31 déc. 2014

A propos de "Beethoven était bel et bien noir" (Facebook)

29 décembre 2014. Après lecture de www.blackfeelings.com, j'ai réagi sur la page Facebook d'EPP:
Claver Mabana: 
"C'est un vieux débat. J'avais visité, grâce à l'Institut Goethe, sa maison de naissance en 1980, non loin de l'Hôtel de ville de Bonn. Son nom est flamand mais je ne crois pas à sa filiation noire. S'il nous faut à tout prix des génies, trouvons-nous en d'indiscutables. Même si Beethoven avait réellement été noir, cela n'aurait rien changé à l'histoire. C'est un musicien allemand."
Evariste Pini-Pini: 
"Pourquoi faut-il chercher ce qui existe? Il ne s'agit pas de trouver, mais de reconnaître car ils existent. il ne faut pas oublier qu'Alexandre Dumas, l'un des pères de la littérature française, est noir. C'est un fait. Ce n'est pas à chercher, c'est un fait qu'il faut reconnaître. Il ne s'agit pas de s'approprier des noirs, mais tout simplement de reconnaître ceux à qui cette si belle identité a été ôtée peut-être avec leur concours ou sans leur concours."

En exergue de la version anglaise l'auteur a écrit: "This is Just My Opinion... Valued by Me And Nobody Else"

Voici un commentaire éclairant:
"Assuming that Beethoven had some African ancestry, are you going by the one drop rule? Does having a drop or two of African blood mean that he had any African cultural heritage? I'd assume if he had an ancestor who passed for white, they wouldn't have brought along any recognizable African heritage, even assuming they had any, given that the ancestor was probably not in an environment with any appreciable African culture (ie may have been purchased as a child and raised in a household with no other people of African origin)....
Ultimately, most of us, with the possible exception of the most milky white or night black have an unknown mix of blood. We need to get beyond the color of skin to who we are." Malusinku, Sept. 28, 2009.

(Source: http://open.salon.com/blog/ronp01/2009/09/27/the_african_heritage_of_ludwig_van_beethoven)


Beethoven noir, Alexandre Dumas noir, et alors?


Révisionnisme? Revalorisation de la race dite sauvage, inférieure et sans histoire? Un peu de tout cela car le but est de contester l'eurocentrisme trop voyant qui domine le monde depuis des siècles. J'en arrive là après une discussion que j'ai eue sur Facebook avec l'ami Evariste Pini-Pini, dont je respecte la pensée et les revendications sans que j'y adhère.
Pendant cette semaine où les Africains-Américains célébrent leur Kwanzaa, j'aimerais tout en respectant l'existence culturelle noire réfléchir sur un thème controversé: l'identité raciale noire. Mon point n'en est qu'un, c'est-à-dire discutable, ouvert et imparfait. Seulement, j'y crois ferme car j'aime la mesure en toutes choses. Que la race noire retrouve son identité perdue, annulée ou méconnue, ne me pose pas problème. Qu'elle refuse d'être observateur plutôt qu'acteur de l'histoire n'est qu'à son honneur. Je crois que j'y contribue à ma façon.
Les catégories de la "différance" comme dirait Dérida font que le monde se divise en unités biologiques, linguistiques, socio-culturelles, etc. A vouloir chercher dans ces différences une spécificité propre, on risque de tomber dans le piège du racisme que l'on combat. C'est l'essentialisme jadis décrié chez tous les mouvements négristes: négritude, black power, ujaama, etc. Quoi qu'il en soit, du moment que vous tentez de remonter à la structure, le risque est grand de radicaliser votre discours.
L'église africaine se montre sage lorsqu'elle réclame l'africanité de Saint Augustin, Cyprien ou Tertullien quand bien même ces derniers constituent des pivots majeurs de la pensée occidentale. C'est la culture méditerranéenne et chrétienne qui a fait d'eux ce qu'ils sont devenus. Leur africanité relève de l'origine géographique et biologique. Que de reconnaître leur contribution universelle fait preuve de bon sens. A l'heure de la mondialisation, réfléchir en termes de races, genres ou sexes, mène forcément à une discussion sur le pouvoir: qui définit l'identité individuelle? qu'est-ce qui la caractérise? Cette discussion est aussi vieille que le monde, car elle a suscité les voyages de conquête et d'exploration, les guerres d'occupation, la formation des royaumes et empires, les systèmes d'organisation politique et sociale, les colonisations et autres tentatives de domination.
Aujourd'hui les mouvements migratoires des populations et les contacts interculturels font qu'on parle de métissage, d'hybridité, de trans-culturalité. Ce changement suscite d'autres attitudes conservatoires: la pureté de la race dans un monde multiethnique passe à l'extrême nationalisme. Les "fronts nationaux" constituent, on ne le dira jamais assez, une tentative claire de préservation raciale sous le couvert de la nation. Une défense musclée et arrogante de son soi. De l'autre côté, les minorités jadis colonisées cherchent à ébranler ce soi eurocentrique pour le relativiser en s'attribuant quelques galons ou en remettant en cause l'origine biologique de certaines figures emblématiques. Cette attitude répond à un désir de se revaloriser, de montrer qu'on est l'égal de l'autre. Pouchkine, le célèbre poète métis russe, était fier de son ascendance africaine, mais n'a rien fait pour valoriser son africanité, sa "différance". Il n'en avait pas besoin. Le combat racial ne finira jamais tant que différentes races vivront ensemble, tant que chaque race affirmera sa spécificité pour contrer ou anéantir l'autre race. La lutte existe déjà entre familles, ethnies, tribus, langues, régions, pays selon qu'ils sont du nord, du sud, de l'est ou de l'ouest. Imposer son identité face aux autres en jetant le déni sur eux, constitue en dernière analyse l'objectif ultime de cette démarche.
La vraie question à poser consisterait plutôt à savoir à qui profiterait cette identité ou ce qui se tirerait de cette affirmation. Si Beethoven était noir comme Alexandre Dumas, je maintiens ma position, cela n'aurait rien changé à l'histoire puisque dans leur âme et conscience ils ont servi la culture de leurs nations respectives. Beethoven est un génie musical de la tradition allemande tout comme Dumas en littérature française. Qu'ils aient eu des traces de sang noir dans leurs veines, encore faut-il le prouver, on pourrait également le dire de l'humanité entière puisque l'Afrique noire est le berceau de l'humanité.

29 déc. 2014

"Que vos bouches exhalent partout l'odeur des oignons"

Discours du roi Léopold II de Belgique. Le roi Léopold II avait donné aux missionnaires belges des instructions, une sorte de vadémécum pour régler leur comportement en fonction de l'idéologie coloniale. J'ai déjà lu et entendu beaucoup de commentaires à ce sujet. Bref, les missionnaires belges avaient mission non d'évangéliser les Africains car ceux-ci connaissaient déjà Dieu, mais de les soumettre à l'exploitation, à la pauvreté et à la dégradation humaine. A entendre le texte lu par un interprète de talent, à voir les illustrations qui accompagnent ce texte, l'évangélisation faisait, en d'autres mots, partie d'un vaste agenda colonial, blanc, d'occupation du territoire africain et d'oppression de l'Africain. Un plan d'anéantissement total du Noir sur sa propre terre et de sa soumission à l'idéologie coloniale. L'objectif ultime était l'enrichissement de l'empire, l'appauvrissement total de la population africaine en leur privant de tout sens d'humanité et de dignité.
Le texte que j'ai suivi sur Facebook est caricatural, satirique et pamphlétaire. C'est ce qui dérange. Loin de moi l'idée de laver le roi Léopold de ses opprobres, j'aime user de mon sens critique devant ces genres de situation. Mon souvenir de Léopold II date de la statue qui surplombait jadis le Boulevard du 30 juin à Kinshasa, que j'ai vue en juillet 66. Je garde en moi cette image impériale de ce sinistre criminel qui a construit sa richesse en souillant sauvagement le sol et le sang de nos ancêtres. Enfant, je n'avais rien à redire et avais même regretté de ne plus la voir plus tard.
Un hic toutefois pour accepter la véracité de ce message. C'est dû à ma formation peut-être. Formé dans un institut dédié depuis des siècles à la propagation de la foi, j'ai appris à interpréter l'évangile à partir des sources et à éradiquer toute exploitation hérétique qui s'en suivrait. On me dira naïf et ingénu. Mais je dispose d'un sens qui refuse de "racialiser" l'évangile dans son acception quotidienne. Comme tout texte, l'évangile peut être exploité dans un sens extrémiste, ce serait le cas de Léopold II. Si j'admettais que cela s'est passé ainsi et que ce texte est authentique, il me resterait une pléthore de questions sans réponses. Le tout-puissant roi des Belges avait-il vraiment besoin de ces instructions alors qu'ils disposaient de tous les moyens temporels pour maîtriser les colonisés? Ses milices ont-elles recouru à des justifications bibliques pour mutiler leurs millions d'estropiés et tuer leurs millions de victimes? Il faut aussi noter d'autre part que le Noir avait créé ses mythes de soumission à la force magique du Blanc, et ses dispositions à la terreur du fusil-canon qui dispersait par milliers des villages entiers.
"Que vos bouches exhalent partout l'odeur des oignons", une recommandation qui ne peut que perpétuer la sublimation du Blanc bien nourri, plein de lui-même, admirable et enviable quand bien même il puerait exécrablement. Symbole de suprématie et de conquête sur des pauvres sommés de mourir de faim, de maladie et de détresse. Couronnement de l'anfractuosité intestinale du Blanc venu aux tropiques pour dominer le pauvre Noir destiné à l'obséquiosité et à la géhenne des feux infernaux. Comme quoi, Dieu l'a voulu ainsi.
Je m'informerai auprès de collègues historiens pour y voir un peu plus clair. Je ne voudrais pas décriminaliser la colonisation, mais je voudrais savoir avec certitude ce qui s'est passé. Le révisionnisme n'est pas mon point fort. Alors pas du tout!

Au fil des lectures

Une année finit, une autre commence. L'heure est au bilan. On revoit l'année précédente, on projette l'année suivante. Ainsi tourne la roue de l'histoire.
Pour des gens qui comme moi ont un certain âge, c'est un plan de vie qui s'apprécie plutôt que le pan d'une année. On revit depuis des temps passés dans sa mémoire. Je suis de ceux qui se souviennent de certains détails que d'autres oublient aisément. C'est un don que j'ai reçu de ma mère, et pourquoi pas de mon père. Je m'étonne même de me souvenir de ces choses inutiles, inhabituelles qui ont survenu dans ma vie. Aujourd'hui cependant, il ne s'agit pas de moi, mais des autres. J'ai déjà trop parlé de moi. Un problème se pose tout de même: puis-je parler des autres sans parler de moi? En effet, je dévoile une face de moi-même chaque fois que je parle des autres, les loue ou les critique.
Je choisis de reconsidérer quelques lectures effectuées au cours de cette année. Commençons par la dernière. Making The Future (2012) du linguiste-philosophe Noam Chomsky me donne le format que prendra l'autobiographie qui sera tirée de ce blog. Le livre entier consiste en un collage d'articles de réflexion politique écrits entre 2007 et 2011. Un travail de collection, de juxtaposition, axé autour de quelques points thématiques majeurs qui forment les parties du livre. Opération facile de prime abord, mais difficile à agencer. Lorsque j'avais co-édité avec Victor Simpson New Perspectives in Contemporary Hispanic and Francophone Studies j'étais parti de l'idée que ce serait une entreprise facile et expéditive. La réalité s'est révélée contrairement à mes prévisions instructive, longue et astreignante. J'ai ainsi appris le noble métier d'éditeur. Sur le tas sans doute, mais encourageant.
La lecture des deux versions - anglaise et française - du Manuel d’approches bibliques en Afrique (2014) d'Albert Ngengi Mundele m'a retrempé aussi bien dans la science exégétique de mes études théologiques que dans l'actualité de l'herméneutique de textes à laquelle je m'adonne depuis bientôt trente ans. En soi, l'exégète qu'Albert est et le littéraire que je suis fonctionnons, suivant des perspectives différentes, sur un commun domaine textuel sous sa forme orale et écrite. Le domaine de compétence diffère certes, mais quelque part, nos bibliographies coïncident. Nous le savons tous les deux par nos différentes communications personnelles.
J'ai lu via notre département des livres de la collection Franco/polyphonie des Editions Rodopi. Entre autres Le théâtre de Koffi Kwahulé: l'utopie d'une écriture-jazz de Virginie Soubrier ou Une femme puissante. L'oeuvre de Marie Ndiaye de Daniel Bengsh et Cornelia Ruhe. Des études critiques sur des sujets aussi variés que le post colonialisme, la poétique ou l'esthétique, le transculturel, les tendances actuelles en littérature. 
Je pourrais poursuivre la liste, mais je m'arrête là pour aujourd'hui. Que réserve l'année prochaine qui se pointe dans trois jours?

27 déc. 2014

Buna bwa malembi

Birmingham 27.12.2014. Lelu mu pibaNicolas kisidant kasadi kuna hata diandi. Kaminio dimosi diatuki keti kweyi disi mututa mu vwatidi diandi, ku ndambwa shofela. Nzambi kena ngolu, kalwadiku, katutaniku mu bibende bia watidi. Kena mboti, mana vwatidi dia yandi dia fini. Shofela wuna kakangi nteti, mana watini, kakadi wakwati malafu. Nzambi buna kena ngolu, Nicolas wamongi numelo ye foto dia kaminio dieni, batemwe mpi batambwasi ni bazonza kwana bapudisi ni babatela. Mboti kena yandi mutu. Mana buna bwa malembi. Keba!

25 déc. 2014

L'épreuve s'est plutôt bien passée

Mercredi 24 décembre. Il est peu après 17h30 lorsque nous arrivons à l'église St. Francis. L'église est déjà pleine à craquer. Quelque trois - quatre cents personnes envahissent tous les espaces libres. A ces fêtes, on retrouve ceux et celles qui n'y viennent qu'une seule fois l'an. Les enfants sont happés dans le groupe de leurs congénères tandis que leur mère se place à quelque pas du lutrin; et moi au fond de l'église. La messe commence à 18h00, Chrystelle et Claver sont dans la procession; le stress monte. Claver lit le psaume responsorial: il lève la main pour indiquer aux gens la reprise de l'antienne. J'admire son sang froid quoique sa voix ne me parvienne qu'affaiblie. Le tour de Chrystelle est un peu plus sérieux: "Second Reading. Reading from the letter of St Paul to Titus." J'entends à peine les mots mais je connais le texte par coeur, à force de le répéter. Les fautes qu'on craignait n'existent plus. Bravo! L'épreuve du feu est réussie pour les deux. Leur instructrice me rassure qu'elle recourra à eux dans un proche avenir: "Please ask your little ones to raise their voice when they read". 
Congrats young guys for your first test in public: "Jesus is born today. Rejoice and celebrate!"

Joyeux Noël

25 décembre 2014

Meilleurs voeux de Noël à tous
Auguri di Buon Natale a tutti voi
Euch allen Frohe Weihnachten
Merry Christmas to you all
Nkinsi ya Lubutuku ya mbote na beno yonso.
Mbotama elamo na bino banso
Benu bosu lubutuku lwa Yezu lwa mboti

Kahiudi, Chrystelle, Claver-e