8 sept. 2025

40 ans de la Congrégation des Soeurs de Marie Reine de la Paix Kenge

7 septembre 2025. Les 40 ans de la Congrégation des Soeurs de Marie Reine de la Paix, Kenge, se sont célébrés à la cathédrale de Kenge. Ayant assisté à la fondation de cette congrégation en tant que proche collaborateur du fondateur Mgr Dieudonné M'Sanda, j'ai décidé d'écrire quelques pensées qui me passent par la tête. Ce témoignage n’à aucune valeur historique, étant donné qu’il est subjectif, lié à mes souvenirs et impressions personnels. Et il n'engage que moi. Remontons au commencement. 

Pendant longtemps le diocèse de Kenge issu de la scission des dioceses de Kikwit, Popokabaka, Kisantu et Inongo, n’avait pas de congrégation religieuse locale. Fruit de la mission SVD arrivée au Congo fin 1951-52 pour les premiers (PP Van der Heyden, Van Gorp, Van Den Boon, Hoenen, Fr Van Roijen), préfecture apostolique en 1957 et érigé en diocèse en 1963, le diocèse s’implantait lentement mais solidement dans l'entre Kwango-Kwilu et Mayindombe. Le voeu de voir un institut de vie consacrée de droit diocésain pour les filles à Kenge date de longtemps. Celles qui désiraient devenir religieuses étaient orientées ailleurs vers Kinshasa, Kikwit chez les Sœurs de Marie au Kwango, Kisantu, Popokabaka, Inongo, ou encore vers des congrégations missionnaires internationales. C’est le cas de Maman Esther Kanene ou Sr Pascaline Bindanda ou Sr Nzeyi pour ne citer que ces trois-là. De même pour les jeunes gens. Frère Grégoire Kuyenguna ne s'est-il pas retrouvé chez les Frères de St Joseph de Kisantu? L'histoire est longue. 

Les conditions n’étaient pas encore réunies pour fonder une congrégation diocésaine. A titre d’exemple, pendant ma régence à Kalonda, j’avais en février ou mars 79 accompagné, sur ordre de l’évêque, les candidates Régine Malosa et Charlotte Mangombo à Kikwit pour des contacts informels avec les Sœurs de Marie au Kwango. Ce fut d'ailleurs mon tout premier séjour à Kikwit. Sr Charlotte est devenue salésienne de la visitation, professe à voeux perpétuels depuis presque 45 ans, et Mama Régine vit comme laïque consacrée à Kin. 

La première fois que mes condisciples de théologie Flavien Busina, Benjamin Fala, Jean Pierre Gavuka, Faustin Mampuya) et moi avions entendu Mgr M’Sanda parler d'une congrégation diocésaine, c’était en 1981-82 à Rome, à la Casa Internzionale del Clero. Il cherchait des fonds auprès des dicasteres romains et d'autres organismes. Je l'avais aidé à la rédaction de certains de ces projets. A notre retour à Kenge en août 1982, une structure de base était déjà en place. Une maison était en construction dans l’enceinte de la Procure, juste derrière le bureau de la coordination. Les jalons de la construction du noviciat étaient déjà posés au Camp Zaïre sur une étendue de plusieurs hectares. Une jeep Land Rover de 5 portières de couleur jaune était déjà assignée à ce projet. On l'appelait la Reine. Comme il n’y avait pas de moyen de transport pour le secrétariat de l’évêché, il m'avait été permis d'utiliser cette jeep jusqu’à l'arrivée des soeurs formatrices et l’ouverture officielle du postulat. C’est même moi qui conduisis en décembre 82 les candidates postulantes à Bonga pour leurs attestations médicales. 

Trés actif, déterminé et engagé dans cette œuvre d’église, Mgr M’Sanda a sollicité auprès du Cardinal Joseph-Albert Malula de mettre au service de la nouvelle fondation deux Sœurs Thérèsiennes comme formatrices pionnières. C’est ainsi que les Sœurs Germaine Mbuku, alias Maman Koko, maîtresse, et Bernadette Nzuzi, son assistante, ont été affectées à Kenge à partir d'octobre 1982. Elles ont rassemblé les six premières candidates dans la maison qui servira de postulat. Elles s’appelaient: Viviane, Valentine Kandambi, Pétronille Milungu, Lucie Mukadi, Anastasie Sukari et Scholastique Sumbu. Les premiers pas étaient difficiles, tout était à commencer, à créer, à inventer. Il fallait écrire les règles, équiper la maison, assurer la vie matérielle, organiser la vie spirituelle. La plupart de ces jeunes femmes travaillaient dans l’enseignement primaire et secondaire, sauf une qui s’occupait de la librairie. Soutenues et guidées d’une manière paternelle et affable par Mgr le Père Fondateur, les deux sœurs pionnières ont abattu un travail missionnaire solide et spectaculaire.  Elles ont réussi à poser les bases fondamentales de la congrégation des MRP. Soeur Nzube fut rappelée à Kinshasa, remplacée par Soeur Alphonsine Kazodi, que je revis plus tard à l'Ecole de la Foi de Fribourg.

L’année 1982-83 reste à mes yeux cruciale, la pierre angulaire. Les difficultés ne manqueront pas. Des défis sont affrontés avec zèle et résolution. Année de la première visite ad limina, j'ai participé à la rédaction du tout premier rapport quinquenal de l'évêque. Il fallait achever le chantier du noviciat, du moins du premier bâtiment, l'ouverture du noviciat étant fixée pour le 8 septembre 83. Pour ce faire, les travaux de construction du nouvel évêché pourtant avancés étaient momentanément suspendus, vu que c'était la même équipe qui construisait les deux chantiers. Cette année-là est restée pour moi, devenu factotum, la plus assidue en termes de travail et de responsabilité. Je devais m'adapter à mon nouvel environnement. Ordonné prêtre le 7 août, je suis revenu de mes prémices de Kimbau-Matari, Kabwita, Kibuka, Mutoni, etc. et j'ai aidé aux préparatifs. 

L'ouverture du noviciat eut lieu le 8 septembre 1983 à la paroisse Notre Dame de la Paix, Kenge, présidée par Mgr Dieudonné M'Sanda, en présence du  Cardinal Malula qui, dans sa bienveillance paternelle, était venu accompagner et soutenir l'oeuvre pionnière de ses filles missionnaires. Cette cérémonie inaugurale était suivie de la bénédiction du premier bâtiment du couvent des MRP. Une grande délégation des soeurs thérésiennes était venue de Kinshasa. De l'homélie du père-fondateur, j'ai retenu une expression qui a fait rire toute l'assemblée: "Tolotolo me simba yandi". A cette occasion, les légionnaires ont chanté pour ovationner le Cardinal: "Tiya eee tiya yaya e yaya tiya, tiya eee e tiya yaya eyaya tiya... Nganga-Nzambi bu ulonga, tala disu ku n¹sia lukaya ko etc...)". Excellent orateur, le Cardinal, ancien séminariste de Mbata Kiela, les a remerciés dans un kikongo ya leta parfait. Peu après ce discours, il a reçu en cadeau, de l'évêque de Kenge, une vache posée dans un camion Magirus au grand étonnement de tous. Dès ce jour-là, les novices et leurs formatrices se sont installées dans leur nouvelle maison. Des instructeurs parmi lesquels le père scheutiste Ludo d'Haes et le père Luigi Brugnetti SSS enseignaient des cours de spiritualité, des sacrements. Le père Louis Schön, alors curé de Masamuna, était chargé de la direction spirituelle. J'avais remplacé le père Brugnetti, l'année suivante. Le 24 janvier 1984, à la suite d'un incident dû à une mauvaise communication entre l'abbé procureur Tryphon Ilenda et moi, les soeurs n'avaient pas eu messe au noviciat. Je laisse les autres détails à d'autres.

Kenge, 8 septembre 1985. Les premières Soeurs MRP émettent leurs premiers voeux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance en l’église Notre Dame de la Paix. La cérémonie est présidée par le fondateur en personne: Mgr Dieudonné M’Sanda Tsinda Hata en présence de plusieurs prêtres, religieux et religieuses. On note la présence d'une trés forte délégation des Soeurs Théresiennes de l’Enfant Jésus de Kinshasa venues par bus soutenir les formatrices. Les nouvelles professes s’appellent: Pétronille Milungu, Lucie Mukadi, Anastasie Sukari et Scholastique Sumbu. La cinquième novice, Valentine Kandambi, a été retardée. Elles vont tout de suite se mettre au travail au sein de leur congrégation comme enseignante, maîtresse de postulantes ou novices, économe, intendante, etc. Les soeurs thérésiennes vont rester jusqu'en 87, après avoir formé deux autres groupes de novices et professes. Je n'ose pas risquer de citer leurs noms de peur de friser l'inexactitude et de fausser la véracité de mes propos. La congrégation va désormais  voler de ses propres ailes. Ayant quitté l'évêché de Kenge le 12 octobre 1987, j'avoue en avoir assez dit pour conclure. 

Hier 7 septembre 2025, j'ai suivi avec quelque émotion des vidéos de la messe des 40 ans d'existence de la Congrégation des Soeurs de Marie Reine de la Paix de Kenge, dans la cathédrale Mwense Anuarite, célébrée par Mgr Jean Pierre Kwambamba, évêque de Kenge. Assumant que l'érection canonique de la Congrégation a coïncidé avec les voeux des toutes premières professes, je suis remonté aux années de fondation, j'ai admiré et admire encore la persévérance de cette congrégation. Félicitations aux soeurs de MRP, à Soeur Jeanine et à ses consoeurs qui poursuivent cet idéal. Ad multos annos! Félicitations à Mgr Jean-Pierre Kwambamba Masi et au diocèse de Kenge d'avoir maintenu la flamme inaugurale et d'avoir fait grandir cette oeuvre de Dieu dans l'esprit de son fondateur et dans le respect de l'église. Félicitations à la Fraternité de Marie Reine de la Paix, dont je salue la bravoure et la fidélité filiale à la vision de leur fondateur. Enfin, je suis heureux d'avoir modestement contribué à l'édification de cette congrégation diocésaine fondée par Monseigneur Dieudonné M'Sanda Tsinda-Hata de pieuse mémoire, dont je fus le secrétaire de 1982 à 1987. Que l'Eternel achève lui-même l'oeuvre qu'il a commencée par ses humbles serviteurs et servantes.   

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