En remplissant un formulaire, j'ai été surpris par une question me demandant si j'appartenais à une minorité: "Appartenez-vous à une minorité? Si oui, laquelle?" Sans autre précision. D'habitude, la curiosité des décideurs s'évertue à demander: religion, race, handicap, quer ou cross, profession, végétarien, santé, maladie, casier judiciaire, et que sais-je encore. On prétend que c'est "pour votre sécurité, pour aider à convaincre de la pertinence de votre dossier." Tout dépend de ce qu'on entend par ce vocable polysémique et chargé de connotations discriminatoires. Etre de race noire, est-ce être minoritaire? Cela dépend de lieu. En Occident, oui peut-être. Aux Etats-Unis, oui. Mais pas en Afrique. Or justement, dans le monde des formulaires, c'est celui qui détient le pouvoir qui fixe la définition de la minorité. Comme le formulaire venait d'Europe, j'ai spontanément écrit, oui. Puis, j'ai effacé car je venais par là de faire, contre mon gré, de l'Occidental l'homme le plus puissant du monde et de lui léguer la détermination de mon destin. Or, c'est justement contre de tels mythes que je mène ma lutte identitaire. Ma réponse a été, après réflexion, NON. J'affirme avec force ma personnalité. Je refuse toute catégorisation, tout genre de classement qui m'enforme dans un ghetto. Comme disait Tchicaya à peu près: "Je suis homme, je suis nègre. Pourquoi cela prend-il le sens d'une déception?". L'idée est là, mais je corrigerai la citation si elle se révèle incorrecte. Je tiens à être un homme à part entière, quelque puissantes que soient les pesanteurs culturelles et hégémoniques qui dirigent le monde dans lequel je vis. Je refuse, je n'appartiens à aucune minorité et ne voudrais bénéficier d'aucun traitement spécial, autre que celui que subissent "humblement et courageusement" les gens de mon pays, de ma race, de ma religion, de mes choix idéologiques ou culturels.
5 déc. 2012
4 déc. 2012
Satan, c'est le frère de Jésus?
Cette fois-ci, et comme presque toujours, c'est encore ma fille Madeleine-Chrystelle qui pose cette question:
- Papa, Satan c'est le frère de Jésus quand il était bébé? Réponds, Papa. Il était bon comme enfant, puis il est devenu mauvais quand il est devenu adulte?
- Papa, Satan c'est le frère de Jésus quand il était bébé? Réponds, Papa. Il était bon comme enfant, puis il est devenu mauvais quand il est devenu adulte?
Curieusement, je suis resté très pensif et coi. J'ai surtout repensé à mes instructions de catéchisme plutôt qu'aux dogmes reçus lors de ma formation théologique. Je me suis contenté de lui dire que Jésus n'avait pas de frère; qu'il était fils unique et n'avait pas de frère biologique. D'où proviennent de telles questions chez un enfant de six ans?
3 déc. 2012
Le Kivu à coup de pioches
3 décembre 2012. J'ai lu avec intérêt les analyses de Kä Mana, écrivain, philosophe et théologien, et Thierry Nlandu Mayamba, dramaturge et professeur à l'Unikin. . Le premier raconte depuis Goma son récit de la prise de Goma; le second analyse avec perspicacité les scénarios mis en exergue par les accords avec le M23. J'ai eu le privilège de connaître ces deux éminents intellectuels congolais il y a quelque trente ans alors qu'ils peaufinaient encore leur formation. Ce qui m'intéresse dans leurs démarches, ce n'est pas tant ce qu'ils déclarent que le reçours à l'imaginaire dans leur herméneutique de la crise de Goma. Le pasteur Kä Mana s'inspire de La Plaisanterie de Milan Kundera et le metteur en scène Nlandu Mayamba étale sa maîtrise parfaite des portables. Et les deux arrivent pratiquement à des résultats ou conclusions semblables. Leurs lectures montrent à quel point les acteurs politiques, à quelque niveau que ce soit, jouent la "comédie humaine" comme aurait dit Balzac. Où est le souverain primaire dans tout cela? Pour les deux hommes de lettres, Goma et le Kivu Nord ou Sud subissent un destin à coup de pioches. Leurs essais constituent une tentative érudite d'amener nos compatriotes à réfléchir sur l'essence de leur nation, s'il en est une, et d'évaluer les méfaits d'une impasse "rationnelle" au sein de cette même nation. Le pouvoir des conducteurs d'hommes n'a de sens que lorsqu'il réussit à canaliser les aspirations profondes du peuple; il devient criminel et irresponsable dès qu'il s'éloigne de sa vocation première. Cette vérité-là prime sur les farces-sinistres des politiciens en cravate ou des militaires bottés.
(Articles lus: Kä Mana: "Comment j'ai vécu la prise de Goma et les questions qu'elles nous posent maintenant": http://www.pole-institute.org/site%20web/echos/echo181.htm
Th. Nlandu Mayamba: M23: "Rébellion de façade et d'un cynisme qui interpellent les Congolais"
Sur la route et à l'école ce matin...
3 décembre 2012. Aujourd'hui, Madeleine Chrystelle Ibangu et Claver Jr Mukawa célèbrent leur 6è anniversaire de naissance. Ils se sont réveillés en pleine forme, gais, heureux, motivés et surtout pressés d'aller rejoindre leurs amis à l'école. Sur la route, ils ont soulevé beaucoup de questions concernant la vie, l'école, leurs parents, leurs grands-parents, Jésus. Ils ont chanté: "I love you Jesus", "God is big, and strong and mighty", etc. Arrivés au niveau d'un feu rouge, Chrystelle demande à sa maman:
- Maman, nous allons changer de classe aujourd'hui?
- Non, répond la maman. Vous avez 6 ans à partir d'aujourd'hui, c'est votre anniversaire.
- Pourquoi ne changeons-nous pas de classe alors?
Pour la petite histoire, à la maison, Chrystelle a écrit les noms de ses neuf condisciples filles sur les paquets de cadeaux-jouets leur destinés. Claver n'en a écrit que deux sur les quatorze garçons que compte son groupe. Ainsi, à l'arrivée, Chrystelle a tout de suite été entourée de ses amies à tel point qu'une enseignante a dit: "Everybody speak of Madeleine's birthday although she is a twin. Almost nobody speaks of Claver." C'était oublier que Claver est un garçon de six ans, peu intéressé à ces petits détails. Pour lui, c'est d'abord lui, puis les autres. Il a quand même eu Terrence et un autre autour de lui.
La classe leur organisera une petite fête, trente minutes avant la fin des cours. C'est la règle de l'école qui veut ça.
Joyeux Anniversaire, Ibangu et Mukawa! Puisse le Bon Dieu vous accorder paix et joie, santé et longue vie, succès et bonheur!
Joyeux 6è Anniversaire Ibangu!
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Joyeux 6è Anniversaire Mukawa!
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1 déc. 2012
Goma entre paix et terreur

Les rebelles du M23 quittent Goma et promettent de revenir si on les provoque.
A voir cette photo et le titre de l'article, on ne peut que se poser des questions.
1. Les rebelles quittent Goma, pour aller ou? Assurément dans une zone (Rutshuru) qu'ils contrôlent. Dans une zone tampon à une vingtaine de kilomètres. Conclusion: La RDC n'est pas entièrement administrée par le gouvernement de Kinshasa.
2. Qui sont-ils au juste? S'ils sont congolais et contestent le pouvoir de Kabila, pourquoi sont-ils appuyés par les Rwandais? En réalité, ils ne sont pas "congolais" et les intérêts congolais ne motivent nullement leur action. Manipulés et armés par des voisins prédateurs et rapaces, ils suivent la voix de leurs maîtres.
3. Ils maintienent Goma entre la paix et la terreur. En réalité dans la terreur. Qui sont-ils pour menacer d'y revenir comme si c'était une "passoir"? Arrogance, méprise et volonté affichée d'humilier la RDC qui ne sont pas sans:rappeler l'attitude condescandante de Paul Kagamé.
4. Cette photo une preuve tangible de la faiblesse du pouvoir de Kinshasa sur la scène internationale. En principe, plutôt que de les laisser partir, l'armée de la RDC devrait arrêter ces malfrats et les soumettre au jugement pour offense à l'intégrité territoriale du pays, actes de violence et de terreur contre des personnes innocentes, trahison, pillages, etc. L'impunité est définitivement consacrée.
5. La paix a encore un très long chemin à traverser pour atteindre le Congo. Ce qui s'est passé à Goma pourra se répéter, si l'on n'y prend garde, à Bukavu, Uvira, et sur toute la frontière ougandaise où la LRA continue tranquillement sa croisière. Quel bordel! Quelle humiliation pour nous!
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