28 nov. 2025

La haine de soi-même

Aliénation mentale, assimilation culturelle, complexe d'infériorité, haine de soi, colonialisme, acculturation, intoxication spirituelle ou psychologique, tous ces termes peuvent illustrer mon propos de ce jour.  J’ai déjà touché à ce sujet dans mes publications antérieures. Je vais continuer dans le même sens mais en insistant sur le fait que tout se passe au niveau mental ou psychologique. Nous agissons souvent sans réfléchir, sans nous remettre en question ni évaluer la pertinence de nos actes. Je classe tout cela dans ce que j’appelle le mythe. J’ai tellement étudié le mythe que je sais en déchiffrer le fonctionnement dans des comportements singuliers et insoupçonnés. Et l'Occident colonial a réussi à nous rendre étrangers à nous-même et à notre peau.

Les femmes. Nos sœurs et mamans noires s'affichent souvent avec des cheveux d'indiens et la peau brunie. Elles ont tellement appris à se haïr qu'elles ne s'acceptent plus comme Dieu les a créées. Elles refusent leur état naturel. Des cheveux dits "humains" sont importés par centaines de tonnes depuis l'Inde. Une affaire qui brasse des milliards de dollars pour assouvir le désir des femmes noires à ressembler aux Blanches. Dans cette même optique, des millions de Noirs recourent à des produits chimiques pour obtenir une peau claire et brune, honteux qu’ils sont de leur peau noire. Une autre industrie pharmaceutique très florissante qui accumule des milliards. Les salons de beauté sont pleins de ces trucs comme si le noir bois d'ébène n’était pas beau.

Que cela concerne les cheveux ou le teint de la peau, il y a à la base une négation d’identité. Le Noir se modèle sur le Blanc, copie à la perfection les manières des Blancs jugés plus beaux, plus fascinants et plus intelligents que les Noirs. Les cheveux des Indes sont certains rasés des personnes décédées ou bien lors des cérémonies hindoues, récupérés par des entreprises qui en les exportant réalisent d'énormes bénéfices. Les Indiens ont ainsi découvert un marché lucratif sans vraiment investir. Sommes-nous maudits ou irrationnels? Nos mamans ne l’ignorent pas mais se vantent de porter des cheveux humains qui les rendraient plus jolies qu'avec leurs cheveux d’origine. Elles dépensent des milliers et passent de longues heures à se faire greffer ces immondices. Elles importent des perruques par centaines afin de paraître plus proches de l’idéal féminin de la beauté blanche. En ajoutant les produits éclaircissants de la peau, elles croient obtenir le portrait parfait de la femme, alors qu'elles se condamnent à la perdition. Au fin fond d'elles-mêmes, elles se haïssent. Femmes noires, soyez fières de votre peau noire et de vos cheveux crépus naturels. Tressez-les, soignez-les sans les ternir ni les édulcorer. Trop tard, l'environnement culturel a déjà tout bousillé dans les têtes désormais vidées de tout sens d'honneur et de dignité, dont les paradigmes ont changé.

Les sapeurs, parlons-en encore. J'ai écrit une pièce de théâtre intitulée Les Sapeurs, jouée en Jamaïque par mes étudiants lors d'un festival intercampus de notre université. La sape constitue le paroxysme du dédain de la mode africaine. C’est la victoire de la couture, de la lingerie et du luxe européen, américain, asiatique ou que sais-je encore. Mépris total de la créativité dans l’art de l'habillement africain. Nos propres couturiers sont vilipendés au profit des Non Africains. Le paraître, le paraître-riche, le goût du luxe importé et extraverti, constituent les justification de culte insensé du paraître. S'afficher avec d'onéreux vêtements et chaussures, voilà l'héritage de Papa Wemba, Niarckos ou Kester aux jeunes. Dieu seul sait comment ils acquièrent ces accoutrements excentriques et comiques. Sans le savoir, ces icones du paraître ont condamné notre jeunesse à la perversité et à la décrépitude morales pour plusieurs générations. La haine de soi se traduit par une perte totale d'identité, une vie d'emprunt ou d'aventurier, un paraître artificiel qui se limite à l'extérieur du corps mais ne touche pas l'âme. Une mentalité rétrograde sous des apparences de modernité.  

Parler comme le Blanc, "speak English through the nose" comme aurait dit Ngugi wa Thiong'O, c’est l’idéal linguistique du Noir. Là il se sent plus homme qu’il ne l’est. Mépriser les langues sauvages comme Sarzan Thiemoko qui nous a récité "Souffle.... écoute plus souvent", constitue l'attitude parfaite de l’acculturé. Et ce phénomène est plus enraciné en nous que nous ne croyons. Est considéré celui qui maîtrise la ou les langue-s des Blancs. Moralité: l'apprentissage des langues étrangères ne doit pas nous empêcher de pratiquer nos propres langues. Le problème est plus complexe qu'il ne paraît. Le mythe du Blanc doit être banni en dépit de la fascination qu'il exerce sur nous sous diverses formes. Nous devons trouver un moyen pour empêcher nos langues de mourir. Ce blog comporte des articles en kikongo, kisuku, lingala, mais cela ne suffit pas. Et même, je suis rattrapé par ce que j'avance: j'en parle parce que j'en connais l'effet dévastateur et destructeur de la culture. "Yakala bakudia ndinga bakudi". 

Aimons-nous tels que nous sommes. N'ayant pas honte de notre identité. Que le paraître ne détruise pas notre être. 

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