Publié avec l'autorisation de l'auteur, Dr Parfait KILEYA
DE LA FERMETE A LA LACHETE, L'HYPOCRISIE DE PILATE.
Publié avec l'autorisation de l'auteur, Dr Parfait KILEYA
DE LA FERMETE A LA LACHETE, L'HYPOCRISIE DE PILATE.
28 novembre 2021. Un dimanche calme et serein pour une semaine qui s'annonce importante et riche en événements.
L'événement le plus marquant de la semaine est sans aucun doute la célébration ce 30 novembre du 55e anniversaire de l'indépendance de la Barbade qui, à cette occasion, deviendra république. S'ouvrira une nouvelle ère historique qui met fin à l'hégémonie britanique avec la Reine Elisabeth comme chef de l'état. En devenant une république, la Barbade aura comme première présidente, Mme Sandra Mason, gouverneure générale jusqu'à ce jour. Elle prêtera serment ce 30 novembre. Beaucoup d'activités ont lieu comme hier la Flotilla de la Force Marine. Le Prince de Galles est arrivé hier pour effectuer le passage des flambeaux. Ce pays qui est devenu le mien par naturalisation, dans lequel je vis depuis vingt ans, est celui où j'ai effectué toute ma carrière d'enseignant d'université, où j'ai vu naître Ibangu et Mukawa, et où je compte résider en permanence. Je ne peux que rendre hommage à cette île et à son peuple qui m'ont si généreusement accueilli et hébergé. Le pays étranger où j'ai le plus vécu de ma vie après la RDC est devenu mien. Vient ensuite la Suisse où j'ai passé douze ans. Un véritable tournant historique!
Au niveau de l'université s'organise ce 1er décembre 2021 à 18 heures la troisième leçon inaugurale de Mr Don Marshall, professeur d'économie politique internationale et sciences du développement sur le thème: Caribbean Post-Pandemic and the Enigma of Merchant Capital". Cette conférence cadre significativement avec les défis qu'affronte(ra) la nouvelle république. Les lecons inaugurales constituent des événements très importants du fait qu'elles montrent l'excellence de nos enseignants et chercheurs de notre campus universitaire. Transmises à la télévision Uwi Tv, elles cinnaissent un succès retentissant. J'en suis fier d'autant plus qu'elles ont lieu sous ma responsabilité. Nous en aurons d'autres en février, mars, avril et mai 2022.
Enfin les Barbadiens Ibangu et Mukawa totalisent 15 ans de vie ce vendredi 3 décembre. Joyeux anniversairea anticipé! Que le Seigneur les bénisse et les protègel
Bonne première semaine de l'Avent!
Depuis un mois ou plus se passent des retrouvailles surprenantes. Des personnes proches, mais éloignées par le temps et la distance, sont revenues brusquement. C'est là que l'on découvre que les relations, les vraies, ne sont altérées ni par le temps ni par la distance. Elles restent simples, sincères et chaleureuses.
Je n'avais plus parlé avec Christine que nous venons de porter en terre ni avec sa mère depuis plus d'une année. Elle s'est pointée brusquement une semaine avant sa mort. J'ai relaté cette conversation. Mais c'est sa mère qui me dira: "Okundaki Hélène, bongo nga okokunda nga te?" "Zala na kimia. Nakokunda yo, yo ozali maman oyo abokola nga." Kayengo m'a hébergé pendant ma 3e primaire. Je lui suis éternellement reconnaissante, je n'ai jamais eu à me plaindre d'elle. Je lui dois tout. En mythologue, elle m'annoncait la fin prochaine de sa fille. J'ai déjà rappelé un rapport inversé de regressus ad uterum. Ma cousine Christine Matsasu n'était autre que la survivante de ma mère. Cela m'amène à croire que je partage toujours une dernière alerte, un dernier clin d'oeil avec les miens à l'approche de leur mort jusqu'à ce que la mienne propre surviendra. Paix à son âme! J'ai plein d'exemples de ce genre dans mon parcours cosmique. Surtout dans ma lignée maternelle: Maman, Patience, Maman Annie, Kha Hélène, etc. Et autour de moi: Benjamin, Maleno, Mgr Nzala, Papa Kiosi, etc. Et le fameux appel manqué du Père Kasongo Bunda. Des retrouvailles vecues dans la trajectoire de la vie, dans le contour d'une renaissance éternelle.
La deuxième retrouvaille marquante, c'est avec Jean-Marie Diogène. Les lecteurs de ce blog connaissent cet ami précieux de mon coeur. Mon psycholologue auquel je réfère - un peu moins ce dernier temps -. L'abbé JM Matutu Ndombasi, curé et professeur d'université, appartient à mon cercle fermé d'amis. Nous avons manqué de nous rencontrer ce dernier temps. Il y a une année, nous l'avons appelé depuis Löhr avec l'abbé Ignace Matensi, mais la communication n'est pas passée. Voilà qu'il m'a écrit un email il y a quelques jours. Désormais, nous sommes en contact WhatsApp depuis hier. Toujours égal à lui-même, Diogène revenait d'une défense de Masters tenue par un colonel d'armée. Une recherche sur les conditions de vie du soldat congolais basée sur des constats connus de tous sans véritable approfondissement scientifique. Le sujet étant sensible, impossible de poser certaines questions. Nous avons donc échangé sur la qualité de l'enseignement au pays. Savant chercheur, Maître Diogène prépare un livre "La parole de Dieu sous le regard des sciences psychologiques en contexte africain assoifé de bénédictions". Le titre pourra éventuellement changer, mais comme je lui ai écrit: "Un troisième livre, je ne peux que te féliciter et t'encourager car il faut partager la science aux autres. C'est même une mission sacrée. Ton expérience d'homme, de prêtre et de professeur est une mine de sagesse et d'humanisme dont nous devons tous profiter. Courage Diogène.
Il y a d'autres retrouvailles sur le réseau mais assez significatives pour être mentionnées. Un honorable ancien copain du primaire qui se trouve à Kenge. Ce dernier m'a signalé la mort du colonel Augustin Mbakata, empoisonné par ses pairs au camp Lufungula. Paix à son âme! Je ne l'ai plus revu depuis août 1967. Augustin fut le fils d'un officier de police qu'on appelait Kapalala. Il avait une soeur Scholastique. J'avais revu une fois son frère ainé à Mutoni. Aucune nouvelle depuis. Comme j'en cherche de Tryphon Lundu car on formait un trio ces vacances-là. D'autres retours de contact perdus mais retrouvés grâce au fil de postes sur Facebook. Kha Mwadi, Mama Honorable, Thaikotatil, et d'autres qui ne répondent pas aux alertes.
Les retrouvailles possèdent une face cachée pour le littéraire. On pense retisser des relations affectées par le temps sans jamais revenir en arrière. Des anciens démons peuvent revenir du néant sans forcément avoir un impact sur le présent. Des vieilles amours peuvent resurgir et briser le présent. Chacun les vit à sa façon. Moi je suis emotif, actif, primaire. Mon psy d'ami sait de quoi je parle. Lui possède des théories plus précises que le littéraire touche superficiellement. Quelles surprises réserve ce temps des retrouvailles? Le proche avenir l'élucidera.
24 novembre. Les Congolais de ma génération ont tous, qu'ils l'aient voulu ou pas, retenu cette date. La date où le Lieutenant-colonel Mobutu renversa le président Kasavubu et l'enferma dans des toilettes sales pour l'humilier comme le dernier des Niangarakata. Je revois encore dans mon esprit la photo de Kasavubu escorté par des soldats armés en train de marcher, chemises à manches courtes, vers le lieu de sa détention. C'est notre enseignant Séverin Mayamba, alias De Piano, qui nous annonça cette nouvelle qui sonna très triste à mes oreilles. Je ne sais pourquoi, j'ai eu pitié du président.
Ce 24 novembre 65, je suis en troisième primaire à St Frédéric, aujourd'hui Mateka Mbuta. L'année qui suivit, nous écoliers de Kenge, 10 - 14 ans, avions assidûment préparé des défilés interminables, affamés et assoiffés, sans qu'on s'occupe de nous, pour accueillir avec honneur le nouveau tyran annoncé mais qui n'est jamais venu. Le sieur Mobutu ne viendra à Kenge qu'en 68, alors que je me trouvais à Kimbau après nous avoir fait chanter "CVR pesa salute... tokopesa salute na bakonzi banso". Vous vous en souvenez? Je peux continuer: "Biso ba Congolais. Toye kosalisa. Na lingomba ya biso ya CVR, lelo tokamati Congo." Vrai ou faux, est-il que c'est ce que moi je chantais à l'époque. Je l'ai vu en juillet - aout 66, pendant mes toutes premières vacances à Kin, accompagnant les présidents François Tombalbaye du Tchad et Jean-Bédel Bokasa de Centrafrique. Je vis l'impressionnante garde républicaine en parade au coup d'envoutantes sirènes. C'était sur le Boulevard Baudouin, à quelques centaines de mètres de la maison que nous habitions. Je l'ai revu une fois à la Foire, deux autres fois à Rome. C'est tout. Le sinistre dictateur à l'élocution fascinante a depuis disparu de mes radars. Mon mentor me souffle que tous les dictateurs, les bons, sont en général très éloquents: Hitler, Castro, Allende et d'autres de leur acabit.
24 novembre, début de la tragédie politique congolaise. Cela tombe à propos maintenant que le scandale du Congo Hold-Up est d'actualité. Le président de la RDC ou du Zaïre est une autorité intouchable, dictant ses ordres sans être contredit ni par la constitution qu'il piétine ni par les protestations du peuple qu'il matte par de sanglantes représailles. Trop de morts sont attribuées à cette instance. La police n'exécute que les ordres d'en haut. La machine politique est entièrement acquise à sa cause. Des gouverneurs criminels ont été maintenus à leurs postes alors qu'ils ont opéré de véritables génocides. Des généraux de police ou militaires promus après avoir rasé des villages congolais. Des étudiants, des chrétiens, des ethnies, assassinés sans que leurs cris d'alarme ne soient entendus. Le président est une autorité morale intouchable. Que l'histoire nous prouve le contraire.
Nos délégués ont tourné la dernière scène de leur film hier à la station de bus de Pointe-Noire. La veille les filles de la défunte leur ont donné tous les biens de leur maman. Jusqu'au téléphone qui lui servait à communiquer. Ils entendaient même prendre les sims qui ne leur serviraient à rien... mais ne soyez pas dupes. Ils avaient leur agenda caché. La veille donc, ils ont affrété leur butin de deuil afin de voyager légers. C'est à la station de bus que va se passer une scène insolite. Après leur avoir payé les tickets pour Brazza, Grace a donné une enveloppe de 70 000 CFA soit un peu plus de 100 Euro. Au moment où le bus voulait démarrer, Adelin a demandé au conducteur de s'arrêter, il est sorti tout furieux pour réclamer son dû:
- L'argent que tu as donné est insuffisant. Tu dois ajouter sinon on ne part plus.
- Motema mabé, lui a rétorqué l'interpelée. Qu'êtes-vous venus faire ici? Vous n'avez même rien apporté, même pas un petit drap, même pas un clou. Nous vous avons accueillis croyant que vous étiez venus enterrer maman, en fait vous êtes venus nous dépouiller, prendre de l'argent et des biens. Vous n'avez dépensé aucun sou pour le deuil, vous osez sans avoir honte reclamer plus? Je n'ai plus rien, allez-vous-en.
- Mais Ya Claver vous a envoyé de l'argent.
- Cet argent a été utilisé pour l'enterrement. Il n'y a plus rien. Vous n'avez pas honte de vous comporter comme d'impitoyables escrocs? Vous avez reçu des amendes inventées de toutes pièces, on vous a laissé faire. Vous n'avez rien donné pour les funérailles mais vous exigez qu'on vous paie... Mitema mabé.
Nos délégués sont retournés à Brazza avec la mère de la défunte. Comme celle-ci a un âge élevée, il y a crainte que ses biens et son argent ne lui soient extorqués par notre sinistre délégation. Attendons le compte-rendu officiel qu'ils feront de leur périple de honte. Coutume ou rançon?
"Cher Claver,
Je ne suis pas surpris par ce que tu relates dans tes articles précédents. Tu touches là un maillon faible de notre structure familiale kongo ou africaine. La pesanteur traditionnelle varie selon les ethnies et les familles. Tiens pour dit que dans chaque famille il y a des profiteurs, des parasites mais aussi des gens honnêtes. On a vu pire que cela. Des familles dépouillées de tous leurs biens à la mort du père. Des femmes et des enfants chassés de leur domicile familial. Tu te souviendras de notre défunt ami dont les parents se sont accaparés de ses biens et ont distribué ses maisons avant même qu'il soit mort. Il a pu ainsi se rendre de ses propres yeux compte des dégâts infligés à sa femme et ses enfants. Ce qui lui permit de régler son testament en bonne et due forme. La succession a toujours été un problème partout. Les conflits judiciaires opposant frères et soeurs sont fréquents autour des fonds ou biens hérités. On dirait que l'état de précarité dans laquelle on vit ajoute à l'avidité des malfrats. Fils et filles attendent impatiemment, voire souhaitent la mort de leurs parents pour se distribuer l'héritage. Cela tourne souvent au drame. On mise sur des biens ou de l'argent des parents qui vivent longtemps. L'héritier dilapide en un tour de bras des richesses accumulées pendant des décennies par son père. Ce dernier devient aveugle, refusant d'assister à la ruine de son entreprise. Le gain facile est souvent l'apanage des ingrats. Quand un papa décide de vendre sa propriété, on le trouve mauvais. Qu'on courre vers les biens et richesses que laisse la personne décédée n'est qu'un reflexe social normal. On pleure certes le défunt, mais au fond du coeur on pense plus aux avoirs que ce dernier laisse. Cette logique fonctionne.
Lutter contre une tradition, c'est comme buter contre un mur. Ce n'est pas possible dans notre monde de superstitieux où la parole du vieux est respectée scrupuleusement. Tu as raison, il faut faire quelque chose pour améliorer les relations familiales et arrêter les abus. Est-ce possible dans ce monde où les valeurs sont inversées au profit du plus fort? Courage et bonne chance!"
23 novembre 2006, il y a quinze ans, je rencontrai M. Aimé Césaire ou mieux M. Césaire me reçut dans son bureau de maire honoraire de Fort-de-France. J'en ai déjà relaté les circonstances ailleurs. Rencontre et honneur uniques dont je suis fier jusqu'à ce jour. Comment dire? Chaque année je célèbre cet événement d'une façon ou d'une autre. Aujourd'hui quinze ans se sont écoulés. Ma vie entre-temps a changé: je suis devenu père, sexagénaire, orphelin, professeur, directeur des études supérieures. Le temps a imposé sa loi. A l'époque je construisais ma carrière universitaire, aujourd'hui je me prépare à la retraite. Césaire n'y est pour rien. Par contre, il a pendant un temps été un des écrivains sur lesquels j'ai publié des articles dans des revues, en ligne comme dans mes livres. J'ai même co-organisé deux colloques marqués de sa présence. Sans prétention, j'ai réussi à produire une lecture appréciér du maitre de la négritude.
23 novembre, c'est aussi Nicolas Mabana, mon frangin cadet de plusieurs lustres. Un anniversaire sur papier ou par erreur typographique car il est né en réalité sept mois plus tôt. Bon anniversaire par erreur Khoso!