17 janv. 2016

De nombreux morts ce dernier temps


De la mort de Mbuta Mayengele à Kenge à Marie Misamu en passant par Maman Mankasi et Papa Khoni, la mort a frappé des personnes connues dans notre grande communauté. Paix à leurs âmes! Un père est arraché à l'affection de siens, une mère se soustrait discrètement à l'amour de ses enfants, une dame de grande réputation choisit la route de l'éternité. Dieu est grand, que son nom soit loué!
Ici à la Barbade où j'habite, une collège de la bibliothèque vient de partir, et un autre de l'Open Campus a aussi tiré sa révérence. Je les ai bien connus, des collègues gentils et compétents. Dieu en a décidé ainsi. Paix à leurs âmes. Comme je l'ai toujours soutenu, la mort nous tient tous les jours jusqu'à l'échéance fatale.
Janvier dans ma famille est devenu un mois de mort. Ma Véronique, et son mari mon oncle Papa Frédéric il y a quinze ans, nous ont quittés en janvier. Quelle douleur lancinante! C'est comme si c'était hier. C'est comme si le monde avait cessé de tourner, et pourtant, la vie continue inlassablement. Le temps passe, mais l'amour que nous leur avons porté, demeure sans fin. Joignons-nous dans la douleur et respectons la mémoire de ces êtres tant aimés dans la méditation et le recueillement.

10 janv. 2016

Une photo de décembre 15

L'acquisition de plusieurs langues

Jamaïque, décembre 2015. Le séminaire de l'AUF m'a amené à réflechir sur l'acquisition de plusieurs langues. Pendant une réunion avec mes collègues de Mona et St Augustine, nous avions entre autres parlé de l'avantage culturelle qu'il y a d'apprendre plusieurs langues quand on en  a l'occasion. Chacun a donné sa version des faits. Nous, Africains, Caribéens ou Latino-Américains, qui utilisons plusieurs registres de langue et plusieurs langues dans notre environnement quotidien,  disposons d'un bagage précieux de manoeuvre.
En commençant cette réflexion, j'estimais que le père Ben Overgoor était mon meilleur professeur de grammaire française, parce que dans son cours de latin, outre De Give, nous utilisions abandamment Maurice Grevisse. Erreur. Ce serait minimiser le travail de longue haleine entrepris depuis l'école primaire par mes enseignants - Jean Muzungu, Joseph Bumbangi, Stéphane Mwanza, Séverin Mayamba, Adrienne Ndombi, François Butandu, Donatien Lufwa, Bonaventure Mandeko - . Sans compter l'apport impayable de mon propre père. A Kalonda, j'ai eu tour à tour MM. Pierre Niamadjomi, David Mwanzala, Crispin Manswala, Isaac Mbemba, M. Obula, M. Bolomba, Remy Onsenge, Oscar Makolo et Emmanuel Maviya. Quoique beaucoup soient morts entretemps tandis que d'autres vivent encore, je leur rends à tous un vibrant hommage.
Le latin du Père Ben m'a aidé à manier avec une relative aisance les déclinaisons et les inversions de l'allemand. Et plus tard en théologie à me perfectionner en grec et hébreu, des langues assez indigestes pour certains collègues. Mes congénères et anciens condisciples qui me lisent apprécieront car c'est aussi leur parcours.
Nous sommes, hélas, des humains. La tête ne sait pas tout absorder malgré la bonne résolution de s'y adonner. J'ai ainsi été incapable d'apprendre l'espagnol sous prétexte qu'il se confondait avec l'italien. J'avais opté de retenir l'italien que j'utilisais dans la vie plutôt que d'acquérir une langue qui me propulserait vers l'inconnu. Je ne regrette pas ce choix bien qu'il m'eût peut-être permis de mieux gérer la discipline d'espagnol de mon département actuel. Le jour où j'ai entendu le nonce Mgr Léon Kalenga s'exprimer sans interférence en espagnol, j'ai été littéralement impressionné. Sa carrière diplomatique exigeait sans aucun doute cette maîtrise de l'espagnol. Chapeau, Excellence!
Il est clair que la maîtrise de la langue d'origine porte une influence significative sur celle de la langue acquise. Mon expérience d'enseignant aux Antilles anglaises montre que les étudiants qui sont bons en langue française sont d'abord bons en anglais. L'acquistion d'une .langue étrangère repose indispensablement sur une solide fondation dans sa langue vernaculaire.

9 janv. 2016

Adieu Ma Antoinette Kileya

Parfait Kileya sur Facebook: 
Avec toute tristesse je vous annonce le décès de ma grande soeur Marie Antoinette à Kikwit ce 8 janvier 2016. Que le Seigneur la prenne en pitié et la reçoive dans sa maison. A Dieu soit rendue toute gloire!
(8 janvier 2016)

Comme un coup de massue, la nouvelle de la mort de Ma Antoinette Kileya est tombée. Paix à son âme! Que la terre nos ancêtres lui soit tendre et accueillante! Ma dernière rencontre date du temps où j'entrais au grand séminaire. C'était soit à la procure de Kenge soit chez sa soeur Ma Rosalie, qui était voisine de ma cousine-tante Léonie Gungu. Je ne l'ai plus revue... je la savais à Kikwit, pas plus. 
Les Kileya constituent, il faut l'avouer, une famille intellectuelle modèle dans notre contrée. Sur les traces leur père de patriarche, un des tout premiers diplomés du coin, tous les enfants Kileya ont bénéficié d'une formation intellectuelle remarquable. Comme Ma Rosalie, première directrice d'école, Ma Marie-Antoinette a été parmi les premières graduées qu'il m'a été donné de croiser.
Une anecdote de ma vie. Juillet-août 1976. A la fin de ma première année de philosophie à Mayidi, je me trouve à Kenge en route pour Mutoni. Voilà que le Frère aviateur Michel doit aller chercher les Gibbers à Matari pour les ramener à Ito où Mr. Gibbers s'occupait du centre agricole diocésain. Le Père Gerald Lesch, procureur de Kenge, propose qu'il me dépose à Kimbau; mais en plein air, je suggère d'aller visiter Matari. L'accueil à Matari est plutôt mitigé. Le père Hoff ne s'attendait pas à me voir. On me trouve toutefois un coin dans les appartements réservés aux chauffeurs, juste à côté de la cure. Les paroissiens, avec les Makambu père et fils en tête, sont mobilisés pour m'offrir un séjour agréable; les invitations à dîner ou souper ne se comptent pas. Le deuxième matin, je reçois un mot Papa Kileya m'invitant chez lui; sa maison solitaire se situe entre la paroisse et Kambundi. Je ne l'avais jamais vu mais le connaissais de réputation par mes parents. Lorsque j'y arrive, accompagné par un petit séminariste de Kalonda dont le nom ne me revient plus, Papa fait une déclaration qui m'a profondément ému: "Papa, je ne peux pas supporter qu'un fils de Donatien et Christine souffre devant mes yeux, pendant que je peux faire quelque chose." Parole d'un brillant enseignant qui a formé la génération de nos parents. L'enfant qui vivait avec lui n'était autre que Parfait, que je retrouverai des années plus tard dans mon cours d'anglais à Katende. Lorsque je lui ai raconté cette parenthèse de mon histoire en 2003, il en était ébahi.
Permettez que je reprenne pour terminer les mots que j'ai écrits spontanément sur Facebook: 
"Sincères condoléances à la famille Ķileya au nom de tous les miens. Paix éternelle à l'âme de ma Antoinette. Union de prières!"



6 janv. 2016

Sommes-nous vraiment destinés à être pauvres?

Sommes-nous vraiment destinés à être pauvres? C'est la question que je me pose car plus les années passent, plus l'inaction perdure dans ce sens. Les échos qui nous parviennent du pays font constamment état d'une permanente carence d'eau et d'électricité, de moyens financiers, de conditions sanitaires et hygéniques de base, voire de capacités pour faire face aux problèmes de base que rencontre la population. En même temps nous lisons ou sommes informés d'inaugurations spectaculaires d'infrastructures de luxe et de modernisation qui ne rencontrent pas les besoins de la population. L'Afrique offre le spectre d'un développement à deux vitesses. Pour s'en rendre compte, il vous suffit de sortir de la route principale et d'utiliser les artères secondaires. Les boulevards par où passent les autorités politiques sont dorés à l'extrême, alors que les rues utilisées quotidiennement par le petit peuple portent des nids de poules, de la boue, voire des immondices au point de devenir totalement impraticables. On dirait que le bien-être social n'est pas la préoccupation principale de nos dirigeants. Lors des campagnes électorales, on entend pourtant des promesses de toutes sortes, mais la réalité ne correspond jamais à ces discours.
J'ai toujours soutenu que, dans nos pays, l'on devient politicien pour s'assurer des conditions meilleures de vie, pour accéder à des crédits et pouvoirs d'achat autrement inaccessibles, pour s'enrichir plutôt que servir le peuple dorénavant relégué au rang d'électeur ou d'instrument sur le chemin de l'ascension de l'élu. En fait on forme sans le savoir une classe sociale privilégiée qui pense à tout empocher plutôt à qu'à créer la richesse pour tout le monde. Le directeur d'école, une fois élevé au rang d'honorable, oublie aussitôt sa base et ses origines, étale scandaleusement les privilèges de sa fonction et trahit les aspirations profondes de ses électeurs. C'est la politique, c'est-à-dire l'art du mensonge et de la cruauté. Mon frère Parfait m'a surpris en les appelant "politi-chiens". Ils portent l'entière responsabilité de la pauvreté.
Le développement ne se définit plus en termes d'argent ni d'investissemenst, mais en termes d'accessibilité à l'éducation, la santé, au bien-être social et financier, aux infrastructures élémentaires que sont l'eau et l'électricité. L'indice d'évaluation a changé depuis des années. Un fait élémentaire m'a impressionné à mon arrivée à la Caraïbe: c'était l'eau chaude dans les maisons. Chose réservée aux riches dans ma société d'origine, encore faudrait-il qu'il y ait l'eau et l'électricité. Chose inimaginable chez nous. Le premier appareil de chauffage à eau pour douche que j'aie vu était installé à Kalonda par les Américains qui construisaient les antennes électriques d'Inga-Shaba.
Pourquoi sommes-nous incapables de nous libérér de la pauvreté alors que nous disposons d'un continent rempli de matières naturelles et premières enviées par le reste du monde? Ce serait faux d'attribuer toute la responsabilité aux politi-chiens; mais il faudrait à la base une éducation au développement et un changement radical de mentalité. Un villageois qui devient citadin, qui renonce à sa chasse hebdomadaire et à la cueillette afin de travailler comme sentinelle ou ouvrier, ne sortira jamais de la pauvreté. Un fils né dans des conditions d'extrême pauvreté ne fera que bouchée double de tous les biens communs qui passeront devant ses yeux, car il devra incessamment satisfaire un manque originel jamais assouvi. Cupidité, égoïsme, arrogance du parvenu. Et un pays dirigé par des parvenus de toutes sortes ne pourra jamais sortir de la pauvreté. 
Un gouvernement qui ne se soucie pas des besoins fondamentaux de la population est défaillant, peu importe la valeur intellectuelle de ses membres. Souvent ce type de gouvernement, composé de millardaires sortis de rien, trône sur une population indigente sommée de vivre des miettes qui tombent de la table de nouveaux riches. La pauvreté n'est pas un destin, qu'on se le dise. Elle peut être vaincue si l'effort est mis: c'est à la capacité de la juguler qu'on peut juger l'action d'un gouvernement. Malheureusement nos gouvernements africains sont plus préoccupés de conserver le pouvoir plutôt que de servir la population dont ils tirent leur légitimité. Feu Mobutu aimait dire: "mon seul juge, c'est le peuple zaïrois." Attention au discours démagogique!
Sommes-nous vraiment destinés à être pauvres? Oui si nous sommes muselés par la peur du changement, la terreur des réprésailles politiques, l'incapacité d'améliorer nos conditions de vie. Oui si nous restons inactifs et attendons que la manne nous descende du ciel. Oui si nous nous laissons tirer par des guides providentiels incapables de séparer le bien du pays de leurs intérêts personnels. NON, si nous récusons la misère et optons collectivement de nous en débarrasser. C'est à ce niveau que le leadership prend de l'importance.

3 janv. 2016

Condoléances à l'abbé Michel

- Est-ce que Michel t'a appelé?
- Non, que je réponds. Devrait-il?
- Je venais de lui parler il a quelques trente minutes. Il est éprouvé. Son frère Jackson est décédé au pays.
- Que son âme repose en paix, ai-je continué. Comment était-il?
- Très affecté, mais Michel sait voiler sa peine. A ma question "comment ça va?", il a répondu "bien". Ignace qui était à côté est intervenu: "ça ne va pas; il vient de perdre son frère Jackson."
- C'est une mort qui arrive à un très mauvais pour l'abbé Michel, ai je dit. 
- J'ai aussitôt appelé Marius pour m'informer des détails; il ne savait rien: c'est plutôt moi qui lui ai appris la nouvelle. L'abbé devrait repasser pa ici avant de retourner au pays.
(...)
La mort vient encore de frapper à notre porte, comme l'indique ma conversation ci-dessus avec Séraphin. L'abbé Michel N'gob se trouve pour le moment en Allemagne chez son ami Pfr. Ignace Matensi. Ma famille s'unit à cette douleur et présente ses sympathies à l'abbé et à sa famille biologique.Foi et courage!

2 janv. 2016

Le deuxième jour de l'an

Pour avoir raté le premier, faute de temps comme toujours, je me rattrape avec le second jour de l'année. Ceci me permet de remonter plus haut.
Commençons par le 31 soir. Ma petite société civile a prévu d'aller à l'église pour le dernier service de l'année. Seul moi ai réussi à y aller. La messe est terminée à 23h30 mais comme il a plu, je me suis réfugié dans mon véhicule. Il était 23h50 lorsque je me suis présenté à la terrace de la cure St Francis, où les fidèles partageaient des snacks et boissons de tous les goûts. J'ai pris une bière Banks avant de me retirer méditer dans un coin. Peu après le countdawn, s'est ouvert le traditionnel feu artifice. Un feu d'artifice toujours plus spectaculaire que l'année précedente.
La matinée du 1er janvier s'est déroulée dans le calme. On n'est pas sorti, on a fait la grasse matinée. Puis dans l'après-midi, nous nous sommes allés chez Andrew Millington pour le diner du nouvel an. Une bonne dizaine de personnes adultes ont fait compagnie à nos jumeaux. A noter que Andrew a aussi des jumeaux - Che et Kai - nés  cependant le 25 décembre de la même année que les notres. Mais leur anniversaire a été célébré il y a deux semaines. Très belle soirée culinaire avec des recettes de la Louisiana d'où est originaire Michellle Millington. Un des plats contenait un mélange de légumes et de haricots, susceptibles d'attirer la prospérité sur le consommateur. On ne s'en est pas privé. Nous attendons donc la prospérité, bien qu'on nous ait qu'elle adviendrait tout de suite.
J'ai aimé la convivialité des invités. Les discussions ont tourné autour des sujets tels que les taxes, les écoles, les mathématiques, le paiement des frais académiques, la politique américaine et universelle. Il était 21 heures passées lorsque nous sommes retournés chez nous. Ainsi fut le premier jour. Le deuxième jour a eu la particularité de farniente. Seule activité: Mme et les enfants sont allés acheter des cadeaux pour deux personnes oubliées, et pour leur ami Shevani qui fête son anniversaire. Quant à moi, à un moment donné, je suis sorti faire un tour de relaxation. Un farniente déguisé. Le travail reprendra lundi 4 janvier 2016.