J'ai toujours prétendu avoir une bonne mémoire. C'est vrai côté cour. Mais c'est pas vrai côté jardin. La meilleure mémoire, je la trouve dans ma propre famille, chez les miens. Nous avons tous hérité de cette mèmoire. Il y a un véritable mythe de la mémoire. Voire une obsession. Je me souviens des choses, des noms, des mots, des événements et des détails que ceux avec lesquels je les ai vécus, ont perdus de vue ou oubliés. Mais souvent j'oublie moi-même qu'il y a plus fort que moi en cette même matière. Dans ma vanité, je me crois imbattable et cette facilité de retention impressionne souvent mon entourage. A tel point que je considère comme faux ou dubitatif tout ce qui ne me revient pas à l'esprit. Je suis sérieux. Cela constitue une force, mais une faiblesse aussi. Je m'explique.
Je fais des tours en rond, j'effectue du sur-place, du nombrilisme en quelque sorte. Je ne sors pas de ma coquille ni du rond-point, continue de circuler comme si la route s'arrêtait à moi. C'est comme si la roue de l'histoire et de la fortune ne tournait pas. Me prenant pour un étalon de mesure, je fonctionne par rapport aux lacunes des autres, aux trous de la mémoire des autres. C'est dangereux, car cela pourrait un jour se révéler suicidaire. A quoi bon à mon âge? J'ai assez vécu pour connaître le monde et ses dessous de cartes. C'est ici que le littéraire que je suis intervient. Mes analyses, pour peu qu'elles soient objectives, dépassent le moment présent et se projettent dans l'avenir. Le passé ne me sert que de tremplin pour entrevoir ce qui adviendra. Un peu à la manière de mon maître dont la vision et l'intuition m'ont toujours fasciné. Jusqu'à ce jour, tant d'années après sa mort. Paix à son âme!
Le fait de ne pas oublier ou de se souvenir comporte ses revers, des revers insoupçonnés. Des joies comme des peines camouflées par l'usure du temps. Des belles amours étouffées dans l'oeuf et des contentements à jamais enterrés dans le tréfond intérieur. Des rancunes et des jalousies enfouies dans l'inconscient reviennent soudain expliquer un agir ou un comportement actuels. Des conflits intérieurs refoulés refont surface pour justifier certains dérapages actuels. La libido de Freud revient, les motivations profondes resurgissent à la surface. Comme pour dire que rien n'est nouveau sous le soleil. Ce que je prétends voir aujourd'hui a déjà été vu par d'autres. La joie comme la peine que j'éprouve aujourd'hui ont déjà été éprouvées, jadis, par d'autres. Je ne crée pas le monde, il est là et j'y suis jeté. La mémoire forme justement cette capacité qui me dispose à refaire le chemin du temps, à le dépasser et à le projeter au-devant de moi. La mémoire, ma mémoire, c'est un mythe, mon mythe.
"Je souviens" (sic), disait mon feu paternel.
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