31 mai 2020

Hommage à l'abbé Antoine Oscar Makolo (1939-2020)

30 mai 2020, la nouvelle est tombée comme un couperet sur l'écran de la vie: l'abbé Oscar Makolo, le puissant coordinateur diocésain des écoles conventionnées du diocèse de Kenge, est mort à la Polyclinque Bondeko de Kinshasa. Que son âme repose dans la paix éternelle du Seigneur. Amen Alleluia. Par où commencer pour décrire le souvenir que laisse cet homme de Dieu? Un homme-symbole à plusieurs titres. J'ai déjà parlé de lui sur ce blog car il a aussi marqué ma vie en tant que formateur et confrère prêtre. L'article s'intitulait: "Où est passé l'abbé Oscar Makolo?"  Je l'ai assez connu pour rendre ce témoignage strictement personnel.
Dans l'entrée de mars 2016, j'ai écrit ce qui suit:
"Il était mon formateur au petit séminaire de Kalonda. Comme tous mes aînés, il a énormément contribué à ma formation personnelle, notamment en français-langue. Je l'ai revu pour la dernière fois en 2008 à la Première Rue. Il ne m'appartient pas de le juger, mais de souligner simplement que son jubilé sacerdotal aurait été un moment important dans l'histoire du diocèse étant donné qu'il a été, en 1957, le tout premier séminariste admis à Mayidi pour le compte de la Préfecture Apostolique de Kenge. Son jubilé aurait bien coïncidé avec celui du diocèse. C'est vraiment dommage qu'un tel événement n'ait pas été célébré en bonne et due forme. La contribution de l'abbé Makolo au diocèse de Kenge et à la coordination nationale ne sera jamais effacée de nos mémoires. Où qu'Amos se trouve en ce moment, quoi qu'il fasse, je lui envoie mes salutations, je lui souhaite paix et joie, grâces et bénédictions divines." 
Ma première rencontre avec l'abbé Oscar date de 1966-67 à Kenge alors que je suis en troisième primaire. Responsable de discipline et enseignant à St Jean Bosco (Nto-Kiese), il est connu de la génération des gens comme François Mayengo, Félicien Kasiala, Jean-Marie Petipeti et compagnie (Ignace Mbanza, Philo Kayolo). Il célébrait la troisième messe à St Esprit, en français. A l'époque, il m'arrivait de suivre deux messes de suite. Je le voyais, l'écoutais mais il ne m'avait jamais adressé la parole. C'est plutôt en septembre 1970 que je le reverrai au petit séminaire de Kalonda alors qu'il continue des études de lettres à Lubumbashi. J'apprendrai dans la foulée qu'il est l'oncle de mon condisciple Antoine Mindua, l'actuel juge à la CPI. On le voit souvent en compagnie de l'abbé Firmin Kilunga.
L'année suivante, à la fin de sa licence en philologie romane, le spécialiste de Jean Giono (dont j'entendais parler pour la première fois d'ailleurs) revient remplacer l'abbé Kilunga comme préfet de discipline à Kalonda. Aussi rigoureux que son prédécesseur, Amos "racourbattra" avec l'abbé directeur M'Sanda, un excellent travail dans la formation des jeunes séminaristes. Il fut mon professeur de français, de chimie organique, d'esthétique… je retiendrai qu'en poésie, il m'enseigna l'acrostiche. Les prêtres enseignaient tout, avec une certaine réussite, même des sciences en dehors de leurs spécialités. Lorsque notre professeur de trigonométrie et de mathématique devint évêque, il s'arrangea pour s'assurer les services de son meilleur compagnon de l'époque. 
Une parenthèse. En 4e littéraire (1972-73), je fus vice-bidèle général d'Anicet Kerezina. La fête du 3 juin 73 connut un incident: Mgr Franz Hoenen n'était pas installé au siège d'honneur qui lui revenait lors de la représentation théâtrale. Ce qui souleva une colère indignée de l'abbé directeur. La faute me fut imputée car Kerezina était suspendu en ce temps-là. Je fus sérieusement menacé de renvoi par le directeur. Je me voyais déjà au collège de Bandundu, mais l'abbé Oscar me rassura que je ne serais pas renvoyé, divulguant au passage un secret que je ne saurais diffuser ici. Tout en le remerciant, je n'ai jamais oublié qu'il m'a fait jouer le rôle de Véronique dans Le voyageur sans bagages de Jean Anouilh. 
Mai 1974: l'abbé préfet avait l'habitude d'éteindre brusquement la lumière dans la salle de classe lorsque nous dépassions l'heure de l'étude, ou de s'infiltrer incognito dans le dortoir des grands afin de s'assurer qu'on faisait silence à notre arrivée. Un soir on entendit dans l'obscurité:  "Tais-toi Florent" - "Tais-toi toi-même Makolo" que lui avait répondu Florent Gabati signant ainsi son renvoi du séminaire. 
Entre 1974 et 1981, l'abbé Oscar Makolo fut le bras droit de l'évêque qu'il appelait amicalement "Dieudonné" et qu'il tutoyait en public. C'est lui qui assumait la charge du diocèse chaque fois que Mgr M'Sanda voyageait hors du pays. Une collaboration et une complicité sans failles dans la gestion du diocèse. 1974-76, préfet de Nto-Kiese. 1976-77 directeur du petit séminaire de Kalonda. 1977-81 coordinateur diocésain des écoles conventionnées catholiques. 
Septembre 1975: L'abbé Makolo nous a conduits d'Ito où l'abbé Henri Izwa nous a prêché la récollection des grands séminaristes. Nous sommes passés par Beno que je voyais pour la première fois, avons atteint Kalonda avant de continuer nuitamment sur Kenge. Au niveau de Tsakala, un cycliste ivre a failli se faire écraser n'eût-été la maîtrise du volant de l'abbé Makolo. Témoins les séminaristes Michel N'Gob, Firmin Mukwasa, Eugène Kapita, Alexis Olenga, Séraphin Kiosi et moi. Le groupe resté à Ito comme celui de Kenge traduisait du français en kikongo le missel édité et publié plus tard par Nicolas Berends sous le titre de Fukimina Mfumu Kikanda ya Nzambi. 
Octobre 1977: Séraphin Kiosi et moi sommes à Bulungu après la session église-monde de Ngi. L'abbé Oscar nous rappelle par la phonie de l'état et organise notre voyage pour Kin par Kenge-Rapide d'Omadjela. 
Juin 1978: Faustin Mampuya et moi nous nous inscrivons au jury universitaire de philosophie organisé par les Facultés Catholiques de Kinshasa. L'abbé Makolo ne nous accorde pas l'autorisation alors que nous nous trouvons déjà au Centre Nganda avec d'autres grands séminaristes venus de différents coins du Zaïre. Faustin appela cet épisode "Mutshatsha", un lieu hécathombe où les FAZ déguerpirent lors de la guerre du Shaba.
En 1981- l'abbé Makolo fut nommé coordinateur national adjoint à la CEZ avec l'abbé Dibalu comme patron si ma mémoire est bonne. Les relations entre les deux tenors se détériorèrent lamentablement, créant irrémédiablement et ostensiblement une fissure qui consacra la division Nord-Sud du diocèse. Une page sinistre de l'histoire de ce diocèse dont les séquelles se ressentent encore subrepticement jusqu'à ce jour. Après ses mandats à la conférence épiscopale, l'abbé Oscar est retourné au diocèse notamment comme curé à la paroisse Notre-Dame de Malebo, puis économe diocésain, etc. Je ne saurais rien dire sur ces années-là n'ayant pas vécu ces événements personnellement. 
Je l'ai revu en 2008, en 2017. Il me croyait enseignant aux Indes: University of the West Indies. La toute dernière fois le 15 juillet 2018 après-midi à la procure de Kenge. Je ne l'oublie pas car c'était après la fête du mariage d'Alice et Jude à Apocalypse, Ndjili. J'y suis vite passé rencontrer Oscar Lemfu qui m'attendait. Amos se trouvait à l'entrée en compagnie de l'abbé Robert Lusilu avant que les abbés Fansaka, Lemfu, Matonga et un autre ne nous rejoignent. 
L'abbé Oscar Makolo, un autre qui n'a jamais eu de nom authentique zaïrois. Je me souviens de ses blagues universitaires sur les "curés". Autoritaire, cassant, mais humoriste à ses heures, Amos a servi le diocèse de Kenge et l'église avec ses capacités humaines et spirituelles. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, il mérite respect et reconnaissance. 
Je m'unis volontiers à la douleur de sa famille biolgique et du diocèse de Kenge en ce moment difficile de confinement. Kwenda mbote mbuta. Kuvila beto ve. Nzambi kuyamba nge na bwala na yandi. Amen.  


30 mai 2020

Hommage à Doyen Jean-René Singa (1949-2020)

Septembre 1969. J'ai vu pour la première fois l'abbé Jean-René Singa dans les premiers jours de mon arrivée à Kalonda. Il partait pour Kinzambi avec les aînés Mandaka, François Lukanzu et Michel N'Gob. Ils étaient considérés comme des héros pour nous, enfants de 12-14 ans qui arrivions fraîchement dans ce milieu réputé à la discipline rigoureuse. En septembre 1970 les abbés René et Michel étaient de nouveau là, cette fois comme grands-séminaristes en stage avant de se rendre à Mayidi. On les reverra régulièrement soit à Kalonda, soit à Kenge. Je me souviens que j'entretins une correspondance épistolaire avec l'abbé René vers la fin de mes études secondaires.
En 1973-74, les deux Dupont étaient affectés pour une année comme régents à Kalonda. Doyen m'enseigna la géographie en 5e année. Un professeur à la méthode originale qui prenait le temps de nous dicter la matière et de commenter par moment le contenu. Cette année-là les élèves de 5e étaient logés à la maison régionale, parce qu'on construisait un dortoir + deux classes à côté du réfectoire. Deux chambres vides nous séparaient de celles des abbés Kapende, Singa et N'Gob. Un trio inséparable cette année-là. 
C'est comme grand séminariste que je connaîtrai plus personnellement Doyen. Les contacts étaient très fréquents entre Mayidi et Jean 23. Plus d'une fois, je suis allé leur rendre visite à Jean 23. Je me souviens d'un match de foot qui nous a apposés à Mayidi; et d'une réunion à son initiative des grands séminaristes de Kenge à Mayidi qui rassemblait ceux des FTK, Jean 23 et Mayidi (Bwanana, Lemba, Mbenza, Manzanza, Mukwasa, N'Gob, Singa, Kasamba, Bampoli, Ngambele, Pindy, Pini-Pini, Mifuku, Ilenda, Busina, Kisambu, N'Koy, Olenga, Matonga, Kiosi, Mampuya et Mabana). En revoyant une photo de ce weekend-là, Doyen nous dira: "L'arbre ne tombe que du côté où il se penche". Je n'oublierai jamais la lettre de protestation qui, sous l'instigation de Doyen qui la signa, fut adressée à l'abbé Oscar Makolo, alors vicaire épiscopal ad casum en l'absence de l'épiscope, à l'occasion des funérailles de Firmin Mukwasa. Nous avions estimé que les célébrations de Kalonda étaient précipitées. Ironie du sort. Les voilà tous les deux morts aujourd'hui presque à la même date. Ils seront enterrés dans les conditions expéditives du Covid-19. Paix à leurs âmes! 
Doyen et l'abbé Michel seront orodonnés prêtres le 13 août 1978 à Kenge après leur stage diaconal à Kalonda. En 1978-79 Faustin Mampuya et moi sommes affectés comme régents à Kalonda. L'abbé Charles Kapende est directeur, et l'abbé Singa préfet de discipline, chargé de l'internat. A ce titre il sort souvent pour approvisionner le séminaire en manioc, maïs et autres vivres. Quel dévouement et quel zèle! Ce fut l'année de l'ouverture du grand séminaire St Augustin de Kalonda en novembre 78 par Mgr Lubaki de Matadi.. 
Doyen, homme flegmatique mais sensible et irascible, se montrera très fraternel à notre égard. Contre l'avis du directeur, il nous apprendra à conduire sur la piste d'aviation avec une jeep Land Rover ouverte qu'il était allé prendre (de force) à la procure de Kenge. Mon premier croisement fut sur la route de Masamuna à Kikongo Mudiata avec le frère Jean Baptiste qui revenait de Bonga. J'ai apprécié sa simplicité, sa fermeté et surtout son sens pratique devant certaines situations difficiles. Il s'installa dans l'infirmerie. Son sens naturel et méticuleux de gestion le destinait à des charges d'économe ou comptable. 
Comme l'évêque avait décidé de déplacer le petit séminaire aux environs de Kenge, l'abbé Singa fut instrumental pour la prospection, la négociation et l'implantation du seminaire sur le site de Katende. Comme on le dit de Nicolas Berends à propos de Kalonda, Jean-René Singa doit être considéré comme le fondateur du petit séminaire de Katende. Le pionnier avait certes à ses côtés les régents Albert Mundele et Romain Kaloso. Il a travaillé dur pour rendre ce site accessible, viable. Mgr M'Sanda ne cessait de vanter ses mérites lorsqu'il nous visitait à Rome: du courant électrique et de l'eau coulante dans des maisons en pailles. J'avais hâte de voir cette merveille de Katende. Je revins au pays début août 82 lorsque Doyen partait pour ses études de sociologie à Rome. Je l'ai revu le jour de notre ordination diaconale des 12 apôtres à Kenge: "Félicitations Kahiudi" m'a-t-il lancé. Je l'ai ensuite revu chez l'abbé Michel peu avant son départ pour Kinshasa. 
Pendant son séjour romain entre 1982 et 85, nous avons entretenu une correspondance assez régulière. En fait, il construisait sa maison du côté de l'évêché. Je servais de relais pour la réception de l'argent pour l'approvisionnement du matériel de construction. Je garde encore le carnet dans lequel j'annotais toutes les recettes et dépenses. Et en juin 1985, lorsque je passai à Rome, Doyen m'accompagna à l'organisme "Eglise en détresse" pour un projet de jeep que le diocèse obtint en faveur de la paroisse St Hippolyte, Bandundu. Il conduisit aussi cette jeep lorsqu'il devint curé à cette paroisse. A son retour de Rome en 85 avec une licence en sciences sociales, le spécialiste de déforestation/reboisement fut tour à tour économe au grand séminaire de Kalonda, curé à Manzasay avant St Hippolyte Bandundu, Kolokoso. Nommé secrétaire général académique, directeur général de l'ISTM Marie Reine de la Paix à Kenge, il connut une traversée du désert. Je l'y visitai le 11 juillet 2012; il y réalisait la construction de quelques bâtiments avec l'appui d'amis italiens et autres. La présence de Mr Venant Kololo dans son équipe me rappela les débuts de Katende. Suspendu à divinis par l'évêque Mudiso en 2012, Doyen verra sa dignité ecclésiastique chanceler et sa santé se détériorer de façon irrémédiable. Soumis à de fréquents contrôles souvent avec des moyens limités, laissé à la charge de sa famille et de quelques amis tels l'Honorable Godefroid Mayobo, l'abbé Singa a énormément souffert et porté sa croix avec patience. J'ai eu la chance de lui rendre visite à plusieurs reprises lors de mes séjours d'enseignements à l'ISP Kenge. La dernière en date est du 26 décembre 2019. J'en garde des souvenirs pénibles.
Que faut-il retenir du parcours atypique de cet homme de Dieu? Doyen fut un homme sans peur, ferme et des fois insensible face aux événements qui l'entouraient. Un contestataire difficile à diriger, qui faisait ce qu'il voulait tel qu'il le voulait. Il savait surtout écrire. Ce fut lui le rédacteur principal d'une lettre pamphlétaire contre Mgr M'Sanda qu'à l'époque, contacté par Flavien Busina, j'avais refusé de co-signer. Il en écrivit une autre contre Mgr Mudiso et compagnie, qui lui valut la suspension ad aeternitatem (Cf supra. ce même blog). Il refusa de se rendre à Matari où il fut nommé curé, et continua sa charge de DG jusqu'au jour où il fut remplacé par l'abbé Firmin Mboma. (Cf supra. ce même blog). L'abbé JR Singa Mbaanza Tsingani fut réhabilité dans ses charges presbytérales en août 2019 dans la deuxième année du pontificat de Mgr Jean-Pierre Kwambamba, l'évêque actuel de Kenge. Le voilà aujourd'hui au bout de son chemin! Je salue en lui mon aîné, mon formateur et mon confrère de sacerdoce. Au-delà de nos différences humaines, nous avons su nous entendre à merveille. Merci mbuta, tu as tenu bon. Va en paix au Royaume Céleste. 
"Ne kwikidi ku kikukondi kwaku" (Si tu ne crois, c'en est fini de toi), fut sa devise sacerdotale. Wenda mboti Doyen. Kuna wendi tuyindulaka.   




    


Abbé Oscar Makolo in memoriam

30 mai 2020, 5h09. Le message est cinglant: "Abbé Makolo vient de mourir... C'est l'A. Marc qui a écrit" (G Ilenda). Tout de suite après, je reçois des messages d'Arthur Mungwasi: "L'abbé Oscar Makolo vient de rendre l'âme il y a 30 minutes à la Clinique Bondeko, à Kinshasa. Paix à son âme.... C'est triste pour ces deux cas de décès dans notre diocèse." Ensuite c'est l'abbé JR Mifuku qui me contacte. Etc. 
Après Doyen, c'est au tour de l'abbé Makolo de tirer sa révérence. Le poids de l'âge certes, mais les conditions de la pandémie du coronavirus rend les choses difficiles. Je les savais tous deux malades grâce à une communication de l'abbé Oscar Lemfu trois jours auparavant. Les deux étaient en soins intensifs à St Joseph et à Bondeko.

Les deux furent mes formateurs à Kalonda et mes confrères au diocèse de Kenge. Je m'associe volontiers à la douleur qui frappe leurs familles bilogiques et spirituelles. Union de prières avec l'évêque, le clergé et l'église de Kenge en hommage à ces serviteurs de Dieu.

29 mai 2020

Abbé Jean-René Singa in memoriam

29 mai 2020, 8h23. Voici le message whatsapp de l'abbé Oscar Lemfu  qui sonne le glas:
"On venait de m'appeler pour m'annoncer le décès de l'abbé Singa." (Sic)
Ooooooooo mon Dieu. Que son ame repose en paix.

28 mai 2020

Adieu abbé Célestin Manzanza

Dans la nuit du 25 au 26 mai 2020 est mort à Kikwit l'abbé Célestin Manzanza, alias Macélé, du diocèse de Kikwit. Selon une lectrice qui m'a recommandé d'écrire un éloge à son sujet, il a été enterré hier au cimetière ecclésiastique de Kinzambi. Que son âme repose en paix! 
Voilà quelqu'un qui est resté égal à lui-même. Un prêtre original, un agréable plaisantain, un animateur comique, un entreteneur éloquent, et  surtout et pas des moindres, un acteur exceptionnel de théâtre. Oui, il est le meilleur acteur que j'aie jamais eu comme condisciple. Le littéraire-dramaturge et metteur en scène que je suis sait de quoi il parler. C'est en octobre 1975 que je fis sa connaissance au grand séminaire régional de Mayidi alors qu'on venait de le rouvrir après une fermeture qui a dispersé les grands séminaristes dans différents diocèses. Il venait de Kikwit avec Odon Shita (+), Jean Chrysostome Akenda, Honoré Mitelezi, Robert Mangala, Sébastien Maluma, etc. pour la première année de philosophie. Il se fit remarquer dès la première année. Il était de ceux qui, par leur talent de créativité, rendaient la vie monotone de Mayidi agréable et supportable.
Pour moi, Macélé, c'est d'abord "Doux Soleil", "cigalomanie", "Mayidi Kiese Yaye", "trou d'air" au football et "Caliban dialecticien" dans la pièce Une tempête. Ou encore : "La nouvelle neuve n'a-t-elle pas remplacé l'ancienne vieille." On s'appelait mutuellement "Djo Pop". Pendant les trois années de Mayidi, Célestin jouait le rôle d'acteur principal à chaque pièce créée à la Saint Bellarmin, le 13 mai. Ce fut toujours une soirée de gloire pour notre ami qui y mettait son coeur et sa passion. C'est lui qui en décembre 1977 découvrit, en marchant dessus, le cadavre de Munguruba, séminariste d'Idiofa, mort noyé à l'étang (cf. article du 11 février 2018). Nos chemins se sont séparés après Mayidi: il est allé à Jean 23 et moi en régence à Kalonda.
De là à devenir un excellent prédicateur, le trajet était planifié pour lui. L'abbé Célestin Manzanza ordonné en août 1982 s'est spécialisé dans l'animation et l'accompagnement des Légionnaires de Marie. La Légion de la SV Marie a été son domaine d'action de prédilection auquel il a principalement consacré son ministère pastoral. Mwana ya Mama, il a à ce titre sillonné quelques coins du pays et de la région. C'est dans le cadre de ses activités d'aumônier des légionnaires que je l'ai rencontré à la Procure de Kenge en 2018. Nos retrouvailles étaient émouvantes après plus de vingt ans de séparation. Au menu de nos échanges figuraient les souvenirs de Mayidi, Kisantu, Ngeba, Zunzi, Mbanza-Ngungu, les récits des ngemba-ngemba, et bien entendu les nouvelles de nos formateurs et amis. Ma lectrice m'a révélé qu'il allait suivre sa maman pour l'aider au champ de manioc, de maïs ou d'arachides.
Macélé est un homme plein de vitalité, de jovialité et de pieuse ferveur. Il ne me reste qu'à m'unir à la douleur de sa famille biologique et spirituelle. Djo Pop kwenda mbote! Kuvila beto ve. 

24 mai 2020

Confinement, quid?

Les mots surviennent et passent comme la mode. Chaque époque possède ses mots de prédilection par lesquels elle se caractérise. Ce n'est jamais le fruit du hasard comme souvent on le croit. Les circonstances créent un mot ou une expression et les sémantisent pour répondre à une sensibilité propre et précise. L'onomastique est de ce point de vue révélatrice de l'environnement socio-historique et culturel qui entoure la production d'un verbe, d'une expression ou d'un énoncé. Les particularités lexicales dépendent de l'institution, de la région ou du pays qui les produisent. Les belgicismes ou africanismes figurent au nombre des tournures reconnues par les plus récents dictionnaires de la langue française. 
Dans beaucoup de villes africaines, le mot "délestage" démontre combien les autorités urbaines ne sont plus en mesure de fournir simultanément l'électricité à toutes les parties de la ville. On alterne la distribution entre zones est - sud - ouest - nord et vice-versa, en fonction des jours, heures ou moments déterminés. Tout le monde connait ce vocable parce qu'il est vécu ces dernières années. Il y a trente ans, la distribution de l'électricité s'effectuait normalement à travers la ville. Mais la mauvaise gestion, la vétusté de l'équipement, l'expansion géographique ou l'augmentation de la population urbaine ont eu pour conséquence immédiate l'insuffisance de l'électricité pour tout le monde. D'où le recours à un rationnement contrôlé et différé de l'électricité à travers les différents quartiers urbains. 
Depuis quelques mois, c'est le mot "confinement" qui a vu le jour avec son tas d'expressions telles que "gestes  barrières", distanciation sociale", "mise en quarantaine", "port de masque". C'est "l'ère du coronavirus", le temps du Covid-19. On parle même de pandémie, de "pré-covid-19" et de "post-covid-19". Des mots ou expressions connus, il y a peu de temps, des spécialistes mais totalement inconnus du grand public reçoivent des connotations particulières. Confinement, ou shutdown, lockdown, ou Lockerung - je vois aussi Ausgangsbeschränkung - c'est la nouvelle réalité: "Plus rien ne sera comme avant". Afin d'éviter la contagion virale, le monde entier est prié de "rester chez soi". Une dictature sociale qui ne dit pas son nom. A-t-on jamais vu cela dans l'histoire qu'une maladie maintienne  enfermés des milliards d'humains à la maison pendant des semaines et des mois? Une sorte de peste à peine voilée, mais dont l'impact se révèle terriblement terrorisant et traumatisant sur l'avenir du monde. Des avions sont cloués au sol, des voitures stoppées devant les maisons, écoles et institutions publiques fermées, tous les lieux de rassemblement - églises, restaurants, théâtres, hôtels, marchés -    sommés de fermer jusqu'à nouvel ordre. Ordre a été donné par les puissants de ce monde de changer l'ordre économique et géopolitique du monde. 
Port de masques. Il y a quelques années, j'avais vu une collègue asthmatique avec un masque blanc au visage alors qu'elle conduisait sa voiture. L'image m'avait à la fois choqué et amusé. Quinze ans plus tard, ne me voilà-t-il pas conduisant masqué? Ce geste jadis obsolète s'impose aujourd'hui comme une norme de salut. Et lorsque j'en vois par centaines ou milliers, le littéraire que je suis pense spontanément au gouvernement des borgnes dont parle Tchicaya U Tam'si dans le Destin glorieux de Nnikon Nniku prince consort. Pour plaider allégeance au Président Ni Con Ni Cul et devenir son ministre, il faut s'éborgner d'un oeil. Imaginez tout un pays soumis à porter le masque à  l'oeil plutôt qu'au nez et au menton. Vous aurez alors compris ce qu'est le confinement. 


Dimanche de l'Ascension

Bon dimanche de l'Ascension aux lectrices et lecteurs de cde blog. Christ est monté au Ciel pour revenir dans la gloire à la fin des temps. 
Pensées spéciales pour les sœurs Andrea Zimmermann et Leonie Stefan pour leur énorme contribution à ma vie. Leurs âmes vivent à jamais dans mon cœur.