9 févr. 2018

L'histoire des vaches étrangères

Lorsque j'étais dernièrement au Congo, j'ai comme tout le monde appris le passage de plusieurs centaines de vaches dans les provinces du Kwilu et du Kwango. Des inconnus venus d'on ne sait où trimbalaient leurs vaches. Des étrangers qui ne parlaient aucune langue du terroir traversaient d'inmmenses contrées avec leurs vaches rouges et encornées. On les disait tantôt des soldats rwandais déguisés tantôt des Tushis décidés à occuper contre une vache des vastes territoires pour leurs élevages. Il semble qu'ils négocient l'obtention du terrain moyennant une vache qu'ils remettent aux propriétaires des terres. Cela n'est pas sans me rappeler quelque chose que j'avais appris lors de la conférence du CRN - Congo Research Network - il y a quelques années à Cambridge, GB. C'était en 2014, et j'avais fait un rapport sur ce blog (27 décembre 2016). 
A ce colloque étaient présentés des exposés qui tentaient d'expliquer les causes des conflits endogènes qui existent entre paysans et éleveurs. Une chercheuse belge spécialiste des conflits des Grands-Lacs avait notamment soutenu que les éleveurs seraient naturellement plus doués pour le commerce, les affaires, la gestion des revenus de la terre que les paysans qui sont souvent passivement soumis aux vicissitudes des intempéries. L'éleveur serait, selon elle dynamique, zélé, plein d'initiatives alors que le paysan, statique et amorphe, attend que le ciel lui accorde la pluie et le beau temps. L'éleveur, guerrier et belliqueux, ne craindrait ni l'aventure ni l'inconnu alors que le paysan s'asseoit sur ses lauriers. Il affronte le monde au lieu de le subir. Je pourrais retrouver le nom de la conférencière, et le titre exact de son intervention, si besoin est. Pour l'instant, je m'en tiens à l'essentiel. La présence des vaches étrangères sur le territoire congolais ne date pas d'aujourd'hui.
Cela fait des années que nous apprenons l'occupation de la terre congolaise par des pasteurs de cheptel, des Mbororo - allez-y voir! - venus d'Ouganda dans le sillage du mouvement de LRA. Ils y sont encore et ne manifestent aucune intention de quitter le Congo. Ma mémoire est vague. Nous apprenons également qu'ils commettent des dégâts sur la population, sur les terres qu'ils envahissent sans que les habitants réagissent. D'aucuns soutiennent que c'est le même mouvement d'occupation avec un appui subreptice d'une armée déguisée ou explicitement exposée au cas ces mêmes éleveurs ne seraient pas armés.
Dernièrement, j'ai comme tout le monde lu l'intervention de Mr. Placide Kazundu, chef de territoire de Kenge. J'ai vu les vidéos du passage de ces vaches et leurs bergers du côté de Masamuna. J'ai vu les vidéos qui rapportaient la visite à Kenge de Mr. Muzito, ancien PM. La population locale est inquiète que leur terre leur soit arrachée de force tant que les autorités du pays n'interviennent pas. Elle craint une invasion en douceur, mais encore plus musclée étant donnée que l'identité des bergers de ces vaches demeure suspecte et floue. Le plus inquiétant, c'est le silence du gouvernement du pays pourtant censé éclairer et rassurer la population. Ne soyons pas dupes.
Que des étrangers traversent notre pays en quête des paturages pour leurs bêtes sans qu'ils soient interrogés ni dissuadés laisse pantois. Avons-nous encore des frontières? C'est la question qu'on doit se poser. Sommes-nous encore en sécurité? Sommes-nous encore sur des terres qui nous appartiennent. Qu'on ne touche pas à mes terres de grâce! J'estime que nous avons le droit de savoir ce qui se passe ou se trame derrière ces mouvements car les interprétations vont dans tous les sens selon qu'on soutient ou pas le régime.   

6 févr. 2018

Quelques réflexions

Claver,

Tu reviens du pays, et tu ne sais pas nous présenter des réflexions plus solides que les fadeurs que tu étales là. J'en suis presque dégoûté. Je dirais même que tu es devenu un poltron et que tu es trop tendre envers un régime impitoyable. Tu devais être à Kinshasa lorsque le Pasteur Ekofo s'est adressé à la MP et les a confondus dans un pamphlet sans précédent. Ton attitude me paraît complice, irresponsable et indigne de l'intègre professeur et interprête d'événements que tu as toujurs été. Tu as manqué de courage; plutôt que de dire les choses telles qu'elles sont, tu es complu dans les mensonges débités à longueur de journée. Des gens sont enlevés, torturés, tués, grillés et émasculés, tu ne trouves rien à dire que d'inviter des spécialistes pour déchiffrer le temps du temps. C'est d'affreuses attrocités que tout intellectuel, quelles que soient ses positions idéologiques, doit dénoncer avec force et courage.
Tu m'as révélé avoir été plus à l'aise à l'intérieur qu'à Kin. C'est que le terrorisme d'état bat son plein dans la capitale et les grandes villes congolaises. Avec sa pléthore des forces mercenaires, le pouvoir ne tolère aucune tentative de rassemblement; il n'autorise aucune marche de protestation, aucune commémoration, et surtout aucune discussion sérieuse en matière de gestion de la nation. Le pouvoir traité de médiocre par un Prélat catholique s'en prend à tout citoyen qui ose dire haut et fort ce que les autres pensent tout bas. Bien sûr des rêveurs comme toi sont les bienvenus dans ce pays, vous ne causez aucune tracasserie aux autorités parce que vous fonctionnez hors-circuit, en dehors de paramètres d'activistes. Je t'exorte donc à davantage t'impliquer dans les problèmes administratifs ou socio-culturels du pays."...

Merci pour tout
GF

Ma réponse:

GF,
Je te remercie pour tes remarques, mais tu oublies les réalités de ce pays. Tu aimes la RDC que tu as découverte par mon canal. Tu t'es au fil du temps entourée d'activistes de tous bords qui t'influencent sérieusement au point de me traiter de "rêveurs". Une telle méprise montre que tu rêves d'une RDC que tu ne connaîtras jamais de l'intérieur. Je te pardonne, et t'invite à l'esprit critique qui a jadis marqué le temps de nos études communes.
En toute amitié, 
C

4 févr. 2018

Quelques réflexions

De retour du Congo j'ai entrepris quelques réflexions que j'aimerais livrer aux amis et amies de ce blog. Je vais parler de deux ou trois choses avant d'aborder la situation politique.
Une pauvreté sans nom. Les miens, les nôtres, vivent dans une situation de précarité extrême. On dirait qu'ils passent à côté de la vie. Les quelques-uns qui s'en sortent sont sommés de nourrir toute la famille, de subvenir aux soins de santé et d'hygiène des autres, et d'intervenir financièrement dans l'éducation, la santé, l'hébergement de leurs parents. Ainsi donc des tracasseries psychologiques de tout genre entourent ces gens au point qu'ils ne peuvent jouir entièrement de leurs avoirs. Il paraît que la solidarité africaine n'a de sens que dans un sens. Celui qui a donne à celui qui n'a pas. Et cela sans limite ni considération des relations qui les lient. Un frère, un cousin, un neveu, un oncle, tous méritent qu'on s'occupe d'eux au même titre. Une sœur, une cousine, une nièce, une tante méritent une attention spéciale de la part de celui ou celle qui séjourne temporairement au pays. Notre population vit dans une pauvreté qui lui colle à la peau. Cela se sait, se dit, mais demeure sans fin. Comment éradiquer la pauvreté qui constitue notre seconde nature?
Un système de transport qui se développe. Les gens se déplacent aisément sur les routes de l'Ouest du pays. Je ne parle que du tronçon que je connais. Et la route asphaltée semble tenir malgré les menaces constantes d'érosion. Coup de chapeau aux autorités et aux offices chargés d'entretenir ces routes nationales. Tu parles? Rien n'a changé. Ce n'est pas mieux qu'il y a trente ou quarante ans. Allez-y voir. Je n'aime pas ce discours rétrograde. Je ne parle que de ce que je vois. Je suis impressionné par la rigueur de Transco en matière de ponctualité, de sécurité, de respect des voyageurs et de protection des biens. Il y a d'autres compagnies de transport mais qui n'atteignent pas l'excellence de Transco.
Des individus motivés et engagés. De Kenge, je garde un souvenir admirable pour mon frère et ami Freddy Mayamba. Ce monsieur possède une force intérieure époustouflante. Devenu handicapé par un accident attribuable à l'erreur humaine, FMK se débat et continue sa vie avec un courage qui vous coupe le souffle. Enseignant dans des instituts supérieurs de la place, il anime la Croix Rouge, modère l'association des handicapés de la province du Kwango. Et par dessus tout, sa voix vibre à travers les ondes radiophoniques de ... Le nom de la radio m'échappe. Qu'importe! Quand il reviendra, je le mentionnerai. Cette liberté que je m'accorde constitue l'élément fort de ce blog. Peut-être aussi sa faiblesse. Du moins je crois que ce genre d'omissions ne m'empêche nullement de publier mes articles. Coup de chapeau Freddy!



J'ai vu des femmes, des jeunes se débrouiller dans différents secteurs de la vie commerciale. Ils possèdent de petits stands au marché. Chacun a un petit ligablo pour nouer les deux bouts du mois. Ma belle-soeur exerce trois métiers. Enseignante dans une école de la place, vendeuse au marché en face de la procure, et secrétaire à la fonction publique, elle organise sa journée selon ses intérêts et devoirs. Chapeau Maman. Je vous admire et vous soutiens dans cette aventure de survie. Vous vivez dignement. Respect!

Des malicieux imposteurs, il y en a aussi, et beaucoup. Dans la nuit du 15 au 16 janvier autour de 20h, j'avais envoyé mon neveu Le Petit et ses amis me procurer 200 unités Vodacom pour mon cellulaire. Eh bien, l'argent - 3600 FC je crois - a été encaissé; mais les unités n'ont jamais été livrées. Mon erreur a été de ne pas vérifier illico la transaction. Le recours le lendemain n'a rien apporté, l'individu a disparu de la circulation. Et comme je devais voyager ce matin-là, j'ai abandonné le cas.

S'il est une chose qui m'a intrigué pendant mon dernier séjour au pays, c'est l'incertitude du lendemain, c'est la méfiance. Les temps sont durs. Il y a on dirait une sorte de trauma face aux événements socio-politiques. Le fait que le pouvoir en place et l'Opposition ne s'accordent pas sur le calendrier électoral ni sur les principes d'organisation de ces élections, embrase la peur de part et d'autre. La nervosité se sent dans l'air. La tension est au bord de l'explosion. N'étant pas politologue, je réserve aux spécialistes le soin de décoder les signes énigmatiques de ce temps. Ouvrons l'œil, et le bon.    

2 février - La Saint Blaise

2 février. Mois de la fièvre, février expose traditionnellement à des maladies de la gorge. C'est pourquoi l'invocation de St Blaise est importante afin d'éloigner de l'humanité fièvres et grippes, ces maladies aux contours souvent imprévisibles. Je n'ai vécu de ma vie cette cérémonie que chez les Missionnaires de Bethleem à Fribourg. Le même scénario chaque année: le Père Lovis SMB croisait deux cierges, et chaque membre de la communauté passait devant lui pour recevoir la protection divine. C'est une tradition religieuse du terroir comme la Bénichon ou, plus prosaïque, la Braderie de Porrentruy. Je pense à Laure Frélechoux ou à Fabien Crelier. Trêve de divagation! Revenons à la fièvre.
Ceci n'est pas sans rappeler cela. Je me souviens de mon passé. Ma D n'aime pas trop que je parle de mes amours passées. Je fus aussi un amour. Ma muse s'ennuie, s'énerve, et parle avec agressivité; je change de sujet. Alors je décide de parler de mes fièvres et grippes. La fin de janvier a été longtemps un temps de malaria pour moi. Je sortais du lit pour présenter les examens du premier semestre. Bon février à mes chères lectrices et à mes chers lecteurs. Professeur, on est ensemble. Que Saint Blaise nous porte secours et protection contre les maux de gorge! 

Lettre ouverte d'Alain Mabanckou à Emmanuel Macron


https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180115.OBS0631/francophonie-langue-francaise-lettre-ouverte-a-emmanuel-macron.html


Il y a tellement des sujets

Je vais essayer de renouer avec mes habitudes. Depuis décembre, j'ai connu une irrégularité très marquée. Je dois avouer que j'ai eu un semestre difficile, peut-être le plus difficile de toute ma carrière professorale à Cave Hill. Et pour cause? Je me suis vu imposer 6 heures de cours que je n'avais pas du tout prévues. 6 heures pour des étudiantes dont les horaires ne suivaient pas le cours normal des enseignements. Là alors, déontologie professionnelle oblige, j'ai dû accepter d'enseigner un cours de langue supplémentaire. Soit. C'est aussi cela la collaboration dans une institution. Et j'étais motivé par le concept de "Student Centred" mis en exergue depuis quelques années par notre institution universitaire. Pendant tout le semestre, j'étais obligé d'enseigner le Français pour débutants mardi, mercredi et jeudi de 3 à 5 heures. Un bel exercice de pédagogie universitaire auquel je me suis dédié sans arrière-pensée.  Un exercice exigeant et fatiguant à plusieurs égards.
De deux. Cette année a été sur le plan académique la moins productive. J'entends en termes de publications. Je crois avoir dégainé légèrement. Après plusieurs années d'intenses productions, le corps a fini par réclamer ses droits. On dirait que le blog a remplacé l'écriture d'articles scientifiques. Par contre, j'ai participé à plusieurs colloques et conférences ici comme ailleurs. J'ai pris l'option de prendre part à toutes les rencontres intellectuelles qui ont lieu sur notre campus, dans lesquelles je peux apporter ma contribution. Quoique locales, ces conférences ont l'avantage d'amener sur place des éminents collègues dans différents domaines du savoir. J'ai apprécié le colloque des Panafricains où j'ai parlé de Lumumba; le colloque Island In Between où j'ai donné un état de la question linguistique dans la littérature caribéenne; ou encore le CHIPS (le symposium philosophique de Cave Hill) dont je suis, mis à part les organisateurs, l'un des participants les plus fidèles. Les collègues le mentionnent, attendent que je fasse quelque chose; et j'y vais volontiers. Les conférences ont l'avantage de rassembler spécialistes et non spécialistes autour d'un thème donné ou d'une question d'actualité. L'on est informé des dernières avancées dans différents domaines de recherche. L'on découvre une panoplie d'approches des sujets. L'on donne et l'on reçoit, comme aurait dit Me Senghor. L'on inspire et l'on est inspiré.
De trois. Ce blog est pour moi le lieu d'un épanchement intellectuel et culturel. Je le tiens depuis bientôt dix ans. Je le tiens parce qu'il me donne l'occasion de dire ce que je pense sur n'importe quel sujet. Je le tiens parce qu'il me met en relation avec le monde. Je compte des lecteurs à travers le monde. J'essaie de varier les langues afin de rappeler mes racines suku, yaka, congolaises ou africaines sans négliger mon être-citoyen du monde. Ouverture sur le monde va avec prise de conscience de soi. J'essaie de varier les sujets allant des plus banals aux plus sérieux bien que je me méfie d'étaler un pédantisme sulfureux. L'essentiel pour moi, c'est d'exprimer clairement ma pensée. C'est un exercice à la fois aisé et difficile. Par la force des choses, j'ai appris à écrire sans me préoccuper du "qu'en dira-t-on". Par la force des choses, j'ai appris à dépasser la peur de dire quoique j'évite les sujets polémiques, quoique j'aborde la politique avec un surprenant humour, quoique je revendique sans hésitation mon statut inaltérable de littéraire. Quoique... quoique... Il y a tellement des sujets que je ne saurais par lequel commencer. Je laisse l'univers m'inspirer. Je laisse les vibrations des plages caribéennes qui font face à l'Afrique et aux Amériques le loisir de creuser le tréfonds de mon être.
Enfin, un mot pour ma D: "Nul ne t'arrachera de mon cœur. Lusm!"

3 févr. 2018

Enfin l'Internet est là

Depuis le 12 décembre 2017 jusqu'à ce jour, nous sommes restés sans Internet à la maison. Raison: changement d'adresse et de domicile. Je suis pourtant allé à Flow pour que le téléphone soit délocalisé tout en gardant le même numéro. On m'a promis que ce serait fait dans les cinq jours de travail qui suivaient. Eh bien, ce n'est qu'aujourd'hui que c'est fait. Pour cela il nous a fallu utiliser des relations. Plus précisément, Andorra, qui travaille à Flow. Nous lui sommes très reconnaissants car en moins d'une semaine  le téléphone est activé et un nouveau modem installé.
Nous sommes de nouveau partie du monde.