5 sept. 2016

Père François Lovis SMB in memoriam

Il n'est jamais tard pour rendre hommage à un être qui le mérite. Le Père Lovis est de ceux qui ont mérité mon respect et mon affection. La nouvelle de sa mort m'a été communiquée le 13 août à Kinshasa par l'abbé Modeste Kisambu.
C'est l'homme qui m'accueillit le soir du 16 novembe 1987 à Torry lorsque j'arrivai du Zaïre via Bruxelles - Genève. Le Père Bruno Fürer, directeur de l'Oeuvre St Justin dont j'étais boursier, me conduisit dès mon arrivée à Fribourg à Torry, chez les Pères de Bethléem. Le Père Lovis, supérieur de la communauté, m'indiqua sans attendre ma chambre où je déposai mes effets et me donna toutes les informations de la vie communautaire: heures de repas, de laudes et messes, de vêpres ou complies. Sa disponibilité me fascina d'emblée. Il me renseigna sur l'ordre et les habitudes de la maison avant de me présenter à l'abbé Joseph Lokadi, prêtre de Tshumbe, qui finissait une licence en théologie. La maison hébergeait aussi trois étudiants mexicains missionnaires de Sainte Marie de Guadeloupe. Entre 87 et 92 Tory a donc abrité des étudiants du Mexique, de Colombie, de Corée du Sud, du Zaïre dans une convivialité multiraciale et interculturelle. Même un réfugié politique afghan y est passé et est parti sans laisser d'adresse.
Comme je l'ai écrit au sujet du Père Jean Cottet, je ne cesserai jamais de remercier les missionnaires de Bethléem de m'avoir offert un cadre idéal pour mener à bien mes études universitaires. Chacun à sa façon -  que ce soit le P. Baum, Fr. Döbeli, P. P. Cottet, P. Conus et André Gachet - y a apporté sa contribution. Le Père François s'occupait de l'administration de la communauté, spécialement des contacts avec les bienfaiteurs de la congrégation SMB; il distribuait le courrier et menait parfaitement chronométrée. C'est lui qui me mit en contact avec le Pierre Comte, curé de Bonfol où j'exerçai mes premiers ministères de Noël et d'étê en Suisse. Toujours habillé en survêtement taillé sur mesure, il veillait au bon déroulement de toutes les activités communautaires. A ce sujet, je m'amusais souvent à l'imaginer dans ses tenues qu'il suspendait volontiers dans le couloir attenant à son bureau. Homme d'humour, ce lecteur assidu du Pays parlait plutôt un français marqué par l'accent et le patois jurassien. Ce qui fournissait, à l'apprenti linguiste que je prétendais être, l'occasion de différencier entre le français standard et le patois jurassien. Comparé à celui du P. Cottet, le langage du Père Lovis était plutôt ordinaire, pas du tout recherché. Il avait relaté une histoire que j'ai retenue: " Eh bien mon gaillard, la première fois que j'avais "croqué" une tomate que ma tante m"avait offerte, j'étais très décu. Je m'attendais à ce qu'elle ait le goût d'une pomme." Il entretenait des relations très solides avec son Jura natal.
Un jour de 1991, j'avais reçu la visite d'un compatriote étudiant, Paul Lohalo, que je lui présentai comme étant l'ambassadeur du Zaïre à Berne. Paul avait l'embompoint d'un diplomate africain. Le Père Lovis avait tout de suite compris le tour que je lui jouais. Que des souvenirs!
J'ai beaucoup admiré la simplicité et la générosité du P. François. Travailleur organisé, précis comme une horloge suisse, il était très rigoureux dans tout ce qu'il entreprenait. Le son de sa voix grésillante résonne encore à mes oreilles. Je garde le souvenir du 2 février où il officiait, deux bougies croisées, la bénédiction de St Blaise contre les maux de gorge. Un prêtre exemplaire, idoine et missionnaire en âme et conscience. Le père Lovis inspirait foi et confiance à ses interlocuteurs. J'ai beaucoup aimé chez les missionnaires SMB le respect et l'appréciation positive des autres.
Père François Lovis, merci pour tant de bienfaits. Que votre âme repose en paix!

4 sept. 2016

La canonisation de Mère Thérèse

Voilà une sainte de notre siècle, de notre temps. Une femme qui a su faire entendre sa voix aux quatre coins de l'univers: Une Albainaise née à Skopye en Macedoine, donc réclamée par les deux nations. Quoiqu'elle ne se soit jamais reconnue madeconienne, il y a lieu de reconnaître un crédit au pays qui a vu naître cette dame extraordinaire, pieuse et généreuse. Sa congrégation des missionnaires de la charité est une réussite exemplaire et louable. Il n'y a aucun doute concernant la grandeur d'âme de cette missionnaire infatigable de la charité et de la miséricorde divines.
La figure de Mère Thérèse de Calcutta est unanimement célébrée à travers le monde, aussi bien chez les catholiques que chez les musulmans, les hindous. Elle était honorée à tel point que le Prix Nobel de la Paix lui a été décerné de son vivant. Du temps de mes études romaines, j'avais manqué de la voir à deux reprises à la Place Saint Pierre. Des amis l'ont rencontrée et se sont entretenus avec elle. Je n'ai pas joui de ce bonheur. Je n'ai aucun problème à ce qu'elle soit canonisée; elle le mérite même, c'est à son honneur. Seulement, j'ai un problème avec les millions des dollars brassés annuellement sur son compte et qui échappent au contrôle de sa congrégation religieuse. A quoi ou à qui servent-ils? On dit que c'est le Vatican qui les gère. Du temps de mes études à Rome, j'avais aussi appris un détail qui portait une ombre à son image. Je n'ai pas vu, mais j'ai entendu comme d'ailleurs quelques-uns de mes compagnons d'études. Son nom "aurait figuré" sur la sinistre liste de la Loge P2 de Licio Gelli. Calomnies, médisances ou mensonges? Je n'en ai jamais eu aucune preuve, mais je répète que je n'ai pas vu, je n'ai pas lu, mais  je l'ai entendu. Je n'ose pas croire ce que j'ai entendu.
Sainte Thérèse de Calcutta, prie pour nous et intercède auprès du Seigneur que notre monde devienne plus juste, plus paisible et plus fraternel! Amen.


Suggestion de solution au Gabon

Ce matin, j'ai commenté ce qui se passe présentement au Gabon avec Clavère:
- Sais-tu qu'ils sont en train de se tuer au Gabon depuis la proclamation des résultats des élections présidentielles.
- C'est vraiment malheureux. Pourquoi ne trouvent-ils pas une solution moins violente?
- Ces gens ont des attaches familiales mais comme tu sais, le pouvoir divise même les familles. Jean Ping est le mari de Pascaline Bongo, donc beau-frère d'Ali. Il appartient au sérail Bongo et a été longtemps ministre de feu Omar Bongo.
- La solution serait alors familiale, donc plus simple à trouver. Un compromis du genre: l'un devient premier ministre maintenant, l'autre président, quitte à changer de rôle aux prochaines échéances  présidentielles.
- Ce n'est pas tout. La présidente de la Cour Constitutionnelle est la propre belle-mère d'Ali Bongo. C'est la raison pour laquelle Jean Ping limite son recours au Haut Ougouee. Allez-y voir.
- Attends voir. Tous les postes clés sont entre leurs mains. Ils n'ont qu'à s'entendre en famille. Cela évitera que le sang des innocents coule inutilement. De ceux qui meurent à la suite de ces émeutes, je ne crois pas qu'il y en a un du clan Bongo alors que tous les pions majeurs y appartiennent d'une façon ou d'une autre.

Une autre piste de solution proposée par l'opposition et rejetée par le pouvoir est de recompter les votes, bureau par bureau. Ceci offre l'avantage d'une transparence quoique l'eau soit déjà si trouble. Logiquement, c'est la seule piste qui peut prouver la vérité des urnes, si le comptage a été fait objectivement. Le pouvoir refuse cette piste au nom de la loi ou de la constitution qui ne prévoit pas ça. Si le recomptage des bulletins fait problème, comment peut-on alors convaincre les Gabonais et la communauté internationale de la crédibilité de ces élections? Bref, rendons la démocratie aux Occidentaux, à ceux qui l'ont créée car nous ne savons pas la pratiquer. 
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3 sept. 2016

La démocratie en Afrique, un jeu de dupes?

A voir les scènes qui se passent au Gabon, je confirme ce que j'ai toujours soutenu à propos de l'Afrique. Il y a des exceptions certes, mais qui comme on dit confirment la règle. La démocratie n'est pas faite pour les Africains. Ce que nous appelons "démocratie" est souvent une mascarade qui voile mal les soubassements des puissances souterraines. Je me suis fait apostropheur hier, mais c'était pour mieux canaliser mes idées sur ce thème o combien vital. Démocratie et Afrique ne riment pas ensemble, c'est inscrit dans le code génétique de ces entités. Les cas de figure qu'on voit partout pour contourner la pratique démocratique, ne cessent de m'interpeler non seulement sur la bonne volonté de nos dirigeants, mais aussi sur la réalité même du pouvoir dans nos pays.
Les leaders politiques africains ne cessent de surprendre par la tournure qu'ils imposent aux événements, par l'interprétation qu'ils assignent aux textes, par les scénarios qu'ils montent pour piéger ce qui pourrait être appelé démocratie. Un jeu de dupes ou d'initiés, appelez cela comme il vous plait. Le peuple, comme pris en otage, se situe en dehors des intrigues manipulatrices, mais subit les conséquences des aventures des dirigeants. Tout est défendable pourvu qu'on garde le pouvoir. Hier, j'ai épinglé la structure même organisatrice des élections au Gabon. Les déclarations de M. Jean Ping ont presque répété mot à mot ce que j'ai écrit sur mon blog. L'immeuble de l'Assemblée nationale est incendiée, la radio nationale assiégée, et le QG de l'opposition pris d'assaut. Tel est la suite immédiate de la proclamation des résultats des éléctions présidentielles tenues dimanche dernier. Il y a des morts, des blessés. Il y a pillage, violents affrotnements dans la rue entre les partisans de l'opposition et ceux du pouvoir. Et chaque camp a raison, du moins prétend avoir raison. Bref, c'est pas fait pour les Africains la démocratie. Rendez-là à ceux qui l'ont conçue et qui l'ont développée à travers les siècles. Il n'y a pas de honte à cela. Créons pour l'Afrique non pas une démocratie mais quelque chose de plus adéquat et de plus approprié pour nous car le schéma occidental de la démocratie nous demeure totalement étranger.
Aujourd'hui, Jean Ping se proclame président élu du Gabon oubliant que le vrai pouvoir s'obtient et se conserve armes à la main. Condition sine qua non dans la "Jungle" des hommes. Du déjà vu en RDC lorsque Tshisekedi s'était proclamé président en 2011. La réalité est que M. Ali Bongo garde les rènes du pouvoir à savoir le contrôle de l'armée, de la police, de la sécurité et de l'intelligence. En fait, le vrai pouvoir qui se passe de ce "jeu de dupes" qu'on appelle démocratie, vecteur de violence et d'insécurité. La preuve est que M. Bongo est encore là, inamovible et serein. Qui a dit que la voie des urnes donnait accès au pouvoir en Afrique? Si ce n'était que cela, pourquoi l'alternative tant souhaitée par les tenants des mouvements acquis au changement a du mal à devenir réalité? Au fil du temps, au fil des élections, l'Afrique nous livre de surprenants et fascinants scénarios de la pratique démocratique. Ouvrons le troisième oeil! Je soutiens depuis des années que la faiblesse de l'Afrique réside dans l'inconsistance de ses institutions. Toutes les manoeuvres qui se trament un peu partout en Afrique démontrent cette cruelle et objective vérité. Je dois arrêter ma réflexion là.

31 août 2016

Bongo réélu, pouvait-il en être autrement?

Trêve d'anecdotes! Parole à l'apostropheur! Il y a des gens qui s'étonnent que Mr. Ali Bongo soit réélu président du Gabon. Ces gens ne connaissent pas l'Afrique Centrale. J'avais tenu le même langage lors de dernières élections du Sénégal, jugeant pratiquement impossible que M. Wade soit vaincu par M. Macky Sall. Je m'étais trompé. Cette fois, je me suis retenu de pronostiquer sur l'issue des élections. J'étais cependant sûr d'une chose. C'est là que le scénario littéraire fonctionne parfaitement. A aucun moment, j'ai douté de la réélection du président sortant. La structure même de la proclamation des résultats est la véritable clef. Le ministre de l'intérieur à qui revient le pouvoir de proclamer les résultats après les avoir reçus de la Cemap a été nommé par le président sortant. Comment un faiseur de roi peut-il déchoir celui là-même qui justifie son pouvoir? Comment un ministre peut-il aller à l'encontre du gouvernement qui l'emploie? Proclamer un autre président que Bongo reviendrait pour lui à se démettre de ses fonctions au juteux salaire. Proclamer un autre président que Bongo reviendrait simplement à une trahison, à un suicide politique. Le reste pourra se discuter. C'est une question d'arrangements, de négociations, d'intrigues et de compromis. 
Vive la démocratie africaine! Les Européens s'en moquent et tentent de nous l'imposer au risque d'ingérence dans nos affaires intérieures. Voici le titre qui m'a initialement poussé à écrire cette apostrophe: "L'UE demande que les résultats soient proclamés bureau par bureau". C'était l'exigence de l'opposition. Là encore, des questions! Qui se fait la caisse de résonance de l'autre? L'Occident a la manie de venir au secours des opposants africains, et cela souvent de façon très maladroite et condescendante. De quel droit se permettent-ils d'intimer des ordres à des états indépendants? Le colonialisme n'est pas fini. Les ambassadeurs occidentaux s'illustrent à ce jeu d'influencer les pouvoirs africains au gré de leurs propres intérêts. Le jour où l'Union Africaine osera exiger de la transparence dans les élections d'un pays occidental, ce jour-là se déchirera un pan de l'histoire universelle tellement c'est impensable, fou, démentiel. C'est ainsi que va le monde. Tout le monde qu'il y a manipulation; mais personne n'ose s'insurge contre le diktat de l'establishment qui dirige l'univers. 
Bongo est réélu, pouvait-il en être autrement? La dynastie Bongo a définitivement scellé son pouvoir pour des décennies. Remontons en amont. Dès le début, des polémiques se sont érigées autour de la nationalité du président Bongo, remettant en doutant son acte de naissance, lui attribuant une mère nigériane, faisant de lui un fils adoptif. Ce combat-là, il l'a gagné haut les mains car il en allait de la survie de la dynastie légendaire des Bongo. C'est à ce niveau de tirage des marionnettes que le rôle de l'UE - entendez de la France - est important. Utilisez votre troisième oeil, vous verrez clairement ce qui se trame. Parole de littéraire apostropheur!  Le reste n'était qu'une question de patience, de stratégie gagnante. Le fils d'Omar est aussi fin et rusé que son vénérable père d'heureuse mémoire, on l'a oublié. Il maîtrise tous les rouages du pouvoir, et les mécanismes pour le conserver. Seul le résultat compte aujourd'hui. "Il a damé le dernier pion du jeu", comme on dit au Congo. Le voilà élu pour un autre mandat! Il y aura certes des troubles, des revendications de l'Opposition contre le processus électoral, mais le calme républicain et démocratiquement africain finira par revenir. At the end of the day, peace and love will prevail among brave Gabonese. J'ai dit.

29 août 2016

La pensée de Fabien Lengelo


28 août 2016. Je n’ai pas dormi de la nuit. A peine deux ou trois heures, pas plus. Peut-être même moins.  C’est le jour du grand retour à la Barbade après près de deux mois d’absence. Il est déjà 7h lorsque la petite société civile quitte Granville Road. Ephrem Mosimi, mon beau-frère, est un habitué de cette route. Il connaît Londres comme sa poche. La jeep VW  est tellement chargée, voire surchargée qu’il a suggéré à un moment donné de nous déposer à Victoria. A cause du carnaval caribéen organisé ce weekend, il est obligé de faire un détour vers Wembley pour trouver une voie de secours pour arriver à temps l’aéroport. Heureusement, le trajet vers Gatwick se passe sans encombres : pas d’embouteillage ni de trafic.
A présent, pendant que je me trouve dans l'avion entre Londres et Barbados, je me souviens d'une très intéressante conversation que j'ai eue à la SOAS (School of Oriental and African Studies, University of London) avec Fabien Lengelo, un compatriote très critique vis-à-vis de la gestion politique de l'Afrique. Il insistait sur la nette différence qui existe entre nos pays et les pays développés. Je le cite de mémoire :
« Chez nous en Afrique les gens en commençant par les autorités ne se comportent pas correctement; celles-ci  pensent qu’elles peuvent tout faire impunément. Regarde ce qu’elles font au Congo avec les élections ; au lieu de les organiser comme le veut la Constitution, elles instituent de toutes pièces un soi-disant dialogue dans le seul but de rester au pouvoir, oubliant que tout ce qui a un début a aussi une fin. Je doute de leur intention de lâcher le pouvoir. Elles se considèrent comme des dieux parmi les hommes, prêtes à révoquer un agent de ses fonctions simplement pour l’avoir croisé dans le couloir. C’est la loi du chaos et de la jungle qui règne chez nous. Le règne de l’arbitraire. Comment par exemple expliquer qu’un ministre s’empare des biens publics sans être inquiété ou qu’il détourne l’argent de l’état sans qu’il ne subisse aucune sanction ? Ces autorités sont elles-mêmes les agents de la corruption dans le pays, du terrorisme d'état, du banditisme, des kuluna au cas où elles ne le seraient pas. Kuluna en cravates! Tout est militarisé. Un dictateur en cache toujours un autre, en plus bavard ou en laconique, en plus incompétent, mais tout aussi pilleur, tueur, démagogue, militariste et sanguinaire. Seule la violence terroriste guide leur action. Et leurs militaires ne sévissent que contre leurs compatriotes au lieu de les défendre contre les étrangers. C'est pour ne plus voir ça que j'ai choisi l'exil. Nos soi-disant autorités démontrent leur incompétence et leur incapacité de bâtir le pays, de construire les routes, d’ériger des écoles compétitives ou des hôpitaux. A se demander si elles ont un sens de leur statut d’intellectuel ! Bref, le sens de l’Etat n’existe pas. Ces gens voyagent, viennent et voient ce qui se fait en Europe ou en Amérique. Au lieu de se remplir les poches de l'argent du sang, il ferait mieux, faute d'inspiration ou d'esprit d'innovation, d'imiter ce qu'ils voient ici. N’aurait-il pas été mieux de laisser les Blancs nous gérer car du temps de la colonisation les écoles et les hôpitaux fonctionnaient mieux qu’ils ne le sont aujourd’hui ? Nos parents possédaient des biens et des équipements qu’ils ne peuvent plus acquérir. Les faits montrent que les indépendances n’ont pas apporté la prospérité espérée ni les droits civiques qui relèvent de l’état moderne. Les Européens nous traitent mieux que les pays dont nous sommes ressortissants. L’exil, qui qu’on pense ou dise, possède aussi sa part de magie. Les migrations répondent à un mal-être palpable dans nos pays. »
Pour la petite histoire, Lengelo possède un MA en gestion financière et bancaire. Il dirige un petit bureau d'études stratégiques à Londres. Après l'avoir écouté, je lui ai conseillé de diffuser ses idées par écrit, et plus concrètement de rentrer bâtir le pays car il y a actuellement des opportunités inestimables pour les jeunes entrepreneurs en Afrique. Il ne doit pas forcément faire la politique, mais mettre ses compétences au service du pays.

Mort d'Alain Ricard (1945-2016)

Le monde des lettres africaines est en deuil. Une de ses figures les plus illustres, un grand chercheur et critique littéraire vient de nous quitter. Le professeur Alain Ricard était connu pour ses nombreuses publications qui l'ont rendu incontournable en littératures africaines francophones et anglophones. Il s'intéressait particulièrement aux langues et aux aspects culturels liés aux écritures africaines. Etudier la littérature africaine à travers les langues coloniales et locales, européennes et africaines, telle a été souvent l'idée-maîtresse qui guidait ses investigations.
Son chef d'oeuvre est sans aucun doute Littératures d’Afrique Noire. Des langues aux livres (Karthala, 1995), ou en traduction: The Languages and Literatures of Africa (2005). Elle illustre clairement cette approche unique par laquelle le chercheur retrouve, au-delà de la langue quelle qu'elle soit, les mécanismes permanents de la pratique de l'écriture. Il s'intéressait particulièrement aux romans, aux récits et aux littératures orales.
J'ai rencontré Alain Ricard et son épouse à plusieurs conférences ou occasions à Berlin. Nous avions des relations communes comme Jane Bryce, Flora Veit-Wild, Janos Riez, et d'autres collègues d'APELA; Dès notre première conversation, il m'a parlé de mon compatriote le linguiste Mwata-Ngalasso Musanji, son collègue à Bordeaux Montaigne. Il a co-dirigé avec Flora Veit-Wild une édition spéciale de Matatu dans laquelle j'ai publié un article sur les transpositions dramatiques de Chaka. Lors de cette collaboration particulière, j'ai pu admirer les qualités d'éditeur de ce bon connaisseur de l'Afrique, de ses langues et littératures. Depuis, il m'appelait gentiment "L'homme de Chaka". Ma dernière rencontre avec lui date de la conférence "Conventions et Conversions" à Berlin en 2010. 
A son propos, j'ai écrit dans un email à l'intention de l'APELA ce qui suit: "Je garderai d'Alain Ricard le souvenir d'un chercheur remarquable et d'un homme fascinant par son sens d'amitié et sa simplicité. Paix à son âme".