29 août 2016

Que c'est bien de retourner chez soi!

29 août 2016. Voici un message spontané que je viens d'envoyer via Skype au Père Séraphin Kiosi ce matin à 3h45:
"On est là. Un voyage calme et serein. C'est bien de retourner chez soi après plus de 50 jours. La maison est repeinte à l'intérieur, les murs lavés à la vapeur, le jardin nettoyé, on mange ses mangues et avocats. Sauf que la facture est un peu salée. Les clés de la BMW sont chez un mécanicien qui n'y a rien fait; la Toyota est chez Nascoo. On sera mobile dans quelques heures. Je passerai vite à l'uni, mais c'est demain que je me remettrai à l'oeuvre dans mon nouveau bureau. Tu sais tout. Dieu soit loué!" 

25 août 2016

Michel Butor (1926-2016) est mort

24 août 2016. Mort de l'écrivain français Michel Butor. Paix à son âme!
Pour moi, Michel Butor est un nom d'abord lié au professeur Jean Roudaut, auteur en 1964, d'un essai intitulé Michel Butor ou le livre futur. Grâce à M. Roudaut, j'ai eu à voir et écouter Michel Butor à deux reprises à l'université de Fribourg. La première fois devrait être en 1988 à l'occasion d'une conférence qu'il a tenue dans l'Aula Magna. Personnage assez excentrique par son apparence, il était habillé en salopette bleue pour présenter son exposé. Il avait l'air plutôt d'un agriculteur que d'un professeur d'université. C'est l'image que j'ai retenue de ce maître de littérature et écrivain. Et ce jour-là la surprise n'a pas manqué au rendez-vous: Butor a défini le bottin téléphonique comme on dit en Suisse comme le meilleur livre qui puisse exister. Le seul vrai livre. L'annuaire téléphonique est un répertoire inépuisable pour tout ce qui peut s'écrire, prétendait-il, car à travers les noms listés se profilent des récits et des histoires dignes de figurer dans tous les supports d'écriture. A cette époque, il était à la recherche de nouvelles formes de production littéraire: il avait entre ses mains des maquettes ou des minuscules bloc-notes sur lesquels étaient écrits sous formes les plus surprenantes ses textes.
Ma deuxième rencontre avec Michel Butor a eu lieu pendant un séminaire sur Degrés animé par M. Roudaut. C'était en 1991. J'ai déjà mentionné cet événement dans mes articles précédents sur Roudaut. Comme il n'y avait qu'une dizaine d'étudiants inscrits à ce séminaire supérieur, il était plus aisé d'engager une conversation avec le fameux novateur du roman français. Ce jour-là, une collègue étudiante avait réussi à déceler les mécanismes de l'écriture de Butor dans Degrés, fascinant Butor par la justesse de sa découverte. Admiratif, celui-ci a été très agréablement surpris et n'a pas manqué de féliciter l'étudiante: "Je n'y avais jamais pensé de façon consciente... mais c'est comme cela que j'avais procédé pour écrire Degrés. Merci de m'avoir révélé cette facette inconnue ou insoupçonnée de moi-même." Notez  que c'est moi qui reconstruis ces phrases.
Michel Butor est un des derniers représentants de l'école du nouveau roman qui a régné après la deuxième guerre mondiale. Avec Claude Simon, Alain Robbes-Grillet, Nathalie Sarraute, il a cherché à déconstruire les formes d'écriture romanesque héritées du 19e siècle. L'objectif était de renouveler le roman en démantelant littéralement ses structures fondamentales du temps et de l'espace, en remettant en cause la notion du personnage en faveur d'une composition libérée des carcans et codes traditionnels. La narration quitte le strict champ du récit pour s'élargir à la dimension de la voyance et de la visualisation imaginaires. Les contours d'un personnage ne se donnent plus à voir à travers une description classique, mais par une sorte de vague présence dans un espace géométrique ou circulaire. Ainsi, son roman phare La modification est entièrement écrit à la deuxième personne "vous". Degrés est construit sur la base d'une liste d'étudiants dont un professeur et son neveu tentent de reconstituer le souvenir par un effort de mémoire. Une écriture qui associe le lecteur à la composition de l'oeuvre qui s'étale devant lui. L'oeuvre annoncée et qui le demeure jusqu'à la dernière page s'écrit de connivence virtuelle avec son récepteur-interlocuteur. Avec Butor et ses compagnons, l'écrivain est conçu comme un créateur aux multiples talents: il est à la fois poète, narrateur, essayiste, peintre, artiste, homme de culture.
Adieu à Michel Butor! Que son immense contribution à la culture du livre continue d'inspirer les générations futures, au-delà des contingences idéologiques, religieuses ou raciales. Que son âme repose en paix!

24 août 2016

RIP Maman Marguerite Ndikita

C'est avec une douleur très profonde que je viens d'apprendre la nouvelle du décès à Kinshasa de Maman Marguerite Ndikita. Paix à son âme! 
Comment présenter cette maman qui fut si proche de ma maman et dont la mort coïncide presque jour pour jour avec celle de l'autre? C'est en août-septembre 1964 que j'ai vu et connu Ma Madi, à Makiosi. Nous venions de Mutoni, je commençais la deuxième. La famille Ndikita y était déjà installée, Papa Gaby enseignant la 1ere année primaire. En juillet 1965, les deux familles avaient pris place à bord d'un camion de Santos pour un congé mémorable à Kenge. Au-delà de nos liens familiaux déjà existants s'est tissée entre nos deux familles une proximité qui est demeurée solide jusqu'à ce jour. Nos papas et nos mamans se sont éprouvé les uns pour les autres beaucoup d'amour et de fraternité, de la même façon que nous les enfants avons grandi ensemble. Femme digne et généreuse, Ma Madi m'a toujours accueilli à bras ouverts chez elle. Elle m'a toujours traité comme Léa, Célestin (+), Godefroid (+), Mokili (+) et les autres enfants décédés. Paix à leurs âmes! Combien de fois ai-je passé mes vacances, en provenance de Kalonda, dans la famille Ndikita au Camp ONL? De jour comme de nuit la porte m'était grande ouverte. Combien de fois ai-je été reçu à partager des repas chez les Ndikita depuis le temps de mon école primaire, jusqu'au temps du secrétariat à l'évêché de Kenge? Cette générosité s'est étendue à tous les miens, que ce soit du côté paternel, que ce soit du côté maternel. Nos liens sont tellement profonds que ce n'est pas par hasard que la maison des Ndikita est attenante à celle des Kayolo. Tous les grands événements sont ou ont toujours été vécus ensemble à Kenge: mariage, baptême, communion, fête de fin d'études, deuil, enterrement, etc. Les Ndikita étaient activement présents à mes ordinations diaconale et sacerdotale comme aux vœux religieux de ma cousine Sœur Angélique Kayolo.
En 2003, sur insistance de mon papa, nous sommes passés rendre visite à Papa Gaby Ndikita alors malade. Ma Marguerite était là, à son chevet, prenant tendrement soin de son mari malade d'une sorte d'Alzheimer. C'est à l'époque où les deux avaient été reniés par leur fils Célestin qui les accusait de tuer leurs enfants. Ils m'avaient chargé de le retrouver, car Célestin avait choisi de s'éloigner définitivement de ses parents. Quelle épreuve douloureuse pour une maman si aimante et aimable. J'étais dépité, révolté. On n'a reçu des nouvelles de Célestin qu'après sa mort en Namibie.  La dernière fois que je l'ai vue, c'était au deuil de ma Christine, le 30 août et le 1er septembre 2012. Elle avait veillé au stade municipal de Masina. Merci Maman pour tant de bienfaits.
Je manque vraiment des mots pour exprimer ma douleur. Dès que je le pourrai, j'entrerai en contact avec les survivants - Léa, Gaby, Déo, Kwemumwena, Kumba - pour exprimer ma gratitude et payer mon dernier respect à Maman Marguerite. Ah Ma Madi, wenda mboti. Mfumu Nzambi kakusambula.

23 août 2016

Quatre ans déjà: in memoriam

23 août 2016. Il y a quatre ans mourrait à Kinshasa ma très chère Maman. Le souvenir est encore frais dans ma mémoire, comme si c'était hier. Aujourd'hui, je me trouve à Birmingham chez Nicolas, son dernier-né; nous commémorons pieusement cet événement et bouclons symboliquement la boucle. Recueillement et respect! La mort d'une mère constitue un événement d'une sérieuse gravité: avec elle disparaît définitivement, sur le plan biologique, l'autre bout du cordon ombilical. Un détachement tragique des ressort s de la vie et une reprise du cycle de la renaissance cosmique. Je ne saurais exprimer clairement ce que mon cœur ressent en ce moment d'intense émotion. Je pense à tout, je m'égare. Je pense à ses enfants, ses grands-enfants, arrières-grands-enfants, neveux, nièces, biologiques et spirituelles. Que tous s'unissent dans une prière commune et qu'ils témoignent entre eux de l'amour que Maman Christine Matsasu Kayengo leur a inspiré au cours de sa vie. Je pense à toutes les mères, à toutes mes mères, vivantes et décédées. J'implore l'intercession de la SV Marie pour toutes les mamans, pour toutes les femmes qui sont agressées par la violence et la haine qui sévissent dans ce monde. Je prie pour que le monde retrouve la paix, la sérénité, l'entente et la prospérité dont il a tant besoin.
Ah Mama, kuna wenda, kuna wena, tuyindulaka betu bosu. Twakutungidi ndumba, watuvukisa betu bosu muna lutondo, twazolana, twazayana, twawisana, twazinga mu ngemba. Tusambila kwena Mfumu Nzambi ni konsu kilumbu twakala bana ba ngudi mosi. Buna bwa bukheti Mama!.

21 août 2016

Randonnée dans Londres

Ce 19 août 2016, je me suis rendu compte que je ne connais pas la ville de Londres. J'y suis passé plus de dix fois sans vraiment élargir ma connaissance de la ville. En fait, j'ai un schéma identique, mon itinéraire n'a jamais changé. Heathrow ou Gatwick - Victoria - Kilburn et/ou vice-versa. Seul le moyen de transport change: on va tantôt en voiture, tantôt en taxi, tantôt en bus ou en train. Pendant mes séjours à Londres, c'est presque toujours le même parcours. Kilburn - SOAS et retour. Quelquefois, je fais du shopping à Westfield ou à Kilburn Road. Des schémas très basiques, simples. Signe de constance et de stabilité. En fait, je ne fais jamais du tourisme alors que Londres regorge de places, palais, musées, attractions et institutions dignes d'intérêt. Hier, j'ai eu l'idée de prendre le bus 6 pour retourner du centre-ville à Kilburn. A mon grand étonnement, j'ai dû traverser la Tamise à deux reprises. Du bus, j'ai pu observer Big Ben et le Parlement anglais; j'ai aperçu le siège du Commonwealth, etc. Pas mal de redécouvertes.
Je retiens de ce qui précède que mon séjour de 1981 a été le plus instructif de tous. J'avais appris la langue quoique mon ami ougandais Jeff Kisekka estimât que je n'en avais nul besoin. J'avais découvert Londres et toutes les curiosités que le Père Ben Overgoor s'était efforcé de nous inculquer au cours d'anglais à Kalonda. Surtout, je m'étais fait des amis qui sont morts dans l'entre-temps mais avec lesquels j'avais entretenu une longue correspondance épistolaire. J'avais passé un temps formidable avec Jean Bosco Matand', j'avais dit adieu à Arnold Francis qui, cette année-là, retournait se faire ordonner à Antigua. J'avais dégusté la cuisine de mon ami écossais Bill Tyrell dont la diction anglaise me fascinait au point que je l'imitais lors de mes enseignements d'anglais à Katende. J'avais fait tant de choses. J'avais vécu réellement. Les passages actuels sont surtout fonctionnels, imposés par les circonstances de la vie. Je reste dans le cercle familial à défaut de visiter la ville et les environs.
Une chose avait manqué au tableau. J'avais visité Buckingham Palace et le château de Windsor. A l'époque se préparait le Royal Wedding du Prince Charles et Lady Diana Spencer. John McEnroe venait de détrôner Bjorn Borg au tennis à Wimbledon, à la grande déception des Anglais qui n'éprouvaient pour cet Américain épidermique que du mépris et du dégoût. Et dire que l'année précédente (80), j'avais suivi la même finale depuis Raeren, en Belgique, et c'est Borg qui avait gagné. Oui, j'avais visité ses palais, mais je ne l'avais pas vue, SM la Reine Elisabeth II. C'est à Rome que je la verrai à moins de dix mètres dans la rue Borgo Spirito alors qu'elle visitait SS Jean Paul II au Vatican. J'étais là au bon moment. Presque au même endroit, j'avais aussi aperçu quelque temps plus tard, également en visite au Vatican, le président gabonais Omar Bongo.
Des fois, je vais à Birmingham assurer la fraternité familiale. C'est ce que je vais refaire cet après-midi. Des fois, je me rends à Croydon, chez tante Charlotte. Les hors-schéma se comptent vraiment sur le bout des doigts. Ce qui justifie souvent le motif de séjour que je place sur mon formulaire de demande de visa. En 1981, plus jeune, plus curieux, plus motivé, plus mobile, j'entendais vivre Londres au vrai sens du mot. Depuis que Londres est devenu mon passage obligé pour la Barbade, je passe par ici. Juste passer sans plus! Je prétends faire des recherches à SOAS, est-ce assez pour justifier un précieux séjour dans une des métropoles les plus visitées du monde? J'ai alors pris la résolution de visiter la ville en compagnie de Madeleine et Claver Jr. Quoi de plus beau qu'une randonnée familiale à travers les places touristiques de Londres! Bon dimanche!

19 août 2016

Vor 111 Jahren

Am 20. August 1905 wurde Theresa Weingärtner, meine zweite Mutter, geboren. Sie wäre 111 Jahre alt, falls sie soweit weitergelebt hätte. Ihr Geburtsort Hangnach liegt zwischen Lindau, BRD, und Bregenz, Oesterreich. Zwei oder drei mal sind wir gemeinsam über dieses Städtchen mit dem Zug durchgefahren, und jedesmal hat sie gesagt: "Von hier hat mein ganzer Lebensweg angefangen." Dann sagte sie mit Vergnügen: "Aber ich habe schon eine andere Adresse: Bestattungs Institut, Lindau." Ich denke noch an unser letztes Treffen in München, es war an meinem 40. Geburtstag. Ich bedanke mich. Heute habe ich nichts zu sagen. Ich kann nur meditieren und dem Lieben Gott für alles Schöne and Gute, was wir zusammen miterlebt hatten, danken. "Maria, ruh im Frieden des Herrn. Amen!"

A chacun son pasteur 2

"Sacré Claver,

Je me disais il y a quelques jours que ton blog était en voie de disparition, voilà qu'il renait avec des sujets intéressants et passionnés. On voit que ton séjour au Congo ne t'a pas laissé le temps d'écrire ni de réfléchir. "La rue de Kinshasa est tumultueuse", tu l'as si bien affirmé. Tu te présentes volontiers comme un littéraire, moi je te reconnais écrivain. Tu sais pourquoi? Le choix de tes expressions est parfois surprenant, on y perçoit une réelle volonté d'originalité. J'ai entretemps lu La sorcière aux tendres bombes. Là alors, tu m'as eu. Venons-en à ton "A chacun son pasteur".
Il y a une certaine logique dans ce que tu écris. Ce qui est parfois intriguant, c'est que tu évoques des arguments inattendus là où personne ne l'imagine. Tu finis par parler des pasteurs alors même que rien ne présageait ce thème dans cet article consacré à ton voyage de Paris à Londres. Contre toute, c'est le thème de l'entrée suivante. Un peu rusé, Mr. le littéraire. Permets que contrairement à mes habitudes de pourfendeur, je t'encense une fois.
Sans te flatter, tu as le même talent qu'exhibe La Bruyère dans Les Caractères. Le parcours de l'ex-nonne que tu présentes est réussi. Tous les ingrédients y sont en dépit de ton inaltérable sens de sarcasme et de polémique. Les pasteurs, prophètes ou autres prédateurs divins, constituent un fléau social du moment qu'ils abusent de la bonne foi des individus. Ils manipulent leurs adeptes en même temps qu'ils sont incapables de vivre ensemble. Deux pasteurs officiant dans un même temple finissent toujours par se séparer pour une raison ou une autre. Dans la majorité des cas c'est la jalousie, la concurrence, le succès, l'argent, et les femmes qui les divisent. Et cette séparation se révèle souvent douloureuses, immorale, mesquine ou païenne.
J'en ai connu deux, amis jadis inséparables, qui sont devenus chien et chat aujourd'hui, des ennemis jurés à vie. L'ami-collègue n'a pas trouvé meilleure concubine que la propre fille de son collègue pasteur, en abusant d'elle après l'avoir droguée. La jeune femme, en conflit avec son paternel de père, avait cru en l'amitié des deux pasteurs, s'était confiée à l'alter ego de son papa pour que ce dernier règle le différend. Pour ce dernier, cette dispute familiale n'était que l'oeuvre du malin, et qu'il fallait désenvoûter la victime. C'est donc au cours de ces cérémonies qu'il lui a fait boire une "infusion" salvifique afin de purifier son esprit et la remettre sur le droit chemin. 
Les abus des hommes de Dieu, quels qu'ils soient, constituent non seulement un contre-témoignage à la parole de Dieu, mais aussi des actes que la communauté doit réprimer avec rigueur. Le scandale qu'a suscité la pédophilie dans l'église catholique n'est pas très différent. Il faut se méfier de ces tonneaux vides. 
Voilà pour une fois une modeste contribution au débat sur les pasteurs."

GF