29 nov. 2016

Une pluie abondante a tout paralysé

Ce 29 novembre, l'île de la Barbade a connu une pluie abondante qui l'a paralysée. Toutes les routes ont été inondées. L'eau a débordé un peu partout, et la pluie a continué toute la journée. Les voitures flottaient comme des amphibies dans d'immenses flaques d'eau. J'ai déjà vu cela. C'est une chose de voir de loin, c'en est une autre de se retrouver dedans. Dieu soit loué, on est rentré sains et saufs à la maison. Au moment où j'écris ces lignes, il continue de pleuvoir. 

Nicolas Berends (1927-2016) in memoriam 2

Je voudrais dans ce deuxième volet de mon éloge à Nico livrer quelques éléments un peu plus personnels. Nico Berends était un missionnaire respecté et écouté dans la SVD. Il jouissait d'une réputation d'excellent curé, d'initiateur expérimenté de jeunes prêtres qui lui étaient confiés sans autres. Les aînés Charles Kapende et Innocent Mwela avaient bénéficié de sages conseils. Homme de principes, intègre et idoine dans l'exercice de son sacerdoce, il fut un modèle pour beaucoup de jeunes. A ce titre, il a été un soutien remarquable pour l'évêque M'Sanda qui a énormément compté sur lui. Longtemps, Nicolas Berends a été membre du conseil diocésain, consulté pour toutes les décisions importantes. Son option de s'incardiner au diocèse de Kenge était mal vue par certains amis, mais était la preuve de son attachement à la mission de Kenge, en contradiction ouverte avec les prises de position de la SVD. 
Juste un exemple. En 1977, il avait demandé à l'abbé Denis Luhangu de quitter la paroisse St Hippolyte parce qu'il ne pouvait pas soutenir un prêtre dans sa dispute contre son évêque. Lorsque je le lui ai reproché en 1985, il m'a dit qu'il avait agi conformément à ses convictions de prêtre et curé-doyen. Mais lorsque je le revis en avril 1998 à Kinshasa-Debonhomme, il était en rébellion contre le même évêque qu'il avait longtemps publiquement soutenu. Nico a été un des rares à qui j'avais personnellement annoncé ma renonciation au sacerdoce et qui m'a compris, sans me condamner. Je rappelle ces deux faits pour souligner que Nicolas Berends est un homme, avec tout ce que cela comporte comme contradiction.
En 1987, lorsque je devais partir pour Fribourg, il m'a demandé de garder un projecteur de diapositives. Je le lui ai accordé sans hésitation car je savais qu'il en avait besoin plus que moi. J'avais beaucoup de conversations ouvertes avec lui sur n'importe quel sujet. Nous parlions souvent de l'évêque, des confrères, des missionnaires. Nous discutions théologie et vie. Lecteur assidu, il aimait critiquer le théologien Schillebeeckx, son compatriote. Très ordonné, très organisé, il était très régulier dans tous ses exercices spirituels et travaillait sans relâche.
Un soir de 1985, je lui ai demandé ce qui était le plus difficile pour lui au cours de sa vie sacerdotale. Il m'a répondu: "Composer une homélie". J'étais stupéfait, ahuri. Comment cela se pouvait-il pour un prêtre qui célébrait ses trente ans de sacerdoce? Un prêtre dont les sermons étaient très bien articulés, profonds et édifiants. Comment pouvait-il prétendre que préparer un sermon était difficile? C'est alors qu'il m'expliqua pourquoi il les mettait toujours par écrit, et suivait strictement ses notes. La difficulté pour lui consistait à trouver quelque chose d'instructif en dehors du schéma habituel du déjà connu et mille fois répété. Il me montra à cette occasion quelques cahiers où il écrivait ses homélies. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Nicolas n'était jamais satisfait jusqu'à ce qu'il eut livré son prêche. C'est côté jardin. Que dis-je côté cour.
S'il est des qualités que j'ai pu admirer chez l'abbé Nico Berends, c'était la piété, la simplicité, la modestie, l'humilité et le respect des autres. Qui aurait cru que le grand compositeur était un homme si retiré? Qui aurait cru que ce missionnaire qui a fondé le séminaire dans lequel j'étais formé, possédait un côté humain à désarmer les soldats les plus féroces? Quelle intelligence! Quel sens d'humanité! Sa présence m'a aidé à surmonter certaines difficultés que j'ai rencontrées à l'évêché. Nous avons aussi eu des désaccords sur tel ou tel points, mais dans le strict respect mutuel. Une fois, je me suis fâché contre lui. C'était le mercredi saint de 1987. Il s'était plaint que je l'avais laissé seul préparer les fêtes pascales alors que j'étais allé, sur sa demande faite en sa capacité de doyen, animer une récollection à Kenge II. Là alors, je ne me suis pas retenu. On a réglé la situation, nous sommes restés bons amis.   
Lorsque je suis retourné de Fribourg en 1992, au cours d'une messe à Anuarite, il m'a fait un éloge très fraternel qui m'a touché. Il a attiré l'attention des fidèles en mentionnant que ma signature se trouvait dans les registres des premiers baptêmes et mariages célébrés à Anuarite, du temps de Saints Pierre et Paul. Je me souviendrai toujours de sa formule: "Mono kele mukobo ya Nzambi" pour traduire la chasteté religieuse. J'ai toujours aimé l'originalité chez Nicolas, quoique certaines personnes ne partagent ce point de vue. "Tche", disait-il pour protester contre quelque chose.
Le moment n'est peut-être pas approprié pour rapporter ces histoires, mais ce sont les souvenirs que je garde de Nicolas Berends, le seul curé dont j'ai été le vicaire dominical pendant mon apostolat à Kenge. Et je ne le ferai jamais si je ne le fais aujourd'hui. Chapeau Nico et merci. Un prêtre exemplaire. Un missionnaire dans l'âme! Un apôtre des jeunes et un monument de la mission. Ses chants liturgiques traduits dans plusieurs langues resteront à jamais gravés dans la mémoire artistique universelle.
Adieu Nicolas! "E Nzambi Ungolo, Nzambi Ungolo, Nzambi Ungolo Ugangidi" 
Je m'unis volontiers à la prière de ta famille biologique et spirituelle pour que le Seigneur t'accueille dans son royaume céleste. Requiescas in pace!

Nicolas Berends (1927-2016) in memoriam 1


L'abbé Nicolas Berends est mort depuis le 26 novembre 2016 à Arnheim en Hollande dans la paix du Seigneur, de suite d'une longue maladie qui l'a obligé à passer les dernières années dans un home médicalisé. Paix à son âme! Un monument de l'évangélisation du diocèse de Kenge vient de disparaître. Comment le définir? Prêtre, musicien, liturgiste, enseignant, directeur, ce missionnaire infatigable a fondé le petit séminaire de Kalonda en 1959 et la paroisse Sts Pierre et Paul en 1984, devenue plus tard Anuarite. Je ne peux que rendre hommage au Seigneur d'avoir passé quelques années de ma vie à ses côtés, et co-fondé la paroisse Anuarité dont je fus le vicaire dominical. Je ne peux que le remercier pour sa contribution à ma vie, car je garde des souvenirs inoubliables à ses côtés. Si l'occasion me le permet, je publierai quelques photos souvenirs. Commençons par le commencement!
C'est le 2 juin 1970 que j'ai pu mettre un visage sur le nom du Père Nicolas dont la réputation était si solidement enracinée à Kalonda. Il était venu par le petit porteur du Frère Michel Falcon, de Bandundu St Hippolyte où il était curé pour la Fête patronale du 3 juin. Signe d'un attachement à notre Alma Mater, il venait chaque année à la Fête de St Charles Lwanga. Je suis entré au petit sémainre de Kalonda en septembre 1969, l'année où l'équipe des pères Jean Van Baal - Nico Berends était remplacée par les abbés Dieudonné M'Sanda et Firmin Kilunga. Les anciens de deuxième année nous rabattaient les oreilles - Kerezina, Nsutieri, Séraphin Mbenza, Mvunzi, Muyembe, Kandodi, Ndindi, Mankasi, Matonga - vantant sans cesse les prouesses musicales, spirituelles et humaines du Père Nicolas. Ils étaient relayés dans cet éloge par nos propres condisciples de Bandundu: Roger Ekwe, François Mapasu, Antoine Mindua, Alexis Olenga, J'eus donc l'immense plaisir, que dis-je honneur, de le saluer à la descente d'avion à côté d'autres élèves de ma classe. Je me souviens de ses cheveux lisses, je me souviens qu'il chanta l'évangile.
La deuxième bonne rencontre eut à Bandundu, le 21 avril 1974 à Bandundu, l'occasion de l'ordination du premier prêtre diocésain formé à Kalonda, l'abbé Innocent Mwela. Le Père Nicolas était l'homme le plus heureux, ce jour-là, comme je l'ai déjà  écrit sur ce blog. Devant Mgr Hoenen et toute l'assemblée en liesse, il tint un discours retraçant l'histoire du petit séminaire. Je me souviens de deux détails douloureux: l'incendie qui frappa le séminaire et la mort d'un séminariste. "Je ne voudrais pas abuser de la patience ..." a-t-il dit. Comme pour dire que le travail de pionnier comporte des heurts souvent difficiles à surmonter. 
Depuis ce temps, les contacts devinrent plus fréquents. Je le revis en 1978 à St Hippolyte alors que j'exerçais mon ministère pascal de grand séminariste auprès du P. Gino Selvaggi à St Paul. Tous les grands séminaristes en ministère s'étaient retrouvés à St Hippolyte pour compatir avec Albert Mundele qui venait de perdre son père. Nico nous a permis de nous receuillir et a facilité qu'Albert prenne le petit porteur pour Kalonda. Quelques mois plus tard, le 6 août 1978, il nous a de nouveau accueillis à St Hippolyte pour la cérémonie de la vêture (Kiosi, Mabana, Mampuya, Matonga, N'Koy, Olenga). On s'est retrouvés à Kenge une semaine plus tard, le 13 août 78, pour l'ordination de deux de ses anciens élèves: Michel N'Gob et Jean-René Singa. 
A mon retour de Rome en 82, il était encore curé à St Hippolyte. Nommé vicaire épiscopal ad casum, il assurait la conduite des affaires courantes en l'absence de l'évêque. Je me suis donc rendu, en octobre 82, à Bandundu pour un séjour de travail. Il a rejoint Kenge peu avant le retour de l'évêque. C'est en ce moment qu'il me soufflera qu'il a entamé des démarches pour quitter la SVD et s'incardiner au diocèse. Ayant quitté Bandundu sans trompette ni fanfare, il s'est installé à la procure de Kenge, pendant l'année 83-84 en attendant une affectation. C'est à partir de cette année-là que nous deviendrons un peu plus proches car l'évêché allait se déplacer de la procure sur la colline où il se trouve jusqu'à ce jour. 
L'érection canonique de la paroisse Sts. Pierre et Paul eut lieu le 29 juin 1984, mais le travail effectif commença un peu plus tard. Entre-temps, l'abbé Nicolas Berends qui venait d'obtenir son incardination organisait déjà le ficher paroissial. Très efficace, méthodique, Nicolas était un pasteur chevronné. La toute première messe eut lieu, si ma mémoire est bonne, en septembre 84, juste à la véranda attenante au refectoire de l'évêché. Les Köberleins ont fait des photos et des vidéos. Les trois années suivantes étaient marquantes pour mon développement dans la pastorale paroissiale. Avec Jean-Pierre d'heureuse mémoire, nous avons mis sur pied un système collégial de collaboration respectant les attributions de chacun. (A suivre)

Mort de l'abbé Nicolas Berends (1927-2016)

Sent: Saturday, November 26, 2016 7:53 PM
Subject: REDF.: 1241/816 mort de Nico BERENDS

Cher Henri,
Ce soir la soeur de l’abbé Nico Berends m”envoie la triste nouivelle  que Nico BERENDS est décédé ce matin vers 3 h. Il est endormi tout doucement. Les details de l’enterrement suivront plus tard. Que Dieu donne le plein bonheur à son serviteur fidèle.
Meilleures salutations,
P. Gust Van den Broeck

Que son âme repose en paix!
"E Nzambi ungolo, Nzambi ungolo, Nzambi ungolo ugangidi"
C


27 nov. 2016

Bon anniversaire Claire

Le 26 novembre, c'est l'anniversaire de Claire Djoma. Je n'ai pas oublié, mais je n'ai simplement pas eu l'ocasion de lui exprimer mes voeux. A défaut de les lui écrire directement ou oralement, je préfère le faire par cette voie o combien médiatique et publique. Elle me pardonnera ce geste. D'autre part, ne dit-on pas que les mots s'envolent, et que les écrits restent.
Joyeux anniversaire ma Claire! Que mes voeux te rejoignent là où tu te trouves en ce moment. All the best. 

26 nov. 2016

Nico Berends

"Mbote Dekunda, nge me wa nsangu ya Nico Berends. Il est mourant. Sa soeur a écrit à Gust Van den Broeck et à moi. Beto samba ti yandi ye sambu na yandi. Pesa familia mbote. Enrico!" Le nom de Nicolas a été cité plus d'une fois sur ce blog. 
Union de prières pour ce monument de la mission diocésaine de Kenge.
C

Adios Fidel Catro (1926-2016)

Un grand de ce monde est mort. Le dernier cacique du communisme pur et dur vient de passer définitivement la main. Le lider maximo cubain, emblème d'une époque historique, père de la révolution, vient de tirer sa révérence. Sacré Fidel.
Figure controversée à plusieurs égards, le président de Cuba de 1959 à 2008 est un homme dont la longévité fait un des derniers défenseurs du socialisme sur le modèle soviétique. "O Socialismo o Muerte" proclama-t-il lors de la déchéance de l'Union Soviétique. Un révolutionnaire consistant et constant dans sa pensée. J'ai pendant quelque temps suivi ses analyses des événements politiques de ces dernières années. Quelle perspicacité! Quelle cohérence dans les idées! J'ai déjà écrit quelques impressions à ce sujet sur ce blog. Après, je ne sais pour quelles raisons, je n'ai plus rien reçu. Mon nom a sans doute été supprimé de la mailing-list de ces précieuses pensées. 
Avec Castro, j'ai découvert une autre façon de penser; ce qui n'est pas insignifiant dans le contexte du monde actuel où tout est devenu sujet à mondialisation. Un personnage respectable à plusieurs égards pour avoir résisté aux assauts des Américains en se servant de la protection soviétique. Tenir tête à neuf présidents américains, il faut le faire. Aujourd'hui, les relations diplomatiques rétablies entre les US et Cuba sont le signe d'une détente exceptionnelle, qui n'aurait sans doute jamais eu lieu si Fidel  Castro avait encore été président. Ce dictateur qui a regné sans jamais organiser des élections et qui est abhorré par les Occidentaux a réussi un de meilleurs systèmes d'éducation et de santé au monde. Tous les opposants potentiels et réels étaient soit emprisonnés soit éliminés physiquement, système de pensée unique oblige. On comprend, ahuri et hébété, que les dissidents cubains vivant en Floride soient en train de célébrer ce jour en paradant dans les rues de Miami. Chacun a le droit de lire l'histoire avec ses yeux. 
Cet ancien élève des jésuites a marqué le monde par sa révolution, son activisme et ses convictions socialistes jamais démenties. Je ne suis pas politologue, je n'aime pas le politicien en lui, mais le penseur en lui me fascine à cause de son originalité. J'en connais des intellectuels africains, latino-américains et européens qui ont été littéralement fascinés par ce combattant exceptionnel. Depuis qu'il s'était retiré, sans jamais vraiment se retirer, il a développé une personnalité plus affable, plus amène et plus abordable quoique ses options fondamentales de base soient demeurées intactes. Il a servi son pays contre vents et marées, et il a gagné son combat. L'histoire ne l'oubliera jamais, ce révolutionnaire courageux qui a marqué le siècle passé de son sceau personnel. Qui sait? Peut-être le plus grand homme politique du siècle passé!
Adios Lider Maximo! Paz a tu anima!