance. Il se vérifie à chaque tournant historique. Une histoire faite de rébellions, de coups d'état, de dictature, de trahisons, de complicités criminelles, ... et écrite en lettres de sang. Que de milliers d'innocents sacrifiés à l'autel du pouvoir dans notre pays! Un pays réputé "scandale géologique" dont la population est parmi les plus pauvres de la planète pendant que sa classe dirigeante s'enrichit fabuleusement et impunément. Un pays pillé par nos voisins, exploité par des multinationales et des seigneurs de guerres sans scrupule. Le défi qui se pose à nos gouvernants consiste à mettre fin à cette tragédie en privilégiant l'intérêt national. C'est le seul vrai bilan sur lequel ils seront jugés. Tshishi tshidiadia lukunde, ntshidi munda mua lukunde.




12 févr. 2013

Un relent anti occidental

"Claver,
Ton article contre les entraîneurs européens des coupes d'Afrique est anti-occidental, discriminatoire et incitateur à la haine. Sache que ces Européens sont engagés par vos autorités en fonction de leur compétence. Ton discours ne tient pas debout. La Suisse a eu Hogdson, Stielike, Hitzfeld: nul n'a mis en doute leur compétence!
Je reviendrai sur tes articles concernant l'abdication du Pape. Tu sais, moi, je ne suis pas très catho." (GF, email du 12.2.13)
 
Ma réponse est simple:
 
"Chère amie,
Tu as été sincère, je le suis aussi. Crois-tu au fond de toi-même que l'Afrique doit éternellement employer des Européens même là elle peut s'en tirer aisément? La présence d'un entraîneur national sur les bancs de l'équipe ne peut être que source de fierté nationale, tandis qu'un Européen nous rappelle notre incomplétude, notre inachèvement, notre inadéquation au monde.
Hogdson, Stielike, Hitzfeld sont des Européens, mais pas Africains. Je n'ai aucun problème que le Nigérian Stephen Keshi entraîne le Cameroun ou la RDC; mais j'ai un problème lorsqu'on doit importer d'Europe des mercenaires "condescendants" pour organiser nos équipes nationales.
Avoir un entraîneur national du pays, rien de plus souhaitable! La fierté nationale est un sentiment digne, correct aussi bien politiquement que sportivement. On n'a jamais critiqué les Italiens de n'avoir que des entraîneurs nationaux italiens!
Le vieux Nelson Mandela a écrit dans son autobiographie qu'il était superbement impressionné la première fois qu'il avait voyagé avec Ethiopian Airlines: tout le personnel, du pilote à l'hôtesse, était éthiopien, noir. Pour un homme sage qui vivait les horreurs de l'Apartheid, c'était impensable.
Que cela s'applique aussi à l'Afrique et aux Africains! Je ne demande pas mieux! Il n'y a aucune haine de l'Occident, ni de la discrimination ni encore de la xénophobie dans ce sursaut de nationalisme identitaire. Nous devons être fiers d'être africains, nous devons exploiter nos qualités, faire l'éloge de nos valeurs et de nos compatriotes. C'est pourquoi je dis: Il est temps que les choses changent, que nous prenions notre destin en mains dans tous les domaines.
Merci de m'avoir permis d'ajouter ces précisions qui, je pense, éclaireront mes pensées. Je lutte pour que l'Africain prenne conscience de sa force, de ses qualités et valeurs, de son identité et de ses capacités. Qu'il n'attende pas son salut ni sa libération de l'Occidental ni de l'Oriental qui, en réalité, ne poursuivent que leurs propres intérêts. Il n'y aucune honte à défendre son soi.
Porte-toi bien!"

C
  

Les entraîneurs des équipes africaines à la CAN

Cette réflexion me vient à la suite de la démission annoncée puis rectifiée du sélectionneur nigérian Stephen Keshy qui vient de gagner la coupe de la CAN 2013. C'est le 9e entraîneur africain à remporter la CAN depuis sa création. Chapeau, Man!
J'ai toujours été frappé par la présence nombreuse d'entraîneurs européens à la tête des équipes nationales d'Afrique. C'est du colonialisme déguisé simplement. Pourquoi ne privilégie-t-on pas la préférence nationale dans des domaines aussi délicats? Aucun Africain, quelle que soit sa compétence et quoi que prétendent les tenants de la mondialisation égalitaire, n'entraînera une équipe nationale européenne ou américaine. En tout cas pas de mon vivant! L'Afrique doit former ses propres natifs à cette charge et leur donner les moyens de travailler dans de bonnes conditions.
On entend dire: "Nous ne sommes pas encore arrivés à un haut niveau d'organisation... Nous avons essayé avec nos compatriotes, mais ils ont détourné l'argent, sélectionné des joueurs de leurs tribus, etc. Avec les Européens, de tels problèmes ne se posent pas. Professionnels et objectifs, ils gèrent ces situations avec une compétence désintéressée."
Sans être raciste ni séparatiste, je soutiens avec force que les Africains se prennent en main et assument leur destin. Nous laissons trop de champs d'action aux Européens simplement parce que nous manquons de confiance en nous-mêmes. Il est temps de tourner la page.
Le Zaire avait remporté la CAN 74 avec Vidinic, un entraîneur yougoslave. Avec le même entraîneur, elle a perdu 9-0 au Mundial 74 face à la Yougoslavie. Tout le monde a commenté cela dans son sens. La RDCongo a trente ans plus tard gagné la CHAN avec Santos Muntubile comme entraîneur. Au prix de quel parcours? Au moins, un entraîneur local a réussi là où des étrangers sans coeur viennent juste se remplir les poches. Le TP Mazembe de la RDC est entraîné par un sujet sénégalais, Lamine Ndiaye qui fait très bien son travail. Le palmares de ce club est bien connu dans le monde du foot.
C'est la même chose qui se passe en politique comme dans certaines de nos sociétés nationales, nos compagnies aériennes, mises à part Ethiopian ou Kenya Airways. Le mythe de l'Européen a des racines très profondes, coloniales et raciales. C'est normal qu'un Allemand soit consul honoraire de la RDC à Stuttgart; aucun Congolais ne sera jamais consul d'Allemagne où que ce soit. Vous ne verrez jamais un Ethiopien embauché comme pilote dans une compagnie aérienne nationale russe, anglaise ou américaine, alors que le contraire est non seulement possible, mais va de soi. Un accord tacite semble universellement régler ces choses que jamais personne ne conteste. Aliénation mentale? Précisément. "Decolonize the mind" dirait Ngugi wa Thiong'O.
A nos dirigeants de former nos propres compatriotes à ces postes qui font la fierté nationale! La libération ne s'attend pas d'un autre, surtout pas de celui qui vous soumet. Elle s'arrache au prix d'un changement radical.

Was sagst Du zu dem Rücktritt?


(Source: www.vatican.va)

"Lieber Claver,
was sagst du zu dem Rücktritt?
Ich denke, es ist gut so. Er hat nicht mehr die Kraft, insbesondere die aktuellen Probleme der Kirche aktiv anzugehen. Die Menschen fühlen sich auch unverstanden von der Kirche; sie ist ihnen sehr fern.
In Deutschland gibt es fast nichts anderes zu hören, im Fernsehen und im Radio." Etc.
TS (Email vom 11. Februar 2013)
Liebe TS,
ich danke Dir sehr herzlich. Wie jeder Mensch habe ich zu diesem Rücktritt einige Gedanken, die mir eingefallen sind.
1. Die Überraschung is gross für alle inner- und ausserhalb der Kirche: So was gab es doch noch nie oder seltsam in der kirchlichen Geschichte! Ich habe schon meinen ersten Eindruck auf meinem Blog geschrieben. Er  bleibt sogar der einzige Papst, den ich je die Ehre und die Gelegenheit gehabt hatte, vor seinem Amt zu begegnen.
 2. Gesundheitliche Gründe. Das ist der offizielle Grund. Er wird bald 86 sein. In diesem Alter ist der Geist nicht mehr so klar wie früher. Das Gedächtnis geht langsam weg, die anderen körperlichen "Fahigkeiten" verschwinden. Wie es öfters in solchen Fallen geschieht, fühlt sich der Mensch nicht mehr so wohl; er bleibt am Amt aber sein Geist ist mehr dabei. Deshalb halte ich diese Entscheidung für sehr vernünftig, mutig, demütig and respektvoll.
  3. Zum päpstlichen Amt von Benedikt dem XVI. Sein Pontifikat war sehr schwierig. Vom Anfang an wurde er durch viele Kritiken empfangen. Seine Vergangenheit in der Nazi-Jugendzeit und seine strengen Positionen wurden sehr negativ beurteilt. Er wurde als ein Ultra-Konservative bezeichnet. Er hatte Jude und Muslime gegen sich wegen seiner theologischen Betrachtungen. Als Nachfolger vom Johannes Paulus dem II. hat er nicht wirklich ausgestrahlt. Kein Charisma. Ein Theolog ist er geblieben, während die ganze Welt einen Papst erwartete. Es ist ihm nicht gelungen, die Kirche hinter sich zu einigen. Viele Katholiken in seiner eigenen Heimat sind aus der Kirche ausgetreten, weil er zu heutigen Probleme mit uralten Dogmen geantwortet hat. Dazu noch der Skandal von Kindermissbrauch, der der Kirche so viel Harm getan hat. Und das Problem der durch den Haushofmeister verschwundenen Dokumente. Viele Probleme und Brennpunkte, die der alte Mann nicht mehr beherrschen konnte. Unter viele Kontroversen und Schanden hat er viel gelitten.
 4. Ein Beispeil. Von mir gesehen war seine offene Beziehung zum amerikanischen President George Bush Jr ein klare Fehler. Natürlich hat er das Recht, Freunde zu haben; aber in seiner Position sollte er daraus auch Konsequenzen ziehen.  President Bush hatte dem Johannes Paulus II. nicht zugehört, und taub und sturr den Krieg in Irak geführt. Benedikt II. hatte im gegenteil den Bush mit einem symphonischen Konzert in der Capella Sixtina geehrt. Der Amerikaner hat dem Benedikt eine hervoragende Geburtstagsfeier in seinem Texanischen Ranch geschenkt.
 5. Das Ungesagte. Die vatikanischen Kulissen sind in diesem überaschenden Entscheidung des Papstes nicht zu beseitigen. Innere vatikanische Intrigen können sogar überwiegend gewesen sein. Wie viele andere Menschen bin ich davon überzeugt. Ich habe genug in Rom gelebt und mit dem Vatikan gearbeitet, um eine solche Meinung zu vertreten. Man kann ihn lieben oder nicht, dieser überraschende Rücktritt verursacht ein paar Gedanken, die nicht gesagt wurden.

Wer wird der nächste sein? Ein Italiener, vielleicht auch nicht. Mal sehen!
Pfüati

C