24 sept. 2025

Le mythe de la mémoire

J'ai toujours prétendu avoir une bonne mémoire. C'est vrai côté cour. Mais c'est pas vrai côté jardin. La meilleure mémoire, je la trouve dans ma propre famille, chez les miens. Nous avons tous hérité de cette mèmoire. Il y a un véritable mythe de la mémoire. Voire une obsession. Je me souviens des choses, des noms, des mots, des événements et des détails que ceux avec lesquels je les ai vécus, ont perdus de vue ou oubliés. Mais souvent j'oublie moi-même  qu'il y a plus fort que moi en cette même matière. Dans ma vanité, je me crois imbattable et cette facilité de retention impressionne souvent mon entourage. A tel point que je considère comme faux ou dubitatif tout ce qui ne me revient pas à l'esprit. Je suis sérieux. Cela constitue une force, mais une faiblesse aussi. Je m'explique. 
Je fais des tours en rond, j'effectue du sur-place, du nombrilisme en quelque sorte. Je ne sors pas de ma coquille ni du rond-point, continue de circuler comme si la route s'arrêtait à moi. C'est comme si la roue de l'histoire et de la fortune ne tournait pas. Me prenant pour un étalon de mesure, je fonctionne par rapport aux lacunes des autres, aux trous de la mémoire des autres. C'est dangereux, car cela pourrait un jour se révéler suicidaire. A quoi bon à mon âge? J'ai assez vécu pour connaître le monde et ses dessous de cartes. C'est ici que le littéraire que je suis intervient. Mes analyses, pour peu qu'elles soient objectives, dépassent le moment présent et se projettent dans l'avenir. Le passé ne me sert que de tremplin pour entrevoir ce qui adviendra. Un peu à la manière de mon maître dont la vision et l'intuition m'ont toujours fasciné. Jusqu'à ce jour, tant d'années après sa mort. Paix à son âme! 
Le fait de ne pas oublier ou de se souvenir comporte ses revers, des revers insoupçonnés. Des joies comme des peines camouflées par l'usure du temps. Des belles amours étouffées dans l'oeuf et des contentements à jamais enterrés dans le tréfond intérieur. Des rancunes et des jalousies enfouies dans l'inconscient reviennent soudain expliquer un agir ou un comportement actuels. Des conflits intérieurs refoulés refont surface pour justifier certains dérapages actuels. La libido de Freud revient, les motivations profondes resurgissent à la surface. Comme pour dire que rien n'est nouveau sous le soleil. Ce que je prétends voir aujourd'hui a déjà été vu par d'autres. La joie comme la peine que j'éprouve aujourd'hui ont déjà été éprouvées, jadis, par d'autres. Je ne crée pas le monde, il est là et j'y suis jeté. La mémoire forme justement cette capacité qui me dispose à refaire le chemin du temps, à le dépasser et à le projeter au-devant de moi. La mémoire, ma mémoire, c'est un mythe, mon mythe. 
"Je souviens" (sic), disait mon feu paternel. 

21 sept. 2025

Félicitations à l'abbé Xavier Mabana

Kinshasa, 20 septembre 2025. Ce samedi,  le Cardinal métropolitain Fridolin Ambongo a procédé à l'ordination diaconale d'une dizaine de candidats au sacerdoce pour le compte de l’archidiocèse de Kinshasa. Parmi ces candidats figurait mon frère cadet Xavier Mabana, le plus jeune de la fratrie. Etant moi-même passé par cette expérience, je lui souhaite, au nom des miens, un fructueux diaconat dans la vigne du Seigneur. Sagesse, santé, courage et succès dans son engagement au service de l'église. Sincères félicitations et bonne continuation vers la prêtrise. Proficiat!



20 sept. 2025

L’esprit de mendicité dans notre société

L’esprit de mendicité est une tare indélébile de notre société. En 2010, j’étais présenté à un prélat qui ne m’a pas reconnu alors que nous avions travaillé ensemble vingt ans auparavant. Réaction spontanée dès qu’il a su qui j’etais: "Prof, j'ai un projet que vous pouvez soumettre aux organismes américains." C’est ce souvenir qui m’est resté de cette rencontre et que je n’ai jamais réussi à effacer de ma mémoire. Soit. 

Je voudrais insister sur une remarque qu’un missionnaire allemand faisait aux gens de Kindi, dans le diocèse de Popokabaka. "Beno lukala ba pheka". (Vous êtes des "donne-moi %, des mendiants). A force d’entendre "Père pheka" il a fini par forger l’expression "bapheka". Observation condescendante ou injurieuse venant d’un étranger, mais réellement vraie et tangible. Considrée avec recul, une telle observation est profonde car elle touche le mode de vie de nos compatriotes. Nous adorons recevoir, plutôt que travailler pour gagner ou donner. N’est-il pas plus facile de recevoir que de donner? N’est-il pas plus confortable de s'asseoir et recevoir des dons que de bosser dur pour des miettes? La paresse est compensée par la mendicité. L’effort est supplanté par le farniente. 

Il y a des gens qui passent des heures voire des jours à surfer sur l’internet rien que dans le but d’obtenir des dons. Comme des véritables professionnels  dans la récolte des fonds.  Des collecteurs de fonds pour soi. Cela leur réussit apparemment sans qu’ils tombent dans la fraude ni la cybercriminalité. Leur procédure est propre, limpide, sans déviation. Ils tendent des pièges et récoltent des butins. C’est même leur occupation quotidienne. Confortablement assis chez eux, toujours à l'affut, ils se plaisent à forcer subrepticement la générosité de leurs correspondants dans les réseaux sociaux. Il m’est arrivé de contacter une personne pour la première fois sur Facebook que cette personne ne se gène pas de m’envoyer tout de suite son numéro Mpesa ou Orange. L’argent facile quoi! Véritables chasseurs de dons, ces gens rançonnent tout le monde. S’ils reçoivent en retour deux ou trois réponses positives, et il y en a, leur compte est bon. 

Ceci me rappelle un représentant légal qui déclarait sans gêne: "Moi je n’accepte que des dons, pas des crédits" (sic). Ceci me rappelle la pratique répandue parmi les hommes d’église avec les offrandes, les pasteurs avec les dîmes, ou encore les collecteurs de cotisations en cas de deuil ou d’événements familiaux importants. A la différence que dans le premier cas, la collecte est organisée, structurée, voire  institutionnalisée. Enlevez l’aspect sacré, vous arriverez à la même conclusion. Et les abus ne manquent pas. Certains gèrent des ONG humanitaires sans qu’ils dépensent un seul sou à cette intention. Des pasteurs millionnaires règnent en pacha sur une cohorte d’ouailles paupérisées par leur système d’extorsion et de dépouillement bien rodé. Kleingeld macht Macht.

A tous les niveaux les mendiants sont légion. Demander est devenu comme une deuxième nature. Tout le monde demande, qui un android ou un i-phone, qui un ordinateur ou une tablette, qui de l’argent pour inscription ou prescription médicale, qui des parfums ou prêt-à-porter, etc.  Les motifs de demandes ne manquent pas. Il ne faut surtout pas s’étonner. Pour beaucoup de nos compatriotes, vivre hors du pays fait de vous un bienfaiteur naturel. La diaspora aide des familles entières à vivre dans nos pays. Certains procèdent astucieusement, prudemment, en vous laissant l’initiative de décider. D’autres, plus méticuleux et rusés, mettent en place des structures ou des fondations diffusant avec un lien spécial du genre: "Aidez-nous", "Offrande" ou "Faire un don". Une mendicité déguisée mais très efficace. Comme quoi, l’esprit de mendicité gangrène notre société. 


18 sept. 2025

Leçons de vie

Il a fallu que j'atteigne 35 ans pour comprendre de quoi la vie est faite et que j'en tire des leçons. Et ces leçons-là, je les ai  bien apprises. Je ne me suis plus trompé sur les hommes et leurs comportements. C'est du moins ce que je prétends.  J'ai compris le monde. 

Je possède une perception cosmique des événements. Je crois avoir assez vécu, assez subi des camouflets pour mieux saisir la portée exacte des comportements humains. L’ingratitude se paie ici bas. Porter un faux témoignage contre son généreux bienfaiteur condamne à la perdition. Vous êtes à peine décédé que vos biens sont spoliès et votre oublié. C'est ça la réalité de la vie.

La flamme de la gloire s’éteint en un clin d'œil. Je n’avais jamais cru que Muhamad Ali pouvait battre George Foreman. L'orgueil et le succès qu'on affiche ne sont que du vent. Je n’avais jamais imaginé que le prestigieux leader Mobutu pouvait aller mourir en exil au Maroc, comme Napoléon à l’île de Ste Hélène. L’ancien ministre de la justice Constant Mutamba qui a dépeuplé la prison de Makala se retrouve aujourd’hui incarcéré à Makala. Le rescapé Kamhere, acquitté du procès des 100 jours, fait la une des actualités: l’Assemblée nationale a continue une pétition de destitution en dépit des excuses qu’il a présentées. Que la roue de la fortune tourne en sa faveur ou contre lui, ne doit pas surprendre. Le dernier, et pas le moindre, est un escroc gigolo qui, en contractant un mariage de raison, cherche une case décente pour couvrir sa tête et assurer l’avenir de ses enfants du premier lit. Que le monde est méchant!

Quidquid latet apparebit. Nil inultum remanebit. 

13 sept. 2025

Ce 13 septembre 2025

13.9.2025. Ma première pensée va vers Noela Bunda, ma cousine malade. Elle a rechuté depuis une semaine. Uni à toute ma famille, je prie pour sa prompte  guérison et implore l'intercession de la SV Marie pour elle. Courage à Papa Bunda, à mes cousines et cousins, face à cette dure épreuve. Le Seigneur soit avec eux.

Aujourd'hui a lieu à Nécropole 2, Kinshasa, le dévoilement de la pierre tombale en souvenir de mon beau-frère Cyrin Muzembo, décédé le 16 février 2020. Cinq ans déjà. J'en profite pour féliciter sa veuve, ma soeur Béatrice, et ses enfants - Lydie, Jude, Glody, Nicole, Merveille, Jude - pour cette louable initiative. Nous sommes ensemble. Hommage à Papa Cyrin. 

Adieu Ingrid et Emile

Cette fin de semaine est marquée par deux décès: Ingrid Iton il y a trois jours et Emile Angevin hier. Que leurs âmes reposent en paix! . J'ai connu Ingrid dès mon arrivée à Cave Hill. Elle était libraire, je collaborais avec elle en tant que responsable des langues modernes. J'étais informé de sa maladie, mais pas au point qu'elle s'en aille si tót. Dieu a repris celle qu'il a donnée. 

Emile Angevin, d'origine sénégalaise, a passé sa vie en Guadeloupe. Marié à une Barbadienne, il enseignait l"anglais dans une école secondaire à Pointe-à-Pitre. A ce titre, il organisait des séjours linguistiques pour ses étudiants guadeloupéens à la Barbade. C'est dans ce cadre que nous nous sommes connus. Une mort brusque à la suite d'une attaque cardiaque survenue en début de semaine. Paix à son ame!

Condoléances émues à leurs proches familles et amis. Que la terre caribéenne les retourne à la mère Afrique. Adieu Ingrid. Adieu Emile.

12 sept. 2025

Question: Que feriez-vous?

Dans vos aventures de jeunesse, vous avez croisé un homme ou une femme qui, plus tard, se marient à une personne proche, parente ou amie. Comment devez-vous vous comporter? Rester calme, mais tenir une certaine prudence. Devez-vous dire la vérité ou bien la taire à jamais? Réponse logique: la taire à jamais et éviter de fréquenter le couple. Et si la vérité éclatait contre votre gré, que feriez-vous? Reconnaitre ou nier la vérité, mais promettre de n'y plus revenir ni tomber. Et si le couple se brisait à cause de vous, que feriez-vous? Le regretter simplement, mais sans présenter des excuses car ces actes étaient commis avant l'existence du couple. Mais les choses se compliquent dans certains cas de figure. Chaque cas étant unique, chaque cas mérite d'être traité différemment. Il n'y a donc pas de règle commune pour chaque cas. Quoi qu'il en soit, seule la vérité vous libère. Foutaise de calotin. La réalité de la vie veut que pour un bien social supérieur on garde le secret inviolé. Sachez qu'il y a beaucoup d'enfants bâtards - connus, tus ou ignorés - dans des couples pourtant bien assis et stables. Ce qu'on ne sait pas, c'est parfois terrible jusqu'à ce que la vérité se dévoile. Dixit Maleno.  Je dirai même plus: c'est souvent terrible.