12 avr. 2016

SE Mgr André Mayamba (1931-2016) in memoriam

12 avril 2016. Aujourd'hui est décédé à Kinshasa Son Excellence Mgr André Mayamba Kathongo. Paix à son âme! J'étais en réunion lorsque le texto annonçant sa mort m'est arrivé. Aussitôt que je l'ai pu, j'ai ouvert mon Facebook pour l'annoncer aux amis avant de constater que la nouvelle était déjà connue de certaines personnes. Tant mieux. Mais comme à mon habitude, je vais lui rendre un hommage à la mesure de l'homme de Dieu qu'il a été.
C'est pendant mes années d'enfance à Kenge que j'ai vu pour la première fois l'abbé André Mayamba qui venait de Mukila ou de Popo. C'était à la procure de Kenge, c'est sûr; il était, je crois, en compagnie du P. Antoine Ekkelboom. Pas si sûr, mais je crois que c'est vrai. A l'époque, il était avec les abbés Mbambu, Tuyaba et Ibula, parmi les abbés de Popo dont on parlait le plus. En plus, il avait de la famille restreinte et étendue à Kenge. Je ne l'ai plus vu du temps de mes études secondaires à Kalonda. Je l'ai cependant revu à Mayidi en 1976 lors d'une visite aux grands séminaristes de Popo alors qu'il était vicaire général. L'ayant reconnu, je me suis présenté car ils connaissaient mes papas; et nos relations familiales avec l'abbé Ibula.
Je l'ai revu peu après son ordination épiscopale à l'occasion de l'ouverture du Grand Séminaire St Augustin de Kalonda en novembre 1978. Là, nous avons eu une conversation un peu plus longue pendant la séance d'ouverture académique. Mais c'est à mon retour de Rome que nous deviendrons plus proches. On se voyait lors de ses passages à la Iere Rue à Kinshasa comme à Kenge. Il était particulièrement lié à l'abbé Benjamin Fala d'heureuse mémoire. Nous nous plaisions à le taquiner avec tout le respect dû à son rang. Il se confiait souvent à Benjamin. Que des souvenirs!
J'entretenais aussi de bons rapports personnels avec l'illustre disparu. Je me trouvais une fois dans sa Toyota lorsqu'on a vu le chauffeur Mbinda, affaibli par la maladie, du côté de l'école normale de Kenge. Il a demandé à son chauffeur de s'arrêter pour le saluer et échanger quelques paroles réconfortantes avec le vieux malade. Il m'a dit après: "Cet homme me transportait gratuitement du temps où j'allais à l'école." Quelle leçon de gratitude envers toute bonne action reçue!
Lorsque l'évêché de Kenge s'est installé sur son site actuel, Mgr Mayamba était l'un de nos visiteurs les plus réguliers. Il y avait une chambre réservée aux hôtes évêques dans le bâtiment de l'épiscope. Un soir de 1985, je ne l'oublierai jamais, alors que tout le monde s'était retiré après les complies, il est venu frapper à ma porte disant: "Claver, je ne peux pas dormir tout de suite. Aurais-tu une bouteille de bière?" Nous avons allègrement siroté de la Skol ou de la Primus à la place où se tenait la recréation de la communauté. Quelle leçon d'humilité et d'humanité vu qu'un tel geste aurait été inconcevable avec mon propre évêque! Je me souviens de son humour comme de son homélie en kipelende à la messe d'enterrement de l'honorable Lubamba. A l'occasion de la mort de son père près de Mukila en 1985 ou 86, je suis allé volontiers participer aux obsèques en compagnie d'autres collègues de Kenge, Kalonda et Katende. L'abbé Valère Kabambu et la soeur Nzeyi étaient présents. Des obsèques émouvantes où était chanté "O wele o wele." Ce fut ma dernière visite à Mukila. Par la suite, j'ai revu Mgr Mayamba à Kenge en 92 et plus tard au Centre Interdiocésain à Kinshasa.
Il m'avait une fois confié que les évêques d'Uvira et de Bokungu-Ikela de l'époque semblaient trop jeunes, perdus, en compagnie des autres évêques du Zaïre. Tout en entretenant de bonnes relations avec les évêques de Kenge et de Goma, Mgr Lubaki de Matadi, Mgr Dhejju de Bunia et Mgr Tshibangu de Mbujimayi comptaient, à mon sens, parmi ses plus proches amis. Probablement parce qu'ils étaient ensemble à l'université de Kinshasa et Lubumbashi. Il m'a aussi confié que lorsqu'il avait démissionné, il s'était senti isolé; et que seul Mgr Tshibangu avait mené des efforts pour le récupérer au Centre Interdiocésain, sans succès. La vie ne fut pas toujours facile.
Mgr André Mayamba a accompli l'oeuvre de Dieu au diocèse de Popokabaka dont il a été pasteur de 1979 à 1993. Réputé au caractère irascible, cet homme de Dieu et des lettres faisait montre d'une simplicité désarmante et d'une rigueur sans failles. Le voilà aujourd'hui décédé dans sa cinquante-septième année de sacerdoce et sa trente-huitième année d'épiscopat. Condoléances émues au diocèse de Popo, au Kwango et au Pelende-Nord, à sa famille biologique et spirituelle! Paix à ton âme! Mbuta mutu wenda mboti. 

He would have been 61

Apil 12, 2016. My friend Faustin Mampuya, if he was still alive, he would have accomplished his 61 years of age today. May his soul rest in peace! Already five years since he died are just like yesterday. We shared so much that I can't stop thinking of him. Mr Faust will live as long as I live. Like all my dear ones. May he rest in peace!
Right on this very day a younger dear one, Liz is celebrating her 25th birthday. Congratulations! May the Lord bless her and fill her life with joy and success!
As I always state, life and death form part of the same medal. Glory to the Lord!

7 avr. 2016

"Tu en as trop dit"

"Cher Claver,
Comme toujours, j'aime tes prises de position devant certaines situations. Tu as l'art de poser quelque chose et son contraire par une gesticulation d'expression dont toi seul connais le secret. Mr. Leroy n'y est pour rien, c'est aux autorités togolaises qu'est revenue la décision souveraine de l'engager. Seulement là, tu touches à un domaine très délicat. Tu en es conscient, mais en même temps, tu te permets de qualifier leur démarche de coloniale. J'aurais été d'accord avec toi si tu avais par exemple donné une liste de noms d'entraîneurs, ce qui aurait été fait sans difficultés. Tu en as trop dit. Tu t'es exprimé en homme de parole plutôt que d'action. L'erreur de ton intervention consiste à niveler l'Afrique, à la voir de son seul point de vue. Qu'est-ce qui te prouve que M. Leroy occupe une place qui revient de droit à un entraîneur togolais ou africain? Tu pousses encore le culot jusqu'à lui suggérer de créer une école d'entraîneurs. De quel droit? Là tu donnes des leçons; ce n'est pas ta mission d'intellectuel. Un intellectuel, à mon sens, est un éveilleur de conscience. D'autre part, au lieu d'utiliser le réseau social, tu ferais mieux de t'adresser aux responsables du foot togolais et leur soumettre ton idée d'africanisation des cadres dirigeants des institutions nationales. Bref, je suis d'accord avec toi sur le principe, mais je ne soutiens pas la manière. Tu me répondras certes que ce blog t'appartient, mais aie l'humilité de reconnaître que tout le monde ne regarde pas l'univers selon ton point de vue. C'est aussi cela la liberté intellectuelle dont tu te fais un fervent défenseur. Respecte l'opinion des autres STP." 
(Email du 7 avril 2015)

Ma réponse.

Cher ami,
J'apprécie la profondeur et la justesse de ton intervention. Merci de m'avoir révélé la délicatesse du sujet. Je n'ai fait qu'exprimer ma réaction à chaud face à une situation qui, à mes yeux et j'en suis convaincu, remet l'Afrique quelques décennies en arrière. Le temps est venu d'avoir des entraîneurs africains pour nos équipes nationales au même titre que les Européens, les Latino-Américains, etc. Thanks man!
C

6 avr. 2016

Encore un entraîneur de foot européen en Afrique

Monsieur Leroy, patenté entraîneur d'Afrique, est sur le point de prendre ses fonctions auprès de l'équipe nationale du Togo. Sans être raciste, ni xénophobe, je relève l'esprit colonial qui nous a été inculqué et qui justifie ce genre de décisions. Tout en respectant totalement la liberté des autorités togolaises de décider du sort de leur équipe nationale, je suis étonné qu'elles reprennent un entraîneur aux puissants lobbies et au bilan que l'on connait, au lieu de priviléger un Togolais à cette fonction.  C'est comme un insulte au football togolais et africain. Quoiqu'on prétende que ce genre d'engagement est individuel, sachons que sur la même base, il n'y aura jamais d'entraîneur togolais - du moins jusqu'à ma mort - à la tête des Bleus français. Cela est une évidence, ne rêvons pas. Décidément, l'ère des "africanistes européens" a encore de beaux jours devant elle.
Le constat est flagrant: Les Africains ne valorisent pas leurs compatriotes. A chances égales on préfère un Européen à un national ou à un Africain. Par immaturité peut-être? Quand verrons-nous un entraîneur égyptien ou malien à la tête de l'équipe nationale du Gabon ou du Kenya, et vice-verça? Le temps est révolu où les entraîneurs européens étaient automatiquement réputés meilleurs que les Africains. Le talent d'entraîneur est individuel. Les Guardiola, Trapattoni, Mourinho, ou Klopp vont d'un pays à l'autre à cause de leur talent individuel. Pourquoi n'en serait-il pas autant des entraîneurs africains? La réponse est simple: on ne respecte pas les Africains. Quelque relent racial, quelque stéréotype, quelque préjugé malencontreux, etc. un peu de tout cela. La mentalité n'est pas encore prête pour ce saut révolutionnaire. Il y a, comme dans beaucoup de domaines, encore beaucoup de pesanteurs coloniales et culturelles à dépasser pour que respect et honneur soient rendus aux Africains compétents dans leurs domaines d'excellence. Hélas, l'Africain est son propre fourvoyeur et démolisseur.
Je n'en veux pas à M. Leroy personnellement, quoique je ne lui donne pas beaucoup de chance à la tête de l'équipe togolaise. Je le remercie pour ses décennies de loyaux services à notre continent, j'estime cependant qu'il est temps pour lui de passer la main, plutôt que d'étouffer les talents qui existent en Afrique. Qu'il ouvre une école d'entraîneurs, pourquoi pas? La mondialisation ne signifie pas n'importe quoi, mais aussi que le meilleur du pays soit au service de son pays. Je m'oppose avec force à l'esprit colonial qui nous séduit encore, à la cécité qui arrête notre essor alors que d'autres continents l'ont compris et agissent en conséquence. Je ne suis qu'un littéraire africain qui aime son continent et voudrait voir les fils et les filles de ce continent s'épanouir dans tous les domaines. La dignité des Africains me tient à coeur.

"Panama Papers" ou d'énormes fortunes dans des offshores

"Panama Papers." Depuis le début de cette semaine, le monde est scandalisé par la duplicité des hommes et femmes qui, sous le couvert de la politique et des affaires, s'arrangent pour dissimuler d'énormes fortunes prises sur les fonds publics dans des paradis fiscaux. Toutes les catégories de personnes s'y retrouvent. Pour se défendre contre ces révélations, ces personnes extrêmement puissantes questionnent la véracité de ces papiers rendus publics par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICJI) via la Süddeustsche Zeitung. Parmi ces milliardaires sans scrupule se retrouvent des individus issus des pays parmi les plus pauvres de la planète et où les gens vivent avec moins d'un dollar par jour. Dieu seul sait comment ils ont accumulé ces sommes collossales et comment ils ont réussi à les déplacer. On dirait que les caisses vides de l'Etat sont déplacées et remplies dans ces offshores afin d'affamer les populations, paralyser les activités économiques du pays, soustraire ces sommes du contrôle de l'état. On dirait que ces sociétés-écrans ont pour but de torpiller le fonctionnement normal des institutions. Que Platini ou Messi s'y retrouvent ne m'étonne pas outre-mesure; eux comme d'autres vedettes ou oligarques disposent d'énormes ressources d'enrichisssement. Je suis particulièrement intéressé par la suite que les gouvernements africains réserveront à ces dossiers. Le président français a déjà pris position en ouvrant des enquêtes en ce qui concerne les avoirs des Français repris sur la liste. En Islande, le PM est déjà secoué par une vague de protestations qui exigent sa démission. Les Russes y voient un complot contre M. Poutine et son entourage. Chaque pays y réagit à sa façon. En Afrique, au Congo, en Afrique du Sud, en Egypte, en RDC, au Nigeria, en Tunisie, aucune réaction officielle jusque là. Peut-être qu'il n'y en aura même jamais. Toujours est-il que les réseaux sociaux en parlent dans tous les sens. L'impunité sera-t-elle encore consacrée cette fois? La réponse à ce genre d'événement détermine souvent le genre de politique, le système de corruption et le niveau de démocratie qui se pratiquent dans le pays. C'est ce que nous allons observer dans les jours qui viennent.

Encore beaucoup à faire

Le semestre tire vers sa fin, mais c'est comme s'il venait à peine de commencer. Des réunions à n'en pas finir. Des projets ou des rapports à recommencer. Des journées d'études, des activités culturelles à organiser ou à voir. En plus de la vie réelle à vivre. Et chaque jour qui passe possède son lot de travail, de corvée, de contraintes, mais me dit-on, il faut savoir se créer des espaces de liberté. C'est plus facile à dire qu'à faire ou à vivre. Mon mandat de chef de département arrive à terme dans trois mois; je n'ai aucune envie de le refaire car il faut savoir passer la main. Un autre candidat plus performant ou plus motivé est disponible. D'autre part, ayant accompli mon devoir, j'estime que c'est un poste par lequel tous mes collègues doivent passer, car il fait partie du leadership de l'université. J'ai appris une chose à ce poste: la modestie et la responsabilité. Bien sûr que j'ai exercé des fonctions plus importantes par le passé, mais celle-ci m'a appris à respecter les hommes et l'institution. Je m'égare de mon propos initial quoique ce que j'écris ait du sens. J'y reviendrai. 
Eh oui, il y a encore beaucoup à faire.


4 avr. 2016

Paix à l'âme de Papa Crispin Mukanu

2 avril 2016. Alors que je reviens de la mer avec mes visiteurs du Canada, je trouve un message d'Adrienne qui m'annonce la mort aujourd'hui à Kenge de Papa Crispin Mukanu. Paix à son âme! J'ai déjà parlé de lui dans un article précédent à propos de l'ordination sacerdotale de son fils André, en juillet 2013.
Si mes souvenirs sont bons, j'ai connu Papa Crispin à Mutoni pendant les grandes vacances de l'année 70 ou 71. Il était venu du Mukomba passer quelques jours de vacances chez nous. Supporter du FC Daring, féru admirateur de Kakoko Dieu du ballon, il essayait de jouer au football comme lui. A cette époque à Mutoni, Papa venait de déplacer l'école sur son site actuel mais l'ancien terrain de foot est demeuré utilisable. Ce souvenir là est resté. Depuis, il a évolué dans l'enseignement primaire jusqu'à devenir directeur d'école. Il a épousé sa cousine germaine Jeanne Kasiala. Et, et, etc. Je l'ai rencontré pour la dernière fois en juillet 2012 à Kenge. J'ai même quelques photos prises ce jour-là avec lui chez Tante Marie Zenzu. Depuis qu'il est tombé malade, j'ai tenté de le joindre au téléphone sans succès. J'ai toutefois réussi à parler à son épouse alors que celle-ci se trouvait à Kinshasa. J'étais régulièrement informé de son état de santé grâce à son fils prêtre et à d'autres parents.
Dieu l'a appelé auprès de lui. Qu'il lui accorde la repos éternel dans son royaume céleste. Quant à nous, soyons unis dans la foi, la prière et l'amour du Christ, notre Consolateur.
A tata Crispin, wenda mu ngemba!