31 janv. 2014

Doukipudonktan

C'est l'ouverture du fameux roman de Raymond Queneau, Zazie dans le métro publié en 1959. C'est pour moi l'histoire d'une lecture. J'avais vu le film au grand séminaire de Mayidi en 1976, ignorant même que c'était le titre d'un roman. Le père De Cock sj devait avoir dit que le film était tiré d'un roman, mais mon oreille était étrangère aux sonorités littéraires, quoique j'aie été poète le temps de quelques années. Ma mémoire m'a cependant ramené à la philosophie morale du père Edouard Dirven sj. Zazie, la petite paysanne de 12 ans perdue dans l'immensité parisienne, cherche à trouver ses marques afin de ne pas périr envoûtée par la magie urbaine. Le père Dirven avait l'art d'interpréter les films qu'il visionnait en les intégrant dans son cours. La morale rurale opposée à la morale citadine accouche au final d'une aliénée mentale, d'une fofolle qui perd la boussole. Pendant longtemps, je n'avais souvenir que du film. C'est probablement en 90, je ne suis plus sûr, que j'ai lu le roman Zazie dans le métro fasciné par les commentaires qu'en fit M. Jean Roudaut, professeur de littérature moderne et contemporaine à Fribourg. Ce qui m'intéresse, c'est le temps et la transformation qui s'opèrent en moi, dans mon intellect. Il m'a fallu attendre quatorze ans pour lier le film au livre en assumant ma position d'étudiant es  lettres. Quatorze ans d'ignorance, quatorze ans d'illusion. Mieux outillé en terminologie, j'y ai ainsi collé le savant titre d'incipit. Seulement voilà, je n'ai plus revu le film. Une lacune à ma culture, car justement c'est en littéraire que je l'interprêterais le mieux. "D'où qu'ils puent donc tant". Sacré Queneau, poète du verbe et maître français de la parole!
Lisez les romanciers africains et caribéens actuels, vous y retrouverez à peu près la même veine esthétique que chez l'écrivain français. Queneau a utilisé des francismes, les Africains utilisent des particularités lexicales africaines appelées africanismes alors que les Frankétienne, Confiant et Danticat recourent à des créolismes. Ajoutez donc des -ismes à la région de naissance, vous remonterez à l'Art poétique qui sous-tend la création littéraire française et francophone. Queneau lointain inspirateur et précurseur de la littérature-monde.

Du n'importe quoi

Mon pourfendeur n'a rien trouvé de mieux à écrire à propos des femmes de M. Hollande: "N'importe quoi".
Je n'ai, moi non plus, rien trouvé pour rétorquer à ce propos insultant. Je me tais donc; je tais ma verve colérique.
C

30 janv. 2014

Les types de femmes de François Hollande

Ségolène Royal, Valérie Trierweiler, Julie Gayet, voilà les types de femmes de Monsieur le Président. Femme politique, journaliste, comédienne, telles sont les professions qui séduisent François Hollande. La politicienne fut candidate malheureuse aux présidentielles de 2008 face à Nicolas Sarkozy. La politicienne fut encore mariée à Hollande lorsqu'elle perdit lesdites élections. Elément important, car la victoire de Hollande sur Sarkozy se donne à lire d'abord comme une revanche d'ordre familial. Comme cela aurait été trop beau, ils ont divorcé, séparés en fait par leur concurrence politique avec Sarkozy.
La journaliste, femme en vue dans le monde des communications, des médias et de l'information, a fait figure de première dame effective. En fait, elle a arraché le coeur présidentiel à celle qui a échoué à rendre François un président heureux. Je suis très sérieux. Suivez-moi bien. Cela ne sent pas bon d'être polygame en France, une pratique réservée aux musulmans et aux peuples arriérés. Alors pour faire civilisé, Hollande entreprend une relation inédite. Allez-y voir. Il faut jouer avec la vie qui n'est, en réalité, qu'une pièce de théâtre. Le solitaire de l'Elysée est un homme, comme tous les communs des mortels. Il se jette à la scène pour traverser la Seine en moto. Pensez aux fastes de son escorte officielle et imaginez la "persona" qu'il incarne; et le tour est accompli..
La comédienne qui l'attend de l'autre côté est une dame qui a choisi le métier de "jouer la vie", que dis-je, de "jouer les mots et les actes". Monsieur le Président qui ne peut se présenter dans sa toge officielle opte pour le déguissement du bal masqué. Le voilà en train de traverser incognito les rues de Paris sur un scooter, à la différence qu'il n'a pas eu le malheur que moi j'ai eu il y a plus de vingt ans, d'en garder quelques cicatrices sur le visage et au bras. Comme la polygamie est interdite, la journaliste choisit de déguerpir des palais dorés pour un appartement cinq étoiles. La comédienne attend son heure de gloire, mais le portable du monde des spectacles lui est encore fermé car le président a décidé de ne plus avoir de première dame à défaut d'avoir les trois ensemble. Soit un divorce avant, une rupture ensuite, et la suite? Sur le plan littéraire et dramatique, plusieurs cas de figures peuvent être mis à contribution; mais arrêtons le débat à ce niveau.
Qu'ont-elles en commun ces femmes qui ont eu les faveurs de l'élu de la République française actuelle sinon le succès populaire? Toutes des Françaises en vue. Ayez la vue, Madame, vous serez en vue, et vous serez vue du président. Sous l'innocent voile du métier transparaît un filtre de séduction qui a fait que l'illustre président brave la noblesse de son métier pour tomber dans le panier. En plus, elles sont toutes des artistes. Voilà à quelles extrêmités les femmes, du fait de leur séduction, peuvent exposer les hommes! Ensemble, elles auront au moins réussi à laisser Monsieur Hollande seul dans les bâtisses éponymes de la plus belle avenue du monde (avis des Français).
Ce matin, en discutant avec Mme Schmitt sur Skype, j'ai évoqué cet aspect auquel elle n'a pas songé. Que la solitude de la gloire présidentielle a ramené Monsieur le Président de la République à sa dimension humaine: un homme seul, sans amis sinon des "flatteurs" politicailleurs, abandonné dans les murs froids de son immense palais, a parfois besoin d'évasion et d'exutoire aux tensions liées à ses responsabilités. Monsieur Hollande n'a commis, à mon avis, aucune erreur grave: il n'a fait que suivre les pulsions de son coeur tout en évitant de compromettre son aura républicaine. Il est juste un homme, comme vous et moi même si ni vous ni moi n'habiterons jamais ce palais.

26 janv. 2014

Souvenirs de Vieux Mario

1. Monsieur Gaston Mario était un homme respecté à Berlin dans la communauté congolaise. Avec sa mort disparaît à Berlin un véritable monument, le doyen de tous les Congolais de Berlin. Tous le connaissaient sans aucun doute. Un des fondateurs de la COCOBE (Communuauté Congolaise de Berlin), il en a été longtemps une des personalités les plus marquantes. Il mérite à ce titre que la communauté africaine lui rende hommage.
2. L'appartement d'Ingrid et Gaston Mario au croisement Wilmersdorfer Strasse - Giesebrechstrasse était décoré avec goût, parsemé d'oeuvres d'art d'Afrique, argémenté de photos-souvenirs du couple et de la famille. Leur living-room offrait un espace agréable où, après un bon repas, nous nous trémoussions au rythme de l'OK Jazz, d'Afrisa ou d'une autre gloire africaine ou antillaise. Vieux Mario, DJ attitré, avait une gamme très variée de musique. "Le premier Gaou n'est pas gaou" était à la mode à l'époque.
3. Lorsqu'il apprit que nous venions à la Barbade, il s'était exclamé: "Leki, obebi na yo! Okozonga lisusu te. Po na nini? ... Tu auras une maison à colonnades peinte de blanc, une maison coloniale quoi. Tu sera gâté avec le soleil." En effet, Ingrid et lui avaient quelques années auparavant passé des vacances en Martinique ou en Guadeloupe. Il savait donc de quoi il parlait. Comme cadeaux d'adieu, le couple Gaston nous avait offert deux grands essuies-mains de plage que nous gardons et utilisons précieusement.
4. En 2009, il m'a raconté comment un compatriote l'a calomnié après qu'il a décidé d'annuler le mariage coutumier de sa fille qui terminait avec brio ses études de médecine. En effet, le fiancé de sa fille alors au chomage avait déclaré qu'il ne chercherait plus de travail et vivrait aux crochets de sa future épouse. C'en était assez pour que le pater familias mît fin à l'aventure. Le compatriote, connu sous le surnom d'Allo Berlin, en profita pour le diffamer à qui voulait l'entendre, en racontant n'importe quoi au sujet de Vieux Mario. Bien sûr que les gens enviaient sa stabilité familiale! Bien sûr que tous les visiteurs et amis ne voyaient pas d'un bon oeil la réussite sociale de ses enfants. Bien sûr que la douceur d'Ingrid dérangeait les jaloux, surtout les jalouses, pour qui ce couple a tenu trop longtemps.
5. Vieux Mario, comme tout homme, n'était ni un saint ni un ange. Il avait par contre le sens du réalisme. La compagnie d'Ingrid a été capitale dans sa vie. Ils se sont aimés dès le premier jour de leur rencontre à l'université. Ce qui a provoqué un tollé parmi les condisciples à tel point qu'ils auraient presque été lynchés n'eut-été le courage d'Ingrid. A deux, ils ont repoussé l'agression raciste de leurs copains de fac. Et ce jour-là Ingrid a juré: "Je vivrai toute ma vie avec cet homme". Cinquante ans plus tard, pari gagné en dépit d'énormes épreuves endurées. La mort les sépare, enfin.

25 janv. 2014

A propos de l'abbé Pini-Pini

"Claver,
Tu as promis de réagir à mes remarques sur Pivari, mais tu n'as toujours rien écrit. Comme par le passé tu oublies tes promesses. Je comprends que tes obligations professionnelles t'éloignent quelques fois de tes lecteurs. Je crois que tu as jugé ton ancien condisciple au lieu d'être objectif. Entre-temps, tu as parlé de VDB d'heureuse mémoire, de politique-jeu de dames et d'autres sujets. J'attends donc."
 
 
Je te remercie de m'avoir rappelé l'omission.  Je ne vais pas revenir sur mes relations avec l'abbé Evariste Pini-Pini qui est plus que juste un condisciple, un ami. Par contre, je vais répondre à la question que tu n'as pas posée, mais qui te préoccupe sans aucun doute: sa situation actuelle. Voici mon avis!
1. Le problème de l'abbé Pini-Pini avec l'évêché de Namur relève d'une affaire personnelle bien qu'elle ait franchi la sphère publique et collective. Comme lui-même donne là-dessus des informations suffisamment détaillées sur sa page Facebook, il ne me revient pas de le juger par rapport à ses devoirs de prêtre ni par rapport à ses résolutions personnelles. C'est sa liberté; je la respecte. Son libre-arbitre seul lui sert de guide. On s'est parlés pendant près de deux heures lorsque je me trouvais en Hollande. Ce que nous nous sommes dit reste entre nous. J'ai toutefois retrouvé Evariste tel que je le connais, tel que j'ai toujours connu dans ses prises de positions. Il a le courage de dire clairement ce qu'il pense. Manque de tact ou naïveté? Esprit polémique ou ouverture d'horizons? Quoi qu'il en soit, la responsabilité de sa vie, de ses choix, opinions et décisions lui revient entièrement.
2. Evariste a publié un livre sur la colonisation et l'évangélisation belges dans lequel il présente son point de vue, comme l'ont fait beaucoup avant lui et comme le feront d'autres après lui. Ce livre constitue un témoignage de son expérience vécue et de ses options de vie. Bien documenté et brassant des sources comme des registres d'ordres variés - intellectuel, historique, politique, religieux, sociologique, anthropologique, journalistique, témoignage - ce livre s'engage solidement dans la condamnation de l'hypocrisie qui a toujours accompagné les rapports inégaux entre les hommes, les races, les sexes, les classes. Que je ne sois pas d'accord avec certaines de ses affirmations fait partie du débat auquel tout intellectuel peut participer; cela ne ferait que prouver la pertinence du sujet.
3. Au-delà de tout ceci, Evariste a mon soutien. Quoique l'Eglise catholique romaine ait ses traditions douteuses de gouvernement, j'estime qu'en tant que prêtre et homme, Evariste Pini-Pini mérite du respect, de la considération et de la reconnaissance pour tout le travail d'apostolat et de ministère qu'il a exercé depuis bientôt trente ans. Je déplore le tapage médiatique qui a été créé autour de cette affaire, qui jette de l'ombre aussi bien sur l'église que sur le prêtre incriminé. Quelle que soit la gravité de ce qui lui est reproché, la hiérarchie aurait dû agir dans un esprit de vérité et de correction sacerdotale plutôt que de le pousser au pied du mur. Hélas, c'est comme cela que fonctionne l'Eglise sainte et catholique dans certains endroits.

Le football africain et l'argent

Des sommes fabuleuses sont à disposition dans les métiers du foot. Les Clubs européens brassent des millions. Les fédérations gèrent des millions. La FIFA pendant la finale des mondiaux administre pas moins de 40 milliards de dollars, dit-on. Les Africains évoluant en Europe et sous d'autres cieux en bénéficient. L'an passé, on citait le Camerounais Eto'o comme le mieux payé de la planète. George Weah en sait quelque chose, qui équipait l'équipe nationale du Liberia alors qu'une fédération nationale en était le gestionnaire. Ces millionnaires créés ailleurs se pavanent devant les pauvres collègues locaux en exhibant les bienfaits de l'argent gagné à la sueur de leurs pieds. Chapeau! Mais que se passe-t-il sur notre beau continent?
En RDC mon pays, l'argent du foot est un problème quoique quelques rares mécènes locaux y pompent de l'argent. Le TP Mazembe constitue un cas exceptionnel à cause de la générosité personnelle de Moïse Katumbi. Les autres clubs survivent difficilement. Il arrive souvent qu'à la veille d'une grande compétition, on ne sache même pas si l'équipe va voyager ou pas. En 74, à la suite de leur victoire en Egypte, les Léopards avaient reçu des maisons à Kinshasa-Salongo et des voitures sans essence. En 2009, les Léopards vaniqueurs de la CHAN, vainqueurs ont reçu des jeeps tout terrain. Aux dernières nouvelles, André Mandokolo aurait distribué à chaque ancien Léopard 500 USD, un sac de riz ou un carton de chinchards. Un acte très généreux de sa part mais qui met à nue un système où des personnes qui ont fait l'honneur du pays n'ont pas été récompensés à leur valeur pendant que des aventuriers à l'envergure douteuse se remplissent les poches en puisant impunément des millions au robinet du trésor public. Afrique de misère et de précarité! Afrique pauvre, démunie et maudite à jamais!
Quant aux Léopards qui défendent aujourd'hui les couleurs nationales en Afrique du Sud, ils ont connu une préparation très difficile. Exposés à la faim et à la soif, ils auraient même été délogés de leur hôtel. J'ai lu cela sur le site Africatime, on y expliquait notamment pourquoi Trésor Mputu s'est désisté. Le ministère des finances n'aurait pas débloqué les fonds à temps. Ces jeunes gens sont à mon avis des héros. Qu'ils se soient hissés parmi les huit meilleures équipes du continent relève quasi du miracle. Chapeau à Santos et à sa bande! Selon moi, qu'ils gagnent ou pas la coupe, le fait qu'ils participent aux quarts de finale doit être récompensé. C'est une question de fierté nationale.
100 000 USD ont été promis aux Nigérians s'ils vanquaient le Maroc. Eh bien, les Super Eagles sont parvenus à battre à quatre reprises Lamyaghri après avoir été menés 3-0 à la mi-temps. Exploit géant certes, mais il y avait aussi des milliers de dollars de motivation. Ils se sont surpassés, et leur persévérance a payé. Le gros lot est là, du moins officiellement, et j'espère que les autorités nigérianes tiendront à leur parole; car tout peut arriver tant que l'argent ne leur est pas encore versé. Le mot "corruption" vous dit-il quelque chose?
Pour moi, nos compatriotes africains qui disputent la CHAN méritent d'être payés par leurs associations ou leurs gouvernements exactement comme le sont ceux qui évoluent sous d'autres cieux. Ce n'est pas un don, mais un salaire mérité pour un travail accompli. Au lieu de détourner sans vergogne l'argent public assigné à ce but, les dirigeants auraient intérêt à récompenser nos talents sportifs. Fini le temps d'une Afrique de misère dirigée par des millionnaires opportunistes et criminels.
 

24 janv. 2014

Kulutu Gaston Mario, repose en paix!

La nouvelle de la mort de Vieux Mario vient de nous surprendre, Clavère et moi-même, comme un ouragan dévastateur. Nous sommes sans parole, tellement surpris par ce malheur. Chaque fois que nous évoquons notre séjour à Berlin, nous citons le nom de Vieux Mario, car s'il est des personnes qui nous ont marqués à Berlin et y ont rendu notre séjour heureux, Ingrid et Gaston Mario sont de ceux-là. En plus de mes cadets doctorants Willy Musitu et Fulgence Kambembo, je citerai aussi les famille Ekumba, Kylaba, Maman Annie Akuda et Vieux Paul Imbanda. Nous nous sommes connus en 1999. Nous nous rencontrions régulièrement soit chez eux soit chez nous, soit chez des amis communs. Si je devais raconter tout ce que je sais de cette famille, depuis leur rencontre comme étudiants en Tchecoslovaquie jusqu'à ce jour où la mort les a séparés, j'écrirais facilement un livre. Ingrid et Gaston Mario ont traversé des défis sociaux, des tempêtes raciales et culturelles de toutes sortes. Je n'oublierai jamais nos conversations avec Ingrid au sujet des (enfants) métis tels qu'ils sont perçus en Afrique et en Europe. Bien inculturée dans tradition congolaise, Ingrid parlait aussi bien le lingala que le français. Ils ont tenu à ce que leurs enfants suivent tous une formation universitaire, moyen efficace pour vivre dans leur environnement aux multiples défis.
Lorsque nous les avons connus, Vieux Mario était à la retraite prématurée, victime d'un AVC suivi d'une paralysie qui l'avait frappé du côté gauche. Sa femme allemande, Ingrid, travaillait encore comme pharmacienne. C'est le premier couple mixte qu'il m'a été donné de voir vieillir ensemble. Les enfants étaient déjà grands, pour la plupart sortis de la maison. Son fils Champro faisait des va et vient dans le cadre de son travail. Très vite, j'ai découvert que Vieux Mario était prince kongo de la dynastie Menikongo, ami d'enfance de Jean-Jacques Kande et Dominique Sakombi, oncle de Mawampanga. Il a vu Mobutu venir draguer Maman Antoinette qui fut sa voisine de parcelle à Ngiri-Ngiri. Il a vu Léon Lobitch prendre le bus pour se rendre au travail. Il a vu... Sa soeur aînée fut gouvernante des enfants Mobutu. Etc. Kulutu Mario mélomane possédait de vieux 33 Tours d'une rareté exceptionnelle, dont une pochette de l'OK Jazz sur laquelle on pouvait reconnaître Maître Nyimi Mayidika Ngimbi musicien du temps de ses études. Intellectuel et analyste politique averti, il  possédait également une série de photos-souvenirs impressionnants, des documents d'archive .instructifs et un carnet d'adresses bien fourni.
Parti en formation universitaire en 1960 en Europe, il y est resté et s'est installé à Berlin jusqu'à sa mort. Il est quelquefois retourné au Zaire du temps où Kande et Sakombi étaient forts dans le régime. Le président les avait une fois reçus, lui et son épouse, au Mont Ngaliema, et se serait étonné de les voir sortir sans qu'ils lui aient demandé de l'argent. Leur dernier séjour en famille s'est terminé en queue de poisson, sommés par des circonstances inattendues de quitter Kinshasa. Comme l'a écrit l'aîné Paul Indongo-Imbanda, Vieux Mario aimait rire et faire rire. Sa tête était pleine d'anecdotes. Viveur, jouisseur de la vie, Vieux Mario adorait la bière Becks. A une époque antérieure, cet ambianceur-né avait tenu un bar-dancing africain du côté de KaDeWe où Africains, Antillais, Latino et Afro-Américains allaient se défouler. Dans un bar, il achetait toujours deux bouteilles de bière à la fois. Un jour, il m'a surpris: "Dis Claver, il paraît que Petit na yo moko abali basi mibale. Bapetit oyo baza sérieux te".
Nous allions souvent chez lui. Et à chacun de mes passages à Berlin, je ne manquais jamais d'aller leur rendre visite et de lui apporter une petite bouteille de rhum, car il en était amateur. Lors de mon séjour d'enseignement à Humboldt de mai-juillet 2009, je suis personnellement intervenu pour le réconcilier avec son ami Léopard. Il m'avait appelé pour me remercier. Vieux Mario m'a révélé beaucoup de confidences sur sa vie, sur ses relations, sur ses positions politiques et idéologiques. Leur maison était ouverte à toutes les nationalités du monde sans distinction de race, ni de genre, ni de religion. Ce que j'ai admiré chez ce sage, c'était son sens d'écoute, d'accueil et d'humanité, sa largeur d'esprit, sa générosité. Il m'a également donné beaucoup de conseils dont certains étaient ironiques, pratiques.
Nos sincères condoléances à Ingrid et à toute la famille étendue Mario. Que son âme repose en paix!
Kulutu Mario, kende malamu. Pema na boboto ya Nkolo Nzambe! Tu nous manqueras toujours.