20 sept. 2016

La pression de la rue






(Source: Le Soir, 20 septembre 2016)
Des militaires lourdement armés jusqu'aux dents au service du pouvoir. C'est la meilleure solution pour intimider le peuple et le contraindre à rester à la maison. Le pouvoir congolais ne déroge pas sur les moyens, en utilisant un arsenal dangereusment meurtrier. A la pression de la rue, il y a à choisir entre la manière forte, brutale et intansigeante; et le dialogue constructif. Et à mon avis, la seconde solution est plus avantageuse. Plutôt que d'envoyer des policiers, des militaires et autres sbires dans les rues pour "faire la chasse" aux opposants et au peuple qui revendiquent leurs droits civiques les plus élémentaires, il serait plus judicieux de les écouter et de les convier à la raison en leur envoyant un message de paix et de réconciliation. La paix n'est qu'à ce prix. Toute autre solution n'est que leurre.

19 sept. 2016

Le vrai enjeu démocratique

Les images qui nous sont parvenues hier de Kinshasa ainsi que les commentaires que nous avons entendus n'augurent rien de positif. Chaque camp tient à imposer ses vues et son agenda. Le temps constitue l'enjeu principal du débat et des tensions. Elections immédiates ou "glissées"? Les accordéons ne s"accordent pas, et le pays risque de tomber dans des violences incontrôlables, le sang qui coule déjà risque de couler encore plus abondamment si rien n'est fait.
Dans tout cela, c'est le peuple qui trinque. Pris en ôtage dans cet engrenage très compliqué des dérives démocratiques, le petit peuple s'interroge sur le bien-fondé de toutes manoeuvres meurtrières. Vaut-il vraiment de perdre sa vie pour une cause perdue d'avance? N'y aurait-il pas d'autres issues plus rassurantes à la place de ces affrontements si violents et homicides? C'est l'échec de notre classe politique uniquement préoccupée par de ses propres intérêts du moment qu'elle ne représente pas les aspirations et les rêves du peuple. Les dates, c'est le problème. Attendons voir ce que l'élite politique nous réserve encore comme surprises!

Démocratie meurtrière

19 septembre 2016. Au nom de la démocratie, au nom de la Constitution l'opposition congolaise a organisé une marche de protestation réclamant la fin du mandat du président Kabila. Au nom de la démocratie, au nom de la Constitution, le controversé Mr. Edem Kodjo a organisé un dialogue inclusif entre la MP et des dissident de l'opposition pour des élections pacifiques. Les dates ont une signofication particulière. La CENI a demandé il y a trois jours à la Cour Constitutionnelle le report sine die des consultations électorales. Là se trouve le noeud du problème. Les Congolais ont-ils vraiment besoin des tensions créées par ce dialogue des sourds. Toutes les parties n'entendent que les sons de leurs guitares. Manwaku Waku ou le Vieux Franco? Bavon Marie Marie ou Nico Kasanda? J'en ris presque, mais d'un rire jaune, car le sang des Congolais, donc mon sang, est en train de couler au nom de la démocratie. Plutôt au nom du pouvoir. Paix à leurs âmes! 
Que la démocratie soit meurtrière n'est pas sujet à discussion; c'est une évidence séculaire. L'Afrique en offre les pires des scénarios. On déplore de part et d'autre trop de violences, et nul ne semble céder le pas à l'autre. La course au pouvoir est le vecteur principal de cette ruée euphorique: chaque camp voudrait prendre son tour et sa part du gâteau. De nombreuses personnes misérables il y a à peine quelques années sont devenus de respectables millionnaires à vous donner le vertige. Des personnages aux envergures douteuses se la coulent douce dans un luxe extravagant et dans une opulence à faire frémir les imperturbables monesses dans leur oratoire. Ceux qui sont au pouvoir ont acquis des privilèges sociaux et financiers dont ils ne voudraient en aucun cas se défaire. De l'autre côté, ceux que le régime a laissés pour compte, les opposants aigris et râleurs, poussent le régime vers la sortie en envenimant la situation. On réclame donc le statu quo d'un côté et le désir d'alternative politique de l'autre. Telle est hélas, vue de loin, la complexe réalité de notre pays bienaimé en ce moment. Que nous réserve le lendemain n'est connu de personne quoique les tenants du pouvoir fourbissent déjà leurs armes pour parer à toutes les émeutes éventuelles. Il y aura encore des morts si chaque campe dans ses positions. Non pas 17 selon le pouvoir ni 50 selon l'opposition, mais bien plus. Le nombre exact des morts ne sera jamais connu.
L'opposition exige des éléctions immédiates alors que la majorité au pouvoir et la CENI demandent un report, le temps de fixer le ficher électoral. Quand bien même on voudrait aller aux élections, ce ne sera pas possible car l'infrastructure nécessaire n'est pas encore en place. D'aucuns les accusent d'avoir gagné du temps et de pourrir la situation. Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pris aucune disposition pour que le calendrier soit scrupuleusement respecté comme cela se fait dans d'autres pays? Deux concepts en lingala: "Yebela" et "Wumela" ont été pondus dans la foulée pour résumer ces deux attitudes contradictoires. Le concept de "glissement" a reçu des connotations politiques dangereuses que le pouvoir tente désespérément de calmer. En fait, il n'y aura pas d'élection cette année 2016 afin de permettre des élections appaisées. Et ce 19 septembre, date butoir, est le premier d'une série d'événements qui s'annoncent houleux et troubles.
Tout le monde se rend compte que la situation est critique, fragile et tendue. Tout le monde croit qu'ils ont raison d'agir comme il le font. Le pouvoir se sert des institutions officielles; l'opposition de la rue, lieu d'affrontements et de changemen. Tout cela au nom de la démocratie et de la constitution. Encore une fois, démocratie, pas pour nous!

16 sept. 2016

Vous avez dit "Politique" ou "Mani pulite"?

Suivez les politiciens. C'est le seul métier où l'on dit à son interlocuteur (au peuple): "voilà, je vous trompe; croyez-moi." Beaucoup de métiers sont réputés être mauvais, alors mauvais puisque immoraux dans leur essence comme dans leur pratique. Je ne vous les décrirai pas puisque vous les connaissez, et pouvez les citer spontanément. Mais la profession politique a aussi une mauvaise réputation toute singulière. "Politique = mensonge", "Politique = voler, tuer, terroriser, violer, et en sortir immaculé comme neige blanche:" "Politique = berner les électeurs." Tout est dans l'habileté ou la prestidigitation dont on fait montre.Je pense à Kadhafi, le dictateur, qui a été tué avec l'appui des forces internationales soit disant mandatées par les Nations Unies. Mais en fait, pensez-vous une seule fois que Mr Nicolas Sarkozy y avait engagé la France pour défendre les Libyens? Ce serait naïf que de le croire. La vraie histoire se narre en sourdine, pas au grand jour. 
Ce matin, j'ai suivi le discours de Mr. Tambwe Mwamba, ministre rd-congolais  de la justice, à propos des élections. Alors là, je suis redevenu littéraire. Un littéraire qui lit le texte et l'interprète. Voilà ce que j'ai lu:
« C’est un défi pour notre pays. Nous sommes majeurs et nous ne voulons pas de chantage. Nous allons revoir l’ensemble des priorités nationales. Nous allons bloquer la construction des routes. Nous allons bloquer le réaménagement des chemins de fer. Nous allons réduire le nombre d’écoles nouvelles et d’hôpitaux nouveaux. Nous vous annonçons solennellement que ces élections nous allons les financer. Notez cela. Je l’ai dit à deux partenaires qui m’ont vu ce matin que nous allons financer ces élections(…). Vous pouvez le noter : C’est un défi que nous nous sommes fixés, que le président de la république a fixé à son gouvernement. » 
(Source: https://actualite.cd/2016/09/14/thambwe-mwamba-allons-reduire-nombre-dhopitaux-decoles-a-construire-financer-elections-audio/)
Est-ce que vous lisez aussi ce que moi, littéraire, je lis? Entendez-vous les sous-entendus de cette sortie médiatique? Juste une question: "Vous êtes professeur à l'Unikin et à l'UCC. Comment devriez-vous organiser votre grille horaire? Le problème est que les routes entre l'Unikin et les deux campus de l'UCC ne sont pas praticables. En d'autres termes, le ministre nous dit: Attendez les élections pour que vous puissiez vous déplacer aisément entre les deux institutions universitaires." Faites-vous "chargeur" ou "kuluna" pour joindre aisément les deux points d'apprentissage du savoir. Pas de meilleure solution.
Attention: Le ministre engage à la fois le gouvernement central et le dialogue inclusif organisé pour résoudre l'énigme des élections. Mon amie journaliste suisse qui n'est ni littéraire ni encore moins politicienne s'étonne: "Comment peut-on réduire ce qui n'existe pas? Je ne comprends pas comment vous Congolais fonctionnez. Vous ne percevez pas que cette déclaration aurait été intéressante si elle avait été dite deux ou trois années auparavant. Preuve que les élections tombent comme une improvisation alors que le mandat du président touche à son terme. Elles n'ont jamais été une priorité pour le gouvernement."

A propos de "Vierzig"

Lorsque je suis arrivé en Suisse pour des études de lettres, j'étais intrigué par la langue allemade suisse, le suisse allemand comme on disait. Habitant chez les missionnaires d'Immensee à Tory, j'ai très vite été confronté à ce nouvel environnement linguistique bilingue. La transition n'était ni difficile ni facile, j'ai pris le temps de m'adapter sans trop de problèmes. J'étais néanmoins surpris d'entendre "Vierzig" un peu partout: "Mais qu'est-ce que ces Suisses ont avec ce chiffre 40 qu'ils répètent à longueur de journée?" Loin de moi l'idée que c'est une formule de salutation. Arrivé mi-novembre 87, je me suis organisé pour fêter le Nouvel An 88 à Munich. Là, je me suis remis dans l'ambiance bavaroise qui m'était relativement plus familière. "Grüss Gott" se dit en Bavière pour entamer un dialogue au téléphone, au restaurant, à la poste, en route, partout. Sur mon chemin retour, les controleurs ou douaniers suisses, qui sont montés dans le train à Bregenz, dévoileront l'énigmatique casse-tête en saluant: "Grüezi miteinander". Déclic dans ma tête! "Ah bon, me suis-je dit, le fameux Vierzig que j'entendais était en réalité Grüezi" C'est la première fois que j'ai entendu ce mot aussi clairement et nettement prononcé. Est-ce que ceux qui me l'avaient dit auparavant le prononçaient mal? Je ne saurais l'affirmer d'autant plus que c'était leur langue maternelle. C'était plutôt moi dont l'oreille n'était pas habituée à la diction  suisse allemande. A partir de ce séjour en Allemagne, le suisse allemand devient un peu plus compréhensible. Il m'a donc fallu, aussi paradoxal que cela paraisse, un detour par la Bavière pour comprendre le Schweizerdeutsch ou Schwiitzertüütsch. Depuis, je me suis débrouillé tant bien que mal dans mes activités pastorales à Muttenz, Burgdorf, Riehen, Bern, Gstaad, Zweisimmen,  etc. Une expérience très instructive pour un homme sensible aux traits de langues. Dans une langue étrangère, on perçoit souvent autre chose que ce qui est dit, on sélectionne souvent les sons pour tenter de créer une signification. Pourquoi le cours de français proposé par le Commandant au roi Djigui a-t-il été interrompu? C'est qu'en réalité il entendait le français en malinke, et cela donnait des phrases indécentes, moralement condamnables. Ce fut aussi mon approche face au suisse allemand.

6 sept. 2016

Passing of Prof. Isidore Okpewho

Isidore Okpewho (November 9, 1942 - September 4, 2016)

by Olabode Ibironke
(Cross-posted from the ALA list)

It is with great sadness that I write to let you know of the death of a giant of African literature; a teacher, activist, mentor to many, and friend of the ALA, Professor Isidore Okpewho. He died peacefully at a hospital in Binghamton, NY. During his distinguished career as a prolific writer and the foremost scholar of oral literature, Professor Okpewho taught at the University of New York at Buffalo (1974-76), the University of Ibadan (1976-1990), Harvard University (1990-1991) and since, at the State University of New York at Binghamton. He was awarded the 2011 Fonlon-Nichols prize.
Juliana Makuchi Nfah-Abbenyi
President, African Literature Association

5 sept. 2016

Bruder Bernhard Doebeli SMB in memoriam

Während meiner Studienzeit in der Schweiz waren für mich die Immensee Missionare von Bethleem meine Familie. Fünf Jahre lang haben sie mir geholfen, meine Studien erfolgreich zu führen. Durch das Justinus Werk und meine persönliche Beziehung zu einigen SMB-Mitgliedern hatte ich mich in der Schweiz wirklich zu Hause gefühlt. Und Bruder Bernhard Doebeli gehört unter anderen zu den jenigen, die mir das Leben erleichtet hatten; er hat mich immerwieder ermütigt, Deutsch zu sprechen. Ich bedanke mich. Ruhe in Frieden! Möge Dir der Liebe Gott ewiges Leben und unendlichen Frieden schencken. 
Le Frère Doebeli est décédé en juin 2016 à l'âge de 90 ans. Cet homme qui se douchait toujours à l'eau froide, m'a fasciné non seulement par sa simplicité et sa modestie, mais aussi par son sens d'amitié et sa constante disponibilité à aider. Jamais je ne l'ai entendu se plaindre ni s'énerver devant une situation difficile. J'ai admiré son sang-froid une fois que le P. Baumgartner avait explosé je ne sais plus pour quelle raison. Il a gardé silence, et s'est contenté de l'inviter à la patience. Le Frère Bernard était l'intendant de la communauté de Tory: il faisait les courses, s'occupait des provisions, du jardin, de l'entretien de la maison et des environs. Un métier ingrat lorsque quelque chose clochait, mais qu'il assumait avec un dévouement sans pareil. Lorsque ma mère de Munich, Theresa Weingrärtner, venait à Fribourg, il ne manquait pas de l'inviter à prendre un déjeuner à Tory. Sur sa suggestion, elle a même une fois séjourné à Tory. Juste pour souligner combien le frère Bernard était un homme de Dieu, accueillant, serviable et généreux.
Engagé socialement, il accueillait et hébergeait Edgar, un handicapé physique et mental, avec une patience désarmante. Une leçon pour moi, car il remettait cette personne à la dimension de sa noblesse humaine. Un soir de Noël 1991, les prisonniers de Bellechasse n'auraient pas eu de messe si le Frère Bernard ne m'avait pas demandé d'aider et cédé la voiture de la communauté. J'ai aussi bien connu ses confrères Joseph Kuster ou Joseph Steiner.
Durant la deuxième guerre mondiale, Bernard était jeune homme dans son village. L'enseignant du village avait réussi à convaincre tous les enfants du village que Hitler ne prendrait jamais leur village, qu'il serait défait sérieusement s'il osait s'attaquer à leur village. Alors, décidés avec un acharnement indeffectible, les jeunes patrouillaient la nuit et assuraient la sécurité du village, munis de fusils et autres matériaux de guerre. Ils étaient même convaincus que Hitler avait peur d'eux, n'oserait jamais s'aventurer à les attaquer. (C'est moi qui ajoute ce détail. Modeste appréciera). C'est seulement lorsque la guerre était terminée, qu'il s'est rendu compte de l'illusion dans laquelle ils étaient bercés et bernés pendant tout ce temps. Comment pouvaient-ils gagner une guerre contre Hitler qui était équipé d'avions et d'armes les plus sophistiquées? Du moins, ils y avaient cru, et leur village n'a jamais été pris ni vaincu.
Encore une fois, merci frère Bernard Doebeli, pour tant de bienfaits! Que ton âme repose dans la paix du Seigneur!