1 déc. 2025

Détournement comme mode de vie

Tout le monde détourne chez nous. A tous les niveaux. Les détournements des fonds publics sont devenus monnaie courante, à tel point que plus personne n’est surpris de les apprendre. Pendant que d’autres s'attellent à améliorer la qualité et le rendement de leurs activités professionnelles, la préoccupation des leaders de chez nous consiste à chercher des moyens pour détourner les deniers publics. Et en principe tout ce qui mène au détournement est bon. Tout est motif de détournement. Par exemple la guerre de l’Est de la RDC enrichit des généraux qui vendent les armes de la république à l’ennemi, privent les soldats de leurs salaires, exploitent des carrés miniers, trahissent la patrie contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Chacun détourne au poste qu’il occupe. 

C’est un véritable mode de vie. Et nul ou presque ne déroge à ce défaut. Des fidèles sont engagés à des postes stratégiques afin de couvrir les malversations de leurs protecteurs ou commanditaires. Des gens jadis réputés intègres et incorruptibles se sont révélés être à la fin des corrompus  sans scrupule ni vergogne. C'est hélas la réalité de la vie chez nous. Ceux-là mêmes à qui a été confiée la charge de combattre et d'éradiquer la corruption ont fini pour utiliser le système à leur profit personnel. Il y a des pratiques très simples devenues ordinaires et habituelles qui relèvent de la corruption. Aucun contrôle ne réussira jamais, dans ces conditions, à changer la mentalité en vigueur. Le détourneur est vénéré, honoré et récompensé au lieu d'être blamé et honni. 

Avec l'argent détourné, on paie sa libération au cas où on serait arrêté. Avec l'argent détourné, on peut sortir avec gardes et geoliers hors du pays, faire l'opposition et revenir ministre ou président directeur général d'une société de l'état. Cela s'est vu, se voit et se verra encore sur la terre des hommes. La malhonnêteté, comme le pillage des ressources naturelles et minières du pays, ne dérange plus personne: c'est une vertu cardinale. Les villes sont sales, mais l’argent alloué à l'assainissement urbain disparaît impunément dans les poches des barons du régime. La propreté de la ville devient un fond de commerce, un slogan au lieu d’être appliquée effectivement. Dans un pays où les repères moraux n'existent plus, il est normal qu'on en vienne à se demander si la justice existe pour tous, au vu des personnalités intouchables exemptées de toute responsabilité pour les crimes qu'elles commettent. L'énormité des sommes détournées démontre un laisser-aller et une impunité qui dépasse tout entendement. 

Le pays donne l'impression d'être tout sauf l'état de droit hautement proclamé par les autorités, à moins de leur accorder le bénéfice du doute en changeant les paradigmes de considération. C'est certes un cheminement vers l'état de droit, mais qu'un long chemin reste encore à parcourir. Comment sévir contre les détournemement des fonds publics lorsque la justice du pays ne sévit pas sévèrement et unilatéralement contre tous les "détourneurs". Ne perdons pas l'espoir.

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