11 mars 2015

"Stuck"; c'est le mot

"Stuck" signifie généralement bloqué, coincé. J'aurais bien pu écrire coincé, mais l'anglais sonne mieux à mes oreilles comme à mes yeux. Allez-y voir. Il est des jours où l'on n'a envie de rien, où l'on ne veut rien faire ni voir sinon rester au lit, se reposer, juste être-là comme une pierre. Il est également des jours où l'on est motivé, super-motivé de bouger les choses et satisfait d'avoir accompli quelque chose. Oui, c'est cela. On regarde autour de soi, on voit que tout brille, tout sonne à sa gloire et à son honneur. On fonce pour en tirer le maximum de profit et de contentement. Certains autres jours sont pâles, moroses, jaunes et on rit jaune. On regarde autour de soi, on ne voit que du noir partout, ou bien les yeux voient blanc c'est-à-dire ne voient rien. Est-ce un de ces jours pour moi? Je n'en sais rien. Quoi qu'il en soit, une certaine tristesse plane sur mon front, la remarquez-vous? Mes phrases précédentes vous le feraient voir si j'avais été un artiste de la plume. Si j'avais été un peintre, j’aurais sans aucun doute produit mon chef-d’œuvre aujourd'hui. Mais je ne le suis pas, heureusement, car il est écrit dans la sagesse humaine que "des poètes vous méfierez". Je ne m'étonnerais pas que ce soit quelque part dans la Bible, car ce Livre sacré contient tout, même les romans les plus extraordinaires.
Dieu merci que j'ai décidé de ne plus revêtir des faits externes et extérieurs à ma conscience. Cela au moins, je peux le faire. Louis Lavelle a depuis bientôt quarante années été fondamental dans cette découverte intérieure, dans ce repli sur moi. D'aucuns me diront avec raison également qu'il s'agit plutôt de ma première vie. Là où j'affirme la libre pensée, d'autres me ramènent à la vie spirituelle. Les deux ne se contredisent pas dans une certaine mesure. Je porte néanmoins les deux en moi, quitte à décider ce qui est plus prépondérant à un moment ou à un autre du cours de la vie. Est-ce de l'insensibilité ou de l'indifférence? Ou comme on disait jadis en philosophie une essence raturée. Je laisse ce débat à mes amis Jean-Chrysostome, Marcus, Marc, René et bien entendu mon psy Jean-Marie. Ils se reconnaîtraient s'ils lisaient cet article. J'aime bien parfois voyager à vue.
Il est temps d'amorcer une action plutôt que de délirer dans cette nébuleuse insipide de pensées. Me voilà remotivé. Au travail. Aujourd'hui, un autre mot a pris la relève de compétence, de bonne action et du travail bien accompli. C'est l'excellence. Pragmatisme oblige, on trouve ce mot dans toutes les entreprises. Le prix d'excellence ne revient pas à des personnes ennuyeuses comme moi qui suis "stuck" dans mon coin. Soit! Au travail quoiqu'il n'y ait aucun prix en perspective. Et qui dit qu'il n'y en a pas? Je me l'accorde moi-même tous les jours où je me sens productif, positif et motivé, ie pas "stuck."

9 mars 2015

Journée de la Femme

8 mars 2015. J'aurais dû écrire ce texte hier si j'en avais eu le temps. Hier, c'était l'anniversaire de Mama Céline et de Josephina. Faute de temps, je ne les ai pas appelées. Joyeux anniversaires, mamans! Que le Seigneur vous accorde paix et bonheur, santé et bénédiction. La journée d'hier a malheureusement été sombre de bout en bout, pour moi comme pour ma famille. Nous avons appris le décès à Sao Paolo, Brésil, de la femme de mon ami Joseph Vaz. Paix à ton âme Claudia! Je n'ai vu cette merveilleuse femme que par les photos de mariage que Joseph avait publiées sur son compte Facebook. Hélas, la voilà partie, causant une effroyable tristesse en nos coeurs. Originaire de Guinée Bissau, Joseph a passé près de 7 ans ici à la Barbade avant de rejoindre le Brésil. On était proches, on se voyait régulièrement à l'église comme chez nous à la maison. Maçon de profession, ce monsieur a beaucoup fait pour nous. Ayant élu domicile au Brésil, il nous a gratifiés d'une joie immense lorsqu'il nous a annoncé son mariage avec Claudia. C'était un bonheur de le savoir marié à Claudia et heureux dans son mariage. Malheureusement, après seulement quelques mois, Dieu a disposé autrement les choses. La mort de Claudia en ce 8 mars constitue un coup très dur qui terrasse Joseph et nous laisse dans la peine, la méditation et le silence. Courage cher ami Joseph!
Au-delà de cette nouvelle paradoxale il me revient de saluer la femme en ce jour qui lui est consacré. A la question de savoir pourquoi il n'y avait pas de journée de l'homme, De Jane, une amie de Clavère, m'a surpris: "You men have the whole year. Women only have this day. Let us celebrate!" Soit. Célébrons les femmes dans leur rôles de mère, épouse, fille, tante, soeur, belle-soeur, cousine, nièce, grand-mère... et amie. Honneur et respect à leurs personnes!

4 mars 2015

La rhétorique démocratique

1. L'ambiguïté comme langage performatif. Le président Sassou N'Guessou a déclaré: "Je ne serai plus là en 2016 si c'est la volonté des Congolais"... "mais ce n'est pas ma volonté." Chacun peut comprendre cette déclaration à sa façon. Le président, bon démocrate, laisse son destin politique entre les mains des Congolais qui en décideront. Ce qu'il ne dit pas, c'est comment la volonté des Congolais se manifestera. Ou alors, il confirme par le fait même la tenue du referendum que beaucoup d'acteurs politiques soutiennent comme moyen pour contourner la Constitution qui limite le mandat présidentiel à deux termes. En fait, il déclare et ne déclare pas. Il parle et se tait. Nos présidents aiment bien répondre à des questions par des énigmes, ce qui suscite de l'admiration chez leurs partisans ou de la méprise chez leurs opposants.
2. L'opposition rd-congolaise exigeait la publication du calendrier électoral par la CENI. Eh bien, le calendrier a été publié. Les présidentielles sont fixées au 27 novembre 2016. Le pouvoir s'en réjouit tandis que l'opposition y perçoit un piège. On risque de "glisser", c'est le vocable actuellement en poupe qui a causé morts d'hommes, arrestations, pillages, arrêts des services internet, mss ou sms, etc. On voudrait éviter le glissement à tout prix, mais les moyens mis pour l'éviter semblent paradoxalement le favoriser selon les opposants. On parle de financement en milliards qui ferait défaut. Là, je viens de lire sur Facebook que l'opposition propose un autre calendrier plus consensuel à leur avis, prétextant qu'elle n'a pas été consultée. Dans l'entre-temps, les figures majeures de l'opposition voyagent à l'étranger, en Belgique comme aux Etats-Unis sur invitation, espérant que la solution à leurs problèmes viendra de l'extérieur. Qu'on se le dise, les étrangers ne poursuivent que leurs propres intérêts et leur main-mise sur les immenses potentialités de ce pays. Le bien des Congolais ne les intéresse que peu ou prou. Ces contradictions donnent lieu à une crise de confiance dans les institutions à tous les niveaux.
3. Ce que j'entends par rhétorique démocratique, c'est ce discours lié à l'immédiateté qui entrouvre des impasses dont l'issue semble inconnue. Que dis-je? Inconnue n'est peut-être pas le mot juste, car n'oubliez pas que l'on a affaire à des politiciens très futés dans l'art de la conduite des hommes. M. Sassou sait très bien de quoi il parle, il pèse chaque mot qu'il prononce. Et il connaît très bien ses concitoyens auxquels il lance une bulle d'essai. Bon stratège et dirigeant expérimenté, soldat de surcroit, il sait exactement quand placer le mot juste. Du côté de la RDC, l'apparence d'ambiguïté du moment ne doit pas distraire des vrais enjeux de ce pays. Tout semble ouvert apparemment, aux yeux des naïfs comme moi, mais je crois qu'il faudrait attendre et observer l'évolution des événements. Les Belges qui s'en mêlent par réflexe colonial enfoncent une porte déjà ouverte. Le secret de cette rhétorique, c'est en dernière analyse, le tenant du pouvoir, non pas le peuple, qui le tient. Que dis-je encore? C'est l'année 2016 qui en décidera. Parole de littéraire qui estime, depuis toujours, que l'exercice de la démocratie est compliqué en Afrique.

28 févr. 2015

L'apprentissage auprès de Jean Roudaut

A travers Jean Roudaut, j'ai revu beaucoup de souvenirs. Deux des souvenirs ont été évoqués dans l'article précédent. Ils concernent l'apprentissage. L'apprentissage n'a pas d'âge, ai-je appris de ma seconde mère, Thérèse Weingärtner, qui s'est mise à apprendre l'italien et le français pour rivaliser avec moi comme elle prétendait. Le français, elle en savait quelque chose depuis l'école et depuis que sa maison avait abrité des soldats français lors de la guerre 14-18. L'italien, elle y a pris goût au cours de ses voyages en Italie. Elle était une touriste assidue de Rome, des Soeurs dell'Addolorata sur Via Paolo III où elle était toujours installée par son agence de voyage. Son désir d'apprendre, de lire, de parler une autre langue en dépit de son âge avancé, m'a impressionné.
Le dernier cours magistral que M. Roudaut avait enseigné à Fribourg s'intitulait "La littérature et la mort". J'ai été, comme plusieurs étudiants, impressionné par la présence discrète de son collègue Rudi Imbach aux premiers bancs de l'Aula magna. Ensemble, nous suivions les réflexions de l'illustre critique littéraire. J'évoque souvent ce cas pour montrer la simplicité affichée par ce spécialiste de philosophie médievale. Je ne saurai évaluer ce qu'il en a tiré. L'image que je me fais des cours de Fribourg s'apparente à celle d'un dictionnaire que tout le monde consulte et y trouve son compte. Les étudiants suivaient ces cours quel que soit leur niveau d'étude, et chacun y apprenait ce qu'il y cherchait. Comme  les autres auditeurs, j'avais savouré cette apparition de notre maître.
Degrés de Butor avait fait l'objet d'un séminaire animé par Roudaut. Cette oeuvre indigeste basée sur la mémoire d'une classe d'école nous a donné l'occasion d'en discuter avec l'auteur Michel Butor. Une séance unique dans l'histoire de mes études. Ce jour-là, une étudiante allémanique dont le nom ne me revient plus, - je garde toutefois son visage en mémoire - a démonté les articulations fondamentales de Degrés et démontré par une lecture originale la genèse de l'oeuvre à la grande surprise de l'écrivain. Butor en est resté éberlué. Il a appris d'une étudiante géniale comment il avait écrit Degrés. Je garde de Michel Butor le souvenir d'un monsieur toujours habillé en salopette comme un mécanicien, d'un ingénieur du texte à l'imaginaire débordant. Au cours d'une autre conférence, Butor affirma que la vraie littérature se trouve dans le "bottin téléphonique."
Pour nous expliquer le surréalisme, M. Roudaut a évoqué le passage chez lui à la maison en Grèce de Jacques Lacan. A l'époque, avait-il commenté, le confort était relativement modeste chez un professeur d'université. Lacan le matin s'est habillé d'un costume complet blanc et a mis des chaussures mocassin de couleur verte. Le Breton affectionnait particulièrement une veste de velours grise. Pour les séminaires, l'étudiant était tenu de lui faire parvenir une semaine avant le texte. Et trente-minutes avant l'exposé, M. Roudaut rencontrait le présentateur ou la présentatrice autour d'un café pour des remarques et des instructions. L'apprentissage auprès du maître suivait un rite demeuré inchangé pendant des années et menait à une véritable rédemption de l'étudiant.
Cet historien de l'art qui a maîtrisé, pas comme deux au monde, Baudelaire, Mallarmé, Flaubert, Proust et René Char pour lequel il a préfacé l'édition classique était surtout un savant pragmatique du terrain. A la question de savoir où il fallait puiser des noms pour son roman, il renvoyait aux pierres tombales des cimetières. Une mine inépuisable de noms en plus d'un lieu de méditation sur l'être et le monde.


27 févr. 2015

Le professeur Jean Roudaut

26 février 2015. Je viens de réentendre la voix de M. Roudaut vingt-trois ans après qu'il a quitté Fribourg. Jean Roudaut fut mon professeur de littérature française moderne et contemporaine de 1987 à 1992, l'année de sa retraite. Il avait quitté Fribourg afin de mieux se consacrer à l'écriture. Et effectivement, il a publié une vingtaine de livres depuis. Il avait intitulé son cours d'adieu "La littérature et la mort", un titre emprunté à Maurice Blanchot. Je le souligne parce que, parmi les auditeurs de ce cours, se trouvait un éminent professeur de philosophie, Rudi Imbach. Aujourd'hui encore, je viens de suivre un véritable cours de littérature. Il nous a donné à rencontrer et écouter des sommités littéraires tels que Maurice Chappaz, Jean Starobinsky ou Michel Butor lors d'un séminaire consacré à Degrés. J'évoque souvent ces deux événements dans mes conversations avec les étudiants.
Monsieur Roudaut, écrivain, poète, grammairien et essayiste, fascinait par la qualité de son travail, ses lectures uniques et originales des textes et sa vaste connaissance des sciences humaines et des arts. Historien de l'art, il excellait dans des analyses qu'on ne pouvait trouver dans aucun manuel. Adulé des étudiants pour la facilité et l'enthousiasme avec lesquels il enseignait, Roudaut donnait l'impression d'élaborer son cours pendant qu'il l'enseignait. Il naviguait de la théorie de l'art à la théologie, de la psychanalyse à la philosophie avec une aisance sans faille. Un maître! A son départ, comme j'étais le seul à traiter un sujet africain, il m'a donné une bonne quantité de romans, de livres critiques, de recueils de poèmes ayant trait à l'Afrique.
Je l'avais trouvé pour qu'il dirige mon travail de licence, mais il avait déjà accepté la demande de plusieurs étudiants avant moi. J'ai dû me rabattre sur Mr. Giraud, un spécialiste des littératures classiques qui avait dirigé beaucoup de thèses sur l'Afrique. Paix à son âme! Avec Roudaut, j'aurais assurément produit un mémoire créatif et avant-gardiste alors que Giraud, savant conservateur,  m'a retenu dans la tradition des lettres. Roudaut  menait à l'aventure de l'esprit tandis que Giraud rassurait sur le terrain académique. Les étudiants étaient donc également servis. Que d'évoquer d'avoir suivi des cours de Roudaut ou Giraud constitue un privilège considérable dont on doit être fier.
Venons-en à l'interview de l'article précédent. Pendant que le journaliste introduisait Jean Roudaut, j'avais hâte d'entendre la voix de mon maître 23 ans après. J'ai entendu en sourdine "oui", "oui" avant de reconnaître sa voix demeurée inchangée, peut-être changée d'un ton plus grave, marquée par l'éternel grésillement final de ses phrases. Je suis comme entré dans l'Aula magna de Fribourg pour écouter l'enseignant. Toujours égal à lui-même, il a gardé à 85 ans le même enthousiasme, la même veine poétique que par le passé. Son analyse de Proust m'a rappelé mon dernier séminaire "Proust et le romanesque" pour lequel j'avais fait une présentation sur les maximes dans Du côté de chez Swann et Le temps retrouvé. J'ai encore la copie de ce travail; je l'ai revu et présenté à Michigan Academy en 2005; je le publierai un jour avec d'autres textes écrits depuis Fribourg. Jean Roudaut a gardé la même passion pour Proust, et même j'ai pu anticiper certaines de ses phrases tellement j'avais été marqué par son immense savoir de Proust dont il est sans aucun doute l'un des meilleurs connaisseurs au monde. Et j'ai toujours été admiratif de sa conception de la littérature. Si je me définis littéraire aujourd'hui, c'est en partie grâce à Jean Roudaut. Des retrouvailles pleines d'émotion et de gratitude.


La voix de Jean Roudaut 23 ans après

http://www.babelio.com/auteur/Jean-Roudaut/15219


Voilà ce que j'ai noté de l'interview de l'auteur de Michel Butor, le livre futur
"Oui, oui
Proposition - un genre littéraire atypique
Essai, fiction, auteur inclassable avec ses sous-titres frappants
"C'est quoi consacrer sa vie à l'écriture?"
Mallarmé, Proust, Perros, Dubuchet, Deforest, Blanchot,  Les voix venues d'ailleurs.
"Ce qui m'importe, c'est la rigueur de l'écrivain".

Un livre, c'est un compagnonnage. Je le relis. "Je donne les livres aussi." -
Je garde les grands classiques : Goethe, Hoederlin.
Je n'ai pas de télévision. je ne peux passer une soirée sans lire de la poésie.
Au contraire du roman, la poésie demande à être reposée, ie posée de nouveau... Le poète est là, tout dans le moment où il nous dit, où il nous parle.
Aux XVIIe siècle la poésie était moins chez les poètes que chez les grammairiens... C'est quasiment stellaire à travers des mots.... Les grammairiens étaient des visionnaires. Apollinaire capte les mots dans les cafés.
Une relation.  
A la Recherche du Temps Perdu est un roman de formation au sens du XVIIIe s., épopée à la façon antique.

Jean Roudaut: En quête d'un nom. 
Un livre sur Proust. Un écho à quelques sous-titres
Le narrateur n'a pas de nom. Les indications sur son nom sont équivoques. St Marcel... Cette absence de nom est tout à fait soulignée dans le cours du livre: "on me présenta... on me l'annonça".
"Il faut se faire un nom. On entre dans la société lorsqu'on est nommé".  Mais il passe près de vingt dans un asile... Il abandonne son héros ... ce héros ne peut être mondain."
Marcel, c'est l’anagramme de Carmel. Pourquoi a-t-il cette insistance à nous dire qu'il n'a pas de nom?... C'est comme s'il y a un noumène et un phénomène.... La littérature, c'est une réalité mystique. Il ne s'inquiète pas de savoir qui il est. .. L'indifférence absolue de Proust à l'égard de Dieu.
"La littérature saisit qu'il n'y a rien après l'instant présent." En quête d'un mot: le mot juste. Les brouillons sont extraordinaires; il faut passer des stades ... avant de trouver une expression satisfaisante."
Chez Plotin, il y a l'Un: Dieu. Chez Proust, l'Un c'est la littérature. Si on se trouve un nom, une note précise exacte.
"L'image du jet d'eau" pour exprimer la pensée existe ans la poésie jusqu'à Valéry.  La littérature, c'est toujours quelque chose en train de jaillir... de retomber, de rechuter et de prendre. Une bonne métaphore pour Oulipo. Si le temps était, il ne pourrait trouvé que vide d’événements.
Une minute pure absentée du temps: pour saisir un moment pur du temps. S'il pouvait écrire ce livre futur qu'il envisage, ce serait un livre vide. Si on se trouve un nom, il est déjà perdu. Une note précise exacte.  Un Marcel en cache un autre, un jeu de mot que je voulais faire.
Le nom de Dieu est imprononçable, ne peut être ni connu ni dit. Mallarmé a été un maître pour Proust. Marcel écrit Albertine disparue des vers de Mallarmé, alors que dans sa jeunesse il a écrit contre l'obscurité qui va blesser Mallarmé. Une sorte de parricide dont il essaie en quelque de se racheter. Un rapport d'analogie.
Hugo aussi tend à la divinisation de soi. Une rédemption, un réajustement de soi à soi, au monde et aux autres. C'est ça la divinisation. Dans notre propre histoire il est possible que notre première douleur soit le langage. La poésie, c'est un effort.
La quête n'atteint jamais son objectif. C'est le destin: l'échec, l'épuisement chez Proust car il est à bout de force à la fin de la Recherche. Si le temps m'était laissé... il faudrait tout reprendre, mais on n'a pas le temps.
Aux sources de la Divonne.

22 févr. 2015

La démocratie par défi

Lorsque l'on jette un regard sur les événements politiques et électoraux au Sénégal, au Burkina Faso, au Burundi, en RD Congo, en R Congo, au Togo, en Egypte, en Tunisie, on se fait une idée objective de ce qui se passe réellement en Afrique. La démocratie y est au défi. Si le Sénégal, pays très avancé démocratiquement malgré le sale jeu intrinsèque de la politique, s'en sort bien, les autres sont confrontés à des violences de toutes sortes pour imposer la démocratie. La vérité n'est ni du côté du pouvoir en place ni du côté de l'opposition.
Ce matin, j'ai suivi sur la VOA l'interview d'une Burundaise dont la voix ressemble à celle de Marguerite, une vieille amie de Fribourg très active dans le domaine des droits de l'homme au Burundi. Elle racontait que l'opposition y est totalement muselée: le pouvoir vide l'opposition de ses membres les plus influents en les emprisonnant, en les sommant de quitter la scène politique. Le pouvoir accuse les opposants de tous les délits possibles, prétexte pour les mettre hors d'état de nuire. Intimidations, incarcérations injustes et autres pratiques violentes assurent la puissance du pouvoir. Et que vient faire la démocratie dans tout cela? La tactique est de vider l'opposition de ses pions majeurs en salissant leurs casiers judiciaires et leur réputation.
Eh bien, au vu de ce qui se passe un peu partout en Afrique, la démocratie n'est qu'un tremplin pour véhiculer des idées inconcevables et inexplicables autrement. On dirait que devient démocratique toute idée qui se passe dans la tête du président et de ses acolytes pourvu que tous les maillons de la chaîne soient impliqués. Et ces maillons interviennent en général en faveur du pouvoir en place. Les instances censées contrôler le respect des lois sont elles-mêmes directement dépendantes du pouvoir ou travaillent de connivence avec le gouvernement. En fait, un seul détient tous les pouvoirs, les autres ne font qu'exécuter les ordres du chef. Sans les discuter, sans les discerner. C'est cela la démocratie à l'africaine. Le peuple, manipulé et muselé, est le dernier à savoir ce qui se décide en son nom dans des immeubles dorés et vitrés qui lui sont inaccessibles. En d'autres mots, seul le maître définit la démocratie et en détermine l'exercice et le jeu.
Dans cette même logique, l'opposition consiste à dénoncer insolemment le pouvoir, voire à insulter le chef et de lui affubler tous les méfaits. Elle déballe le chef jusqu'aux secrets de sa chambre à coucher. Souvent, elle se contente de diaboliser le maître des céans, parfois avec un courage suicidaire. Tout cela au nom de la démocratie. Souvent, dans ce jeu démocratique impitoyable, les vrais débats sont édulcorés, bâclés à la va-vite et détournés de leur pertinence. L'intérêt du pouvoir est d'abord personnel, mais explicitement confondu avec celui du peuple. Feu président Mobutu était fier de soutenir que certaines provinces du pays avaient refusé de recevoir des bulletins de vote rouges, ayant unanimement opté pour les bulletins verts. C'était en fait sa propre vision qu'il présentait. Qui aurait osé voter rouge à cette époque? Cela aurait été traité de trahison, de rébellion ou de manque d'esprit révolutionnaire. On risquait la mort pour un rien car tout acte contraire à la révolution mobutiste ouvrait la voie de la prison. C'était du totalitarisme en quelque sorte: une démocratie où la voix du peuple était supplantée par celle du héros omnipotent, guide éclairé et pacificateur, père de la révolution. Un crédo unilatéral.
Chaque pouvoir qui ne laisse au souverain primaire que très peu de marges de liberté ou de choix risque de tomber dans une dérive forcément totalitaire. Ce risque guette tout pouvoir qui confisque le rôle décideur et la voix de sa population. C'est cela la démocratie par défi.