19 févr. 2018

Je ne veux pas sortir en pyjama


17 février 2018. Hier soir, vers 18h40, j'ai conduit Claver Jr au marché du Holetown Festival où étaient sa mère et sa sœur. Arrivé au parking, Claver refuse de sortir de la voiture. Je sors prendre des effets, car il est prévu de faire deux tours. A mon retour, il est toujours sur son siège. Lorsque je lui demande de rejoindre sa mère, il me surprend:
- "Je ne veux pas sortir de voiture parce que je ne veux pas que les gens se moquent de moi"
- "Que les gens se moquent de toi? Pourquoi?
- "Parce que je suis en pyjama"
- "En pyjama? Mais tu es en tenue africaine. Au contraire les gens t'admireront au lieu de se moquer de toi."
- "Non papa, tu ne comprends pas. Alors, dans ce cas, tu m'accompagnes"
- "Non mon fils, je ne peux pas. Tu dois avoir le courage de te défendre par toi-même. Tu connais le chemin, va simplement, ne t'occupe de personne, ne regarde ni à gauche ni à droite."
-"Alors, je reste dans la voiture."
- "Que non, dis-je. Tu vas chez ta maman sinon je me fâche."
... Quelques cinq minutes s'écoulent. Je ne bouge pas. Il ne bouge pas. Quelques discussions encore. Je monte le ton:
- "Il n'est pas question que tu restes ici. Va au kiosk de ta mère."
- "Dans ce cas, comme tu ne veux pas m'accompagner, je me fraie un chemin moi-même."
Il retourne jusqu'au coin le plus obscur, contourne le parking, va sur la grande rue et rejoint le kiosk de sa maman par derrière. Il a évité d'être vu. Mais dès son arrivée, des clients ont souhaité avoir sa tenue aux couleurs vertes du MPR. En plus, l'initiative de mettre ce costume est venue de lui-même. IClaver Jr aurait pi effectuer une belle petite parade vestimentaire dont African Fashion pouvait aisément tirer profit.

Au fait, ce n'est pas la première fois que j'entends cette histoire de tenue africaine vue comme pyjama par un enfant né outre-mer. Le fils de Kwame, un frère ghanéen, avait dit la même chose, alors que son père le forçait de mettre un boubou qui lui a pourtant coûté très cher.

Une semaine cauchemardesque

De toutes les semaines de cette année, la semaine du 11 au 17 février a été la pire. Du moins jusque là. Sur beaucoup de plans, il y a eu beaucoup d'anicroches. Par contre, je me pose en tout de façon positive; au milieu des tourments de la vie, j'ai un sens d'optimisme qui me fait croire que le lendemain sera meilleur. Dieu merci, je suis entouré de personnes qui m'aiment et m'aident à surmonter les difficultés. J'ai des ami(e)s qui me donnent des conseils appropriés. Et là, comme toujours, j'en arrive à découvrir les fonds des pensées.
Février est un mois important dans ma vie. Mois de délibérations décisives de ma vie. Mes intimes savent de quoi je parle au cas où ils ne retrouveraient pas des signes sur ce blog. Autour de moi de personnes proches célèbrent leurs anniversaires: Koka, Shemsi, Jean-Louis comme Mama Mapasa. Même des amis récents comme Joy et Stephen.
Il est des temps où rien ne marche. "Kana kima kele ya nge ve, yo ta kusokuka bonso lumba" (sic), dixit Mgr Edouard Mununu, évêque émerite de Kikwit, lors des vœux perpétuels de sœurs en 1987 à Soa. Je préfère ne pas traduire afin de garder la saveur de ce dicton si profond. J'ai pris la grave décision de briser un lien que je croyais important, qui est devenu fade, tourné en vinaigre après tant d'années d'illusions et de désillusions. Eh oui, c'est la vie. D'autres incidents mineurs se sont ajoutés à cette série comme pour me rappeler que je ne suis qu'un simple humain.
Revenons sur le sol. Il y a dix jours, j'ai remis ma vieille carcasse de BMW à un mécanicien afin de réparer le "Central Lock", vu que les quatre ou cinq portières ne se fermaient plus automatiquement. J'ai cru qu'il s'agissait d'un problème électrique, et j'ai sollicité les services d'un électricien attaché à un garage. Malheureusement, le boulot prévu pour quelques heures s'est éternisé en jours. Un expert en la matière appelé à la rescousse n'a pas trouvé mieux que de descendre le tableau de bord et s'est vu incapable de remettre la machine en marche. Le système antivol a été déclenché. D'autres spécialistes sont intervenus sans que la machine ne redémarre. Hier, après la messe dominicale, l'idée m'est venue de contacter un co-paroissien, Mr R. Boyce, qui possède deux de ces bolides allemands mais qui sont dans un état de loin meilleur que le mien. Je suis très attaché au mien et attend qu'il finisse doucement, mais ça pourra encore durer des années. Il m'a recommandé son mécanicien nomme Ivan dont il a dit tant de bonnes choses. C'est ce dernier qui vient de réparer le véhicule après dix jours d'attente, d'incertitude, d'ennuis. La carcasse peut de nouveau rouler sans vergogne et défier les derniers cris.
Or justement, à cause de cette panne, il m'a été très difficile de m'organiser. Par exemple, le matin du vendredi était prévu que je passe à une émission "Morning Barbados" dans le cadre de l'African Awareness Month (Mois d'Eveil Africain) à 7h00. J'ai pris un taxi qui m'y a conduit plutôt à 7h30, obligeant la CBC à  me reprogrammer pour 30 minutes plus tard. Heureusement que tout s'est bien passé. Cette semaine arrivent mon beau, Éphrem de Londres et ma belle, Mado de Strasbourg. Imaginez le cauchemar qui se poserait, sans cette voiture. Bon voyage et bon séjour chez nous!
J'ai toujours clamé que je suis un béni de Dieu. Je le répète haut et fort: "I am blessed". Beaucoup de choses se résolvent d'elles-mêmes pour moi. Je suis entouré de vibrations positives qui font que je me sente à l'aise et garde mon optimisme, même au plus mauvais moment. J'ai même eu un cauchemar: des gens armés ont tiré sur moi, je me suis réveillé en sursaut il y a trois ou quatre jours. Le censeur a fonctionné... comme toujours. La main de Dieu veille sur moi. Trêve de cauchemars.         

Joyeux anniversaire Koka


18 février. Bon anniversaire Trinité, ma sœur chérie. Que Dieu vous bénisse toi et ta famille!
Je me souviens de la période de la naissance de Trinité. Elle est née à Kimbau comme Béa, Rigo, Vicky et Nico. J'étais au petit séminaire de Kalonda, papa m'avait envoyé une lettre m'annonçant la nouvelle. A Pâques de cette année-là, je ne sais plus comment les choses se sont passées, nous nous sommes retrouvés à Mutoni avec l'abbé Firmin Kilunga, et le groupe des séminaristes et juvénistes de Kimbau de cette époque: les Mukangu, Mawana, Munday, Muzembo et d'autres.  Il y avait aussi Pierre Maseyi; c'était l'époque où l'on dansait "Valentine e ngo nalapi Nzambe ngo tofanda libela". Koka fut baptisée par l'abbé Firmin. Le père Everard n'était pas là, mais les sœurs Carmélites Nuria et Trinidad.  

15 févr. 2018

La grandeur du coeur

"Claver,
La lecture de tes articles sur la St Valentin m'a rappelé un vieux souvenir qui m'a rattrapé hier: "La grandeur du coeur." Ce fut le titre d'un texte que je composai du temps où j'étais poète. Je le composai d'un trait. A l'époque, je croyais que le coeur de l'homme était grand alors que la réalité le montre petit, puissant mais plein de choses. L'occasion de la Saint Valentin que je ne fête pas me fait de nouveau penser à cela. Petite partie du corps, mais puissant moteur vital. Il est surtout plein de choses, c'est pourquoi semble-t-il, il est grand.
Générosité, gentillesse, finesse, mesure, amour, toutes les vertus y trouvent leur place. Mais ce n'est pas tout. Tous les vices y ont aussi leur racine. Un bon coeur comme un mauvais coeur. C'est selon. A vouloir faire du bien, on finit parfois par déchanter. J'en ai eu l'expérience hier. J'ai eu le malheur de joindre au téléphone une personne, une amie de jadis que je croyais encore l'être. Je l'ai appelée pour lui souhaiter une bonne St Valentin, mais elle était sans doute dans une très mauvaise humeur. Convaincue que je l'ai appelée pour me moquer d'elle, elle  m'a débité des histoires à dormir debout, qui me concerneraient depuis plus de vingt ans et que je n'apprenais que hier. Elle m'a insulté, sorti des choses tronquées et falsifiées à son gré, des avanies que je ne pouvais tolérer car j'ai de la personnalité, moi. Du genre
-"Tu ne m'as jamais aimée. Tu sortais déjà avec celle que tu as épousée alors que nous étions ensemble. Imbécile que j'étais, je me suis laissée prendre. Tu as abusé de ma confiance."
- "Faux, et faux. Ce n'est pas vrai ce que tu racontes. Tu as pris un autre copain, ce n'était jamais mon initiative. Ce dernier, fils de magnat, t'aurait promis monts et vents, richesses et gloires. C'est toi qui l'as voulu. Huguette, je l'ai rencontrée bien des années après toi. Tu le sais très bien."
- "Maintenant avec l'âge, je suis convaincue que tu ne m'aimais pas."
-"Tu ne me l'avais jamais dit à l'époque. C'est toi qui as rompu notre amitié. Je ne t'en veux pas du tout. Je crois que j'ai commis une erreur de t'appeler en ce jour. Excuse-moi, etc..."
La suite a été une série d'insultes, tout le fiel est sorti de sa bouche. Même mon autre ami qui a eu le malheur de convoler avec sa cousine, a été impliqué, vilipendé, traité de tous les diables. Alors, je me suis interrogé sur la grandeur du coeur que je soutiens comme un principe de vie. Erreur, naïveté, il faut revoir les principes. Le coeur en réalité c'est la somme de tout ce qui y entre. Sa grandeur est morale.
Je me suis trompé. Claver, j'espère que tu peux comprendre mon embarras. Merci d'avance pour tout en ce jour mémorable.
Cura ut valeas!
Emile N."

Ma réaction à chaud:

Emile,
J'estime pour ma part que le coeur garde sa grandeur quoi qu'en pensent d'autres personnes. Tu ne t'es pas trompé. L'expérience de la vie s'enrichit avec le temps ou l'âge. Ton amie que je connais bien par ailleurs est de ce genre. Elle met en scène des histoires qu'elle arrange, hélas malhonnètement, à sa façon de sorte à te donner une responsabilité sur ses échecs personnels. Votre relation a vécu, il faut l'oublier. Aha. Il ne faut pas revenir au passé, car cela donne l'impression que tu voudrais la reconquérir. C'est le conseil que m'a donné récemment une de mes amies. Que de l'avoir appelée pour la St Valentin a été une erreur. Cela t'aurait évité des insultes inutiles. Sens toi toutefois libre dans ta décision car un conseil n'est qu'un avis, il n'oblige à rien. Ne change rien à tes convictions: le coeur a sa grandeur.

14 févr. 2018

La Saint-Valentin

"Claver,
J'ai bien lu ton article sur la Saint Valentin. Ta position semble à la fois pour et contre. Tu reconnais la liberté de célébrer l'amour en même temps que tu défends le devoir d'observer les commandements de l'église. Tu juges que le dilemme du choix entre la Saint Valentin et le Carême est faux. Tu dis ne pas être amateur de la fête des amoureux, tu défends par contre leur droit à la célébrer. Tu reconnais l'exigence du repentir imposé par le Carême sans remarquer la contradiction qui se dresse entre les deux réalités. Je suis adepte de la Saint Valentin.
Voilà bientôt vingt ans que mon épouse et moi sommes mariés, vingt ans que nous tenons ce jour pour un moment intouchable car, nous sommes convaincus, qu'il scelle notre amour d'une façon spéciale. Ce jour-là, nous allons dîner aux chandelles dans un restaurant chic de notre choix. Il y a quelques années, nous nous sommes offert le luxe d'une croisière en bateau. Une autre année, nous avons fait un voyage dans une île paradisiaque. La plupart du temps, nous sommes restés à la maison et des fois il est arrivé que je fasse la cuisine le soir. Autant d'idées pour consolider notre amour. 
Ajourd'hui, nous avons préféré intégrer notre Saint Valentin dans la célébration du Carême. Nous nous sommes rendus à la messe paroissiale, avons participé à une rencontre de familles initiée par quelques collègues de service. Ce soir, au lieu de sortir, nous nous sommes contentés d'un repas très simple, mais riches en symboles. Un menu très léger mais succulent accompagné d'un Baujolais Village. Je dois t'avouer que nous en sommes aussi heureux que du temps de nos voyages à l'étranger.
Etc... 
Merci de publier ce message sur ton blog dont j'apprécie le contenu et la finesse."



Carême ou Saint-Valentin?

14 février 2018. Cette année, la St Valentin et le Mercredi des Cendres tombent le même jour. Une simple coïncidence? Cela dépend du côté où l'on se situe. Les incroyants et amateurs de l'amour privilégieront la Saint Valentin alors que les adorateurs du Christ commenceront leur Carême. En réalité le choix n'est difficile que pour ceux qui profitent de ce jour pour porter leur idylles aux nues, pour les investisseurs qui tirent d'énormes bénéfices des trafics liés à ce jour, pour les commerçants, les négociants et leurs associés. En général, les restaurateurs font de grosses affaires en ce jour, car la bouffe est une consommation très prisée en ce jour. Voilà qu'ils s'affrontent à un manque à gagner significatif! Le choix n'est difficile que pour ceux qui oublient que Christ est mort par amour pour toute l'humanité. Rien ne changera cela, la primauté du Carême est indiscutable. Ma D U me l'a encore rappelé hier soir: "Demain tôt le matin, je me rendrai au culte avant d'aller au travail." Aucune ambiguïté.
Pour un autre ami qui se dit pasteur, c'est plus simple. Il soutient que ce n'est pas une coïncidence de date, mais un plan divin. Pour cette année, Dieu a remis les choses en place, dans ce monde où le péché a pris le devant. Les chrétiens sont invités à choisir entre le péché et le répentir, c'est-à-dire à se conformer strictement à Dieu. Le monde est tellement pourri qu'il faut une intervention divine pour sauver les hommes. A quoi je lui ai répondu que je n'y voyais aucune contradiction, et qu'il n'y avait aucun mal à célébrer l'amour si c'est fait idoinement. La Saint Valentin peut bien se célébrer dans un contexte de Carême, question de bien faire la part des choses. Les dates étant des arrangements contingents des hommes, les individus devraient être libres de célébrer ce qu'ils estiment être important pour eux sans pour autant offenser qui ce soit, sans pour autant transgresser leurs convictions religieuses et sociales. Comme la pratique chrétienne exige l'entrée en carême après le Mardi gras, il ne serait pas non plus exclus de déplacer la célébration de l'amour à une autre date. Les défenseurs de la Saint Valentin chrétiens devraient librement décider de la meilleure façon de se conformer à leurs convictions sans se laisser offusquer par les commandements de l'église. Quoique je ne sois pas un adepte de la St Valentin, j'estime que jugement et discernement doivent prévaloir pour résoudre ce dilemme qui n'en est pas un.
J'apprends dans la foulée que le Pakistan, état musulman,  interdit de fêter sur son territoire la Saint Valentin qu'il juge immorale et indécente. On dira atteinte à la liberté. Liberté de culte, liberté d'expression, liberté d'opinion, liberté sociale? Tout y rentre. Choisissez la votre qui est foulée au pied. Du moins, il y a lieu d'y trouver son parti.
Bonne Saint Valentin et pieux Carême à tout le monde!

12 févr. 2018

11 février 1978

Il y a quarante ans, j'étais en troisième année de philosophie. Ce samedi-là, nous sommes allés de Mayidi à Kintanu, Inkisi, pour la célébration d'une messe en hommage de notre regretté confrère Munguruba d'Idiofa. Nous, j'entends séminaristes de la région de Bandundu comme on disait à l'époque. En effet, l'année 77 venait de finir avec sa panoplie d'événements individuels et politiques: session Eglise-Monde à Ngi, séjour inoubliable à Bulungu, mort de Maman Antoinette Mobutu, élection de M. Mboso unanimément porté aux nues par les jeunes et les étudiants de l'époque. Je n'oublierai jamais cette soirée où de passage avec Séraphin Kiosi au Camp ONL, nous avions rencontré le candidat Mboso en compagnie de l'Ingénieur Sébastien Mulandu d'heureuse mémoire qui nous a impressionnés avec son slogan: "Mieux vaut échouer avec les jeunes que de réussir avec les vieux" (sic). Séra ne se souviendra sans doute pas de ce nom, mais de la phrase. Ce n'est pas sans rapport avec l'option actuelle de la Chancéllière allemande Angela Merkel. Soit. La campagne éléctorale battait son plein. Même le curé de Bulungu, l'abbé Kasai était candidat député (malheureux) à ces élections. Comme le monde est petit, l'abbé Kasai avait non seulement connu mes parents  mais aussi accompagné pastoralement leurs fiançailles à Kimbau. Paix à leurs âmes! Je le sus de lui-même à Ngi lors du cinquatenaire de cette paroisse. C'est à Bulungu que je fis la connaissance de Munguruba, qui se préparait à aller à Mayidi. Malheureusement, son séjour au Château Rouge ne dura pas plus de trois mois. Il est mort, le 3 ou 7 décembre 77, dans des circonstances difficiles à expliquer, noyé à l'étang où était installée la motopompe du grand séminaire. C'est Célestin Manzanza qui découvrit le corps inerte en marchant dessus. Paix à son âme!
Ce 11 février après-midi reste gravé dans ma mémoire. Les ressortissants du Bandundu - une bonne trentaine de personnes - avaient choisi de nous accueillir à la paroisse de Kintanu. Une belle messe animée par les filles du lycée. Une agape fraterna eut lieu dans les locaux de la cure. Dans la foulée, je fis la connaissance d'un parent originaire de Mutoni qui, plus tard, devint un paroissien engagé à Anuarite, Kenge. Les amis d'Idiofa dont certains sont morts entre-temps avaient spécialement rendu un vibrant hommage à leur collègue, appuyé des témoignages très percutants. Munguruba que nous découvrions était un jeune homme doué et doté d'un sens d'humour hors du commun. Que son âme repose en paix! Dans la soirée, après un crochet chez des amis, Yengo et son amie Eugénie Ngoma me raccompagnèrent à la Poste où je pris un kimalumalu pour Mayidi. Que des souvenirs! 
Coucou D U. Lusm.