16 sept. 2016

A propos de "Vierzig"

Lorsque je suis arrivé en Suisse pour des études de lettres, j'étais intrigué par la langue allemade suisse, le suisse allemand comme on disait. Habitant chez les missionnaires d'Immensee à Tory, j'ai très vite été confronté à ce nouvel environnement linguistique bilingue. La transition n'était ni difficile ni facile, j'ai pris le temps de m'adapter sans trop de problèmes. J'étais néanmoins surpris d'entendre "Vierzig" un peu partout: "Mais qu'est-ce que ces Suisses ont avec ce chiffre 40 qu'ils répètent à longueur de journée?" Loin de moi l'idée que c'est une formule de salutation. Arrivé mi-novembre 87, je me suis organisé pour fêter le Nouvel An 88 à Munich. Là, je me suis remis dans l'ambiance bavaroise qui m'était relativement plus familière. "Grüss Gott" se dit en Bavière pour entamer un dialogue au téléphone, au restaurant, à la poste, en route, partout. Sur mon chemin retour, les controleurs ou douaniers suisses, qui sont montés dans le train à Bregenz, dévoileront l'énigmatique casse-tête en saluant: "Grüezi miteinander". Déclic dans ma tête! "Ah bon, me suis-je dit, le fameux Vierzig que j'entendais était en réalité Grüezi" C'est la première fois que j'ai entendu ce mot aussi clairement et nettement prononcé. Est-ce que ceux qui me l'avaient dit auparavant le prononçaient mal? Je ne saurais l'affirmer d'autant plus que c'était leur langue maternelle. C'était plutôt moi dont l'oreille n'était pas habituée à la diction  suisse allemande. A partir de ce séjour en Allemagne, le suisse allemand devient un peu plus compréhensible. Il m'a donc fallu, aussi paradoxal que cela paraisse, un detour par la Bavière pour comprendre le Schweizerdeutsch ou Schwiitzertüütsch. Depuis, je me suis débrouillé tant bien que mal dans mes activités pastorales à Muttenz, Burgdorf, Riehen, Bern, Gstaad, Zweisimmen,  etc. Une expérience très instructive pour un homme sensible aux traits de langues. Dans une langue étrangère, on perçoit souvent autre chose que ce qui est dit, on sélectionne souvent les sons pour tenter de créer une signification. Pourquoi le cours de français proposé par le Commandant au roi Djigui a-t-il été interrompu? C'est qu'en réalité il entendait le français en malinke, et cela donnait des phrases indécentes, moralement condamnables. Ce fut aussi mon approche face au suisse allemand.

6 sept. 2016

Passing of Prof. Isidore Okpewho

Isidore Okpewho (November 9, 1942 - September 4, 2016)

by Olabode Ibironke
(Cross-posted from the ALA list)

It is with great sadness that I write to let you know of the death of a giant of African literature; a teacher, activist, mentor to many, and friend of the ALA, Professor Isidore Okpewho. He died peacefully at a hospital in Binghamton, NY. During his distinguished career as a prolific writer and the foremost scholar of oral literature, Professor Okpewho taught at the University of New York at Buffalo (1974-76), the University of Ibadan (1976-1990), Harvard University (1990-1991) and since, at the State University of New York at Binghamton. He was awarded the 2011 Fonlon-Nichols prize.
Juliana Makuchi Nfah-Abbenyi
President, African Literature Association

5 sept. 2016

Bruder Bernhard Doebeli SMB in memoriam

Während meiner Studienzeit in der Schweiz waren für mich die Immensee Missionare von Bethleem meine Familie. Fünf Jahre lang haben sie mir geholfen, meine Studien erfolgreich zu führen. Durch das Justinus Werk und meine persönliche Beziehung zu einigen SMB-Mitgliedern hatte ich mich in der Schweiz wirklich zu Hause gefühlt. Und Bruder Bernhard Doebeli gehört unter anderen zu den jenigen, die mir das Leben erleichtet hatten; er hat mich immerwieder ermütigt, Deutsch zu sprechen. Ich bedanke mich. Ruhe in Frieden! Möge Dir der Liebe Gott ewiges Leben und unendlichen Frieden schencken. 
Le Frère Doebeli est décédé en juin 2016 à l'âge de 90 ans. Cet homme qui se douchait toujours à l'eau froide, m'a fasciné non seulement par sa simplicité et sa modestie, mais aussi par son sens d'amitié et sa constante disponibilité à aider. Jamais je ne l'ai entendu se plaindre ni s'énerver devant une situation difficile. J'ai admiré son sang-froid une fois que le P. Baumgartner avait explosé je ne sais plus pour quelle raison. Il a gardé silence, et s'est contenté de l'inviter à la patience. Le Frère Bernard était l'intendant de la communauté de Tory: il faisait les courses, s'occupait des provisions, du jardin, de l'entretien de la maison et des environs. Un métier ingrat lorsque quelque chose clochait, mais qu'il assumait avec un dévouement sans pareil. Lorsque ma mère de Munich, Theresa Weingrärtner, venait à Fribourg, il ne manquait pas de l'inviter à prendre un déjeuner à Tory. Sur sa suggestion, elle a même une fois séjourné à Tory. Juste pour souligner combien le frère Bernard était un homme de Dieu, accueillant, serviable et généreux.
Engagé socialement, il accueillait et hébergeait Edgar, un handicapé physique et mental, avec une patience désarmante. Une leçon pour moi, car il remettait cette personne à la dimension de sa noblesse humaine. Un soir de Noël 1991, les prisonniers de Bellechasse n'auraient pas eu de messe si le Frère Bernard ne m'avait pas demandé d'aider et cédé la voiture de la communauté. J'ai aussi bien connu ses confrères Joseph Kuster ou Joseph Steiner.
Durant la deuxième guerre mondiale, Bernard était jeune homme dans son village. L'enseignant du village avait réussi à convaincre tous les enfants du village que Hitler ne prendrait jamais leur village, qu'il serait défait sérieusement s'il osait s'attaquer à leur village. Alors, décidés avec un acharnement indeffectible, les jeunes patrouillaient la nuit et assuraient la sécurité du village, munis de fusils et autres matériaux de guerre. Ils étaient même convaincus que Hitler avait peur d'eux, n'oserait jamais s'aventurer à les attaquer. (C'est moi qui ajoute ce détail. Modeste appréciera). C'est seulement lorsque la guerre était terminée, qu'il s'est rendu compte de l'illusion dans laquelle ils étaient bercés et bernés pendant tout ce temps. Comment pouvaient-ils gagner une guerre contre Hitler qui était équipé d'avions et d'armes les plus sophistiquées? Du moins, ils y avaient cru, et leur village n'a jamais été pris ni vaincu.
Encore une fois, merci frère Bernard Doebeli, pour tant de bienfaits! Que ton âme repose dans la paix du Seigneur!


  

Père François Lovis SMB in memoriam

Il n'est jamais tard pour rendre hommage à un être qui le mérite. Le Père Lovis est de ceux qui ont mérité mon respect et mon affection. La nouvelle de sa mort m'a été communiquée le 13 août à Kinshasa par l'abbé Modeste Kisambu.
C'est l'homme qui m'accueillit le soir du 16 novembe 1987 à Torry lorsque j'arrivai du Zaïre via Bruxelles - Genève. Le Père Bruno Fürer, directeur de l'Oeuvre St Justin dont j'étais boursier, me conduisit dès mon arrivée à Fribourg à Torry, chez les Pères de Bethléem. Le Père Lovis, supérieur de la communauté, m'indiqua sans attendre ma chambre où je déposai mes effets et me donna toutes les informations de la vie communautaire: heures de repas, de laudes et messes, de vêpres ou complies. Sa disponibilité me fascina d'emblée. Il me renseigna sur l'ordre et les habitudes de la maison avant de me présenter à l'abbé Joseph Lokadi, prêtre de Tshumbe, qui finissait une licence en théologie. La maison hébergeait aussi trois étudiants mexicains missionnaires de Sainte Marie de Guadeloupe. Entre 87 et 92 Tory a donc abrité des étudiants du Mexique, de Colombie, de Corée du Sud, du Zaïre dans une convivialité multiraciale et interculturelle. Même un réfugié politique afghan y est passé et est parti sans laisser d'adresse.
Comme je l'ai écrit au sujet du Père Jean Cottet, je ne cesserai jamais de remercier les missionnaires de Bethléem de m'avoir offert un cadre idéal pour mener à bien mes études universitaires. Chacun à sa façon -  que ce soit le P. Baum, Fr. Döbeli, P. P. Cottet, P. Conus et André Gachet - y a apporté sa contribution. Le Père François s'occupait de l'administration de la communauté, spécialement des contacts avec les bienfaiteurs de la congrégation SMB; il distribuait le courrier et menait parfaitement chronométrée. C'est lui qui me mit en contact avec le Pierre Comte, curé de Bonfol où j'exerçai mes premiers ministères de Noël et d'étê en Suisse. Toujours habillé en survêtement taillé sur mesure, il veillait au bon déroulement de toutes les activités communautaires. A ce sujet, je m'amusais souvent à l'imaginer dans ses tenues qu'il suspendait volontiers dans le couloir attenant à son bureau. Homme d'humour, ce lecteur assidu du Pays parlait plutôt un français marqué par l'accent et le patois jurassien. Ce qui fournissait, à l'apprenti linguiste que je prétendais être, l'occasion de différencier entre le français standard et le patois jurassien. Comparé à celui du P. Cottet, le langage du Père Lovis était plutôt ordinaire, pas du tout recherché. Il avait relaté une histoire que j'ai retenue: " Eh bien mon gaillard, la première fois que j'avais "croqué" une tomate que ma tante m"avait offerte, j'étais très décu. Je m'attendais à ce qu'elle ait le goût d'une pomme." Il entretenait des relations très solides avec son Jura natal.
Un jour de 1991, j'avais reçu la visite d'un compatriote étudiant, Paul Lohalo, que je lui présentai comme étant l'ambassadeur du Zaïre à Berne. Paul avait l'embompoint d'un diplomate africain. Le Père Lovis avait tout de suite compris le tour que je lui jouais. Que des souvenirs!
J'ai beaucoup admiré la simplicité et la générosité du P. François. Travailleur organisé, précis comme une horloge suisse, il était très rigoureux dans tout ce qu'il entreprenait. Le son de sa voix grésillante résonne encore à mes oreilles. Je garde le souvenir du 2 février où il officiait, deux bougies croisées, la bénédiction de St Blaise contre les maux de gorge. Un prêtre exemplaire, idoine et missionnaire en âme et conscience. Le père Lovis inspirait foi et confiance à ses interlocuteurs. J'ai beaucoup aimé chez les missionnaires SMB le respect et l'appréciation positive des autres.
Père François Lovis, merci pour tant de bienfaits. Que votre âme repose en paix!

4 sept. 2016

La canonisation de Mère Thérèse

Voilà une sainte de notre siècle, de notre temps. Une femme qui a su faire entendre sa voix aux quatre coins de l'univers: Une Albainaise née à Skopye en Macedoine, donc réclamée par les deux nations. Quoiqu'elle ne se soit jamais reconnue madeconienne, il y a lieu de reconnaître un crédit au pays qui a vu naître cette dame extraordinaire, pieuse et généreuse. Sa congrégation des missionnaires de la charité est une réussite exemplaire et louable. Il n'y a aucun doute concernant la grandeur d'âme de cette missionnaire infatigable de la charité et de la miséricorde divines.
La figure de Mère Thérèse de Calcutta est unanimement célébrée à travers le monde, aussi bien chez les catholiques que chez les musulmans, les hindous. Elle était honorée à tel point que le Prix Nobel de la Paix lui a été décerné de son vivant. Du temps de mes études romaines, j'avais manqué de la voir à deux reprises à la Place Saint Pierre. Des amis l'ont rencontrée et se sont entretenus avec elle. Je n'ai pas joui de ce bonheur. Je n'ai aucun problème à ce qu'elle soit canonisée; elle le mérite même, c'est à son honneur. Seulement, j'ai un problème avec les millions des dollars brassés annuellement sur son compte et qui échappent au contrôle de sa congrégation religieuse. A quoi ou à qui servent-ils? On dit que c'est le Vatican qui les gère. Du temps de mes études à Rome, j'avais aussi appris un détail qui portait une ombre à son image. Je n'ai pas vu, mais j'ai entendu comme d'ailleurs quelques-uns de mes compagnons d'études. Son nom "aurait figuré" sur la sinistre liste de la Loge P2 de Licio Gelli. Calomnies, médisances ou mensonges? Je n'en ai jamais eu aucune preuve, mais je répète que je n'ai pas vu, je n'ai pas lu, mais  je l'ai entendu. Je n'ose pas croire ce que j'ai entendu.
Sainte Thérèse de Calcutta, prie pour nous et intercède auprès du Seigneur que notre monde devienne plus juste, plus paisible et plus fraternel! Amen.


Suggestion de solution au Gabon

Ce matin, j'ai commenté ce qui se passe présentement au Gabon avec Clavère:
- Sais-tu qu'ils sont en train de se tuer au Gabon depuis la proclamation des résultats des élections présidentielles.
- C'est vraiment malheureux. Pourquoi ne trouvent-ils pas une solution moins violente?
- Ces gens ont des attaches familiales mais comme tu sais, le pouvoir divise même les familles. Jean Ping est le mari de Pascaline Bongo, donc beau-frère d'Ali. Il appartient au sérail Bongo et a été longtemps ministre de feu Omar Bongo.
- La solution serait alors familiale, donc plus simple à trouver. Un compromis du genre: l'un devient premier ministre maintenant, l'autre président, quitte à changer de rôle aux prochaines échéances  présidentielles.
- Ce n'est pas tout. La présidente de la Cour Constitutionnelle est la propre belle-mère d'Ali Bongo. C'est la raison pour laquelle Jean Ping limite son recours au Haut Ougouee. Allez-y voir.
- Attends voir. Tous les postes clés sont entre leurs mains. Ils n'ont qu'à s'entendre en famille. Cela évitera que le sang des innocents coule inutilement. De ceux qui meurent à la suite de ces émeutes, je ne crois pas qu'il y en a un du clan Bongo alors que tous les pions majeurs y appartiennent d'une façon ou d'une autre.

Une autre piste de solution proposée par l'opposition et rejetée par le pouvoir est de recompter les votes, bureau par bureau. Ceci offre l'avantage d'une transparence quoique l'eau soit déjà si trouble. Logiquement, c'est la seule piste qui peut prouver la vérité des urnes, si le comptage a été fait objectivement. Le pouvoir refuse cette piste au nom de la loi ou de la constitution qui ne prévoit pas ça. Si le recomptage des bulletins fait problème, comment peut-on alors convaincre les Gabonais et la communauté internationale de la crédibilité de ces élections? Bref, rendons la démocratie aux Occidentaux, à ceux qui l'ont créée car nous ne savons pas la pratiquer. 
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3 sept. 2016

La démocratie en Afrique, un jeu de dupes?

A voir les scènes qui se passent au Gabon, je confirme ce que j'ai toujours soutenu à propos de l'Afrique. Il y a des exceptions certes, mais qui comme on dit confirment la règle. La démocratie n'est pas faite pour les Africains. Ce que nous appelons "démocratie" est souvent une mascarade qui voile mal les soubassements des puissances souterraines. Je me suis fait apostropheur hier, mais c'était pour mieux canaliser mes idées sur ce thème o combien vital. Démocratie et Afrique ne riment pas ensemble, c'est inscrit dans le code génétique de ces entités. Les cas de figure qu'on voit partout pour contourner la pratique démocratique, ne cessent de m'interpeler non seulement sur la bonne volonté de nos dirigeants, mais aussi sur la réalité même du pouvoir dans nos pays.
Les leaders politiques africains ne cessent de surprendre par la tournure qu'ils imposent aux événements, par l'interprétation qu'ils assignent aux textes, par les scénarios qu'ils montent pour piéger ce qui pourrait être appelé démocratie. Un jeu de dupes ou d'initiés, appelez cela comme il vous plait. Le peuple, comme pris en otage, se situe en dehors des intrigues manipulatrices, mais subit les conséquences des aventures des dirigeants. Tout est défendable pourvu qu'on garde le pouvoir. Hier, j'ai épinglé la structure même organisatrice des élections au Gabon. Les déclarations de M. Jean Ping ont presque répété mot à mot ce que j'ai écrit sur mon blog. L'immeuble de l'Assemblée nationale est incendiée, la radio nationale assiégée, et le QG de l'opposition pris d'assaut. Tel est la suite immédiate de la proclamation des résultats des éléctions présidentielles tenues dimanche dernier. Il y a des morts, des blessés. Il y a pillage, violents affrotnements dans la rue entre les partisans de l'opposition et ceux du pouvoir. Et chaque camp a raison, du moins prétend avoir raison. Bref, c'est pas fait pour les Africains la démocratie. Rendez-là à ceux qui l'ont conçue et qui l'ont développée à travers les siècles. Il n'y a pas de honte à cela. Créons pour l'Afrique non pas une démocratie mais quelque chose de plus adéquat et de plus approprié pour nous car le schéma occidental de la démocratie nous demeure totalement étranger.
Aujourd'hui, Jean Ping se proclame président élu du Gabon oubliant que le vrai pouvoir s'obtient et se conserve armes à la main. Condition sine qua non dans la "Jungle" des hommes. Du déjà vu en RDC lorsque Tshisekedi s'était proclamé président en 2011. La réalité est que M. Ali Bongo garde les rènes du pouvoir à savoir le contrôle de l'armée, de la police, de la sécurité et de l'intelligence. En fait, le vrai pouvoir qui se passe de ce "jeu de dupes" qu'on appelle démocratie, vecteur de violence et d'insécurité. La preuve est que M. Bongo est encore là, inamovible et serein. Qui a dit que la voie des urnes donnait accès au pouvoir en Afrique? Si ce n'était que cela, pourquoi l'alternative tant souhaitée par les tenants des mouvements acquis au changement a du mal à devenir réalité? Au fil du temps, au fil des élections, l'Afrique nous livre de surprenants et fascinants scénarios de la pratique démocratique. Ouvrons le troisième oeil! Je soutiens depuis des années que la faiblesse de l'Afrique réside dans l'inconsistance de ses institutions. Toutes les manoeuvres qui se trament un peu partout en Afrique démontrent cette cruelle et objective vérité. Je dois arrêter ma réflexion là.