20 sept. 2025

L’esprit de mendicité dans notre société

L’esprit de mendicité est une tare indélébile de notre société. En 2010, j’étais présenté à un prélat qui ne m’a pas reconnu alors que nous avions travaillé ensemble vingt ans auparavant. Réaction spontanée dès qu’il a su qui j’etais: "Prof, j'ai un projet que vous pouvez soumettre aux organismes américains." C’est ce souvenir qui m’est resté de cette rencontre et que je n’ai jamais réussi à effacer de ma mémoire. Soit. 

Je voudrais insister sur une remarque qu’un missionnaire allemand faisait aux gens de Kindi, dans le diocèse de Popokabaka. "Beno lukala ba pheka". (Vous êtes des "donne-moi %, des mendiants). A force d’entendre "Père pheka" il a fini par forger l’expression "bapheka". Observation condescendante ou injurieuse venant d’un étranger, mais réellement vraie et tangible. Considrée avec recul, une telle observation est profonde car elle touche le mode de vie de nos compatriotes. Nous adorons recevoir, plutôt que travailler pour gagner ou donner. N’est-il pas plus facile de recevoir que de donner? N’est-il pas plus confortable de s'asseoir et recevoir des dons que de bosser dur pour des miettes? La paresse est compensée par la mendicité. L’effort est supplanté par le farniente. 

Il y a des gens qui passent des heures voire des jours à surfer sur l’internet rien que dans le but d’obtenir des dons. Comme des véritables professionnels  dans la récolte des fonds.  Des collecteurs de fonds pour soi. Cela leur réussit apparemment sans qu’ils tombent dans la fraude ni la cybercriminalité. Leur procédure est propre, limpide, sans déviation. Ils tendent des pièges et récoltent des butins. C’est même leur occupation quotidienne. Confortablement assis chez eux, toujours à l'affut, ils se plaisent à forcer subrepticement la générosité de leurs correspondants dans les réseaux sociaux. Il m’est arrivé de contacter une personne pour la première fois sur Facebook que cette personne ne se gène pas de m’envoyer tout de suite son numéro Mpesa ou Orange. L’argent facile quoi! Véritables chasseurs de dons, ces gens rançonnent tout le monde. S’ils reçoivent en retour deux ou trois réponses positives, et il y en a, leur compte est bon. 

Ceci me rappelle un représentant légal qui déclarait sans gêne: "Moi je n’accepte que des dons, pas des crédits" (sic). Ceci me rappelle la pratique répandue parmi les hommes d’église avec les offrandes, les pasteurs avec les dîmes, ou encore les collecteurs de cotisations en cas de deuil ou d’événements familiaux importants. A la différence que dans le premier cas, la collecte est organisée, structurée, voire  institutionnalisée. Enlevez l’aspect sacré, vous arriverez à la même conclusion. Et les abus ne manquent pas. Certains gèrent des ONG humanitaires sans qu’ils dépensent un seul sou à cette intention. Des pasteurs millionnaires règnent en pacha sur une cohorte d’ouailles paupérisées par leur système d’extorsion et de dépouillement bien rodé. Kleingeld macht Macht.

A tous les niveaux les mendiants sont légion. Demander est devenu comme une deuxième nature. Tout le monde demande, qui un android ou un i-phone, qui un ordinateur ou une tablette, qui de l’argent pour inscription ou prescription médicale, qui des parfums ou prêt-à-porter, etc.  Les motifs de demandes ne manquent pas. Il ne faut surtout pas s’étonner. Pour beaucoup de nos compatriotes, vivre hors du pays fait de vous un bienfaiteur naturel. La diaspora aide des familles entières à vivre dans nos pays. Certains procèdent astucieusement, prudemment, en vous laissant l’initiative de décider. D’autres, plus méticuleux et rusés, mettent en place des structures ou des fondations diffusant avec un lien spécial du genre: "Aidez-nous", "Offrande" ou "Faire un don". Une mendicité déguisée mais très efficace. Comme quoi, l’esprit de mendicité gangrène notre société. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire