20 mai 2010

Soeur Maria Planellasa, kwenda mbote

Le 18 mai 2010 est décédée en Espagne la Soeur Maria Planellasa. (Ci-dessous l'e-mail que j'ai écrit à l'abbé Charles-Claver Ndandu qui a transmis la nouvelle)

Charles,
Merci de nous avoir fait parvenir cette triste nouvelle. Je me joins à la prière et à la douleur de ceux et celles qui pleurent la Soeur Marie Planellasa: sa famille, sa congrégation et ses amis. Cette humble et savante missionnaire a longtemps symbolisé pour nous "la rigueur mathématique." Modeste, Corneille et Séraphin qui ont suivi ses cours en savent quelque chose.
Kimbau, Juin 1969. J'étais envoyé un soir au couvent des soeurs pour récupérer un médicament auprès de soeur Nuria; celle-ci était retenue à la Foréami à cause d'un "accouchement" qui s'est compliqué. Comme la nuit avançait et que les soeurs devaient toutefois faire sortir "Sacki" (sic) leur gros berger, Soeur Marie est restée auprès de moi, m'a offert des bananes et réconforté car j'étais terrorisé par le chien. Un petit geste, certes, mais qui garde tout son sens au fond de mon coeur.
A Ma Sela, wenda mboti mu ngemba. Mfumu Nzambi kakusambula!
Claver

19 mai, confiteor unum baptisma

J'ai oublié de célébrer quelque chose d'important mais je ne me suis pas donné la peine de savoir quoi. Zut alors! Le soir, tandis que je cherchais un prétexte pour ouvrir une bouteille qui traînaillait dans le placard, l'événement me revient: c'était mon anniversaire. "Ce n'est plus le 29 avril" rétorque Clavère. "Le 29 c'est mon anniversaire biologique. Le 19, c'est mon anniversaire spirituel". Je fus baptisé le 19 mai 1957 par le Père Joseph Malfliet SVD, à Kimbau, mission catholique fondée par le Père Allard en personne il y a bientôt 100 ans. C'était deux mois avant la fondation de la préfecture de Kenge.
Et dire qu'il y a quelques mois, une collègue m'invitait à aller me faire baptiser dans son église, prétendant que le baptême catholique n'offrait aucune garantie spirituelle. Un autre jour, mon étudiant de 19 ans, un fondamentaliste, s'est présenté à mon bureau pour m'expliquer la Bible parce que, pensait-il, la littérature que j'enseigne propage un esprit de péchés. Un autre, un pasteur inspiré, n'avait pas trouvé mieux que de m'annexer à sa liste d'adeptes simplement parce que mon porte-monaie perdu a été retrouvé dans l'enceinte de sa propriété commerciale. Une autre collègue ne cesse de m'inviter à visiter l'église des Nigérians, car celle-ci correspondrait parfaitement à mon âme d'Africain. Blablabla!
Credo in unam sanctam catholicam et apostolicam Ecclesiam

14 mai 2010

Congratulations, Papa Charles et Maman Odile KIOSI

15 mai 1955 - 15 mai 2010.
55 ans de vie matrimoniale. Plus d'un demi-siècle de vie commune, de partage, de sacrifice, d'épreuve, de joie. 55 ans de fidélité. For rich and for poor. Jusqu'à ce que la vie éternelle les sépare.
Félicitations Maman Odile et Papa Charles. 55 ans durant, dans une complicité toujours renouvelée, vous avez vaillamment traversé les brouillards des épreuves, tenu allumée la flamme de confiance du premier regard, rendu et maintenu indéfectible votre amour. De ma lointaine Barbade, je vous exprime au nom des miens ma profonde admiration et ma gratitude pour l'éternelle amitié qui me lie à votre fils Séraphin, pour l'affection et le chaleureux accueil que j'ai toujours reçus dans votre maison. Puisse le Très-Haut vous combler de ses grâces et bénédictions! Paix, santé et joie!
Meilleurs voeux encore une fois!

13 mai 2010

Les Sapeurs

Papa Griffe déclarait au Miami Herald (16.03.2010): "Clothing - it's an important science in this human life on Earth. It gives a person value" (L'habillement - c'est une science importante dans la vie humaine d'ici-bas. Il donne valeur à la personne."
Mwana-Mayi dit: "Nalela kitendi." J'adore le dieu "Vêtement". Les sapeurs, les adeptes de la Sape (société des ambianceurs et des personnes élégantes) traînent déjà une longue histoire, vieille de bientôt trente ans. Blablateurs, ai-je dit hier? Non, nous sommes des sapeurs. Une autre création de nos chers Congolais des deux rives pour hisser au créneau l'habillement comme objet de culte.
Cavalli, Versace, Ceruti, Ferre, Yves-St-Laurent, Dior, Gautier, Smalto, Yamamoto, Masantomo, etc., tels sont les noms de griffes qui sortent spontanément de leurs bouches. Leur conversation quotidienne tourne autour de cette religion. Alain Mabanckou dans Black Bazar en présente un nommé "Fessologue" (vous avez bien compris) qui, au grand mécontentement de son vicieux voisin martiniquais, se sape pour aller balancer sa poubelle à la cave de l'immeuble qu'il habite.
Vous avez dit, un concert de musique? Allez les voir défiler. Ils s'amènent avec des malles pleines d'habits ainsi que des brosses, des fers et planches à repasser. J'ai vu. Ils arrivent en général en retard, dans des tenues extravagantes: des hommes en jupes ou en draps et chaussés de souliers ou bottes ostensiblement impressionnants. J'ai vu un clip où le sapeur n'avait rien trouvé de mieux que de se mettre un soulier comme chapeau. A un moment, le concert s'arrête pour permettre aux sapeurs de dévoiler leurs dernières collections, sans oublier de mentionner les prix de ces trésors à la Place Vandôme, dans un temple de couture de Milano ou de la Bahnhofstrasse de Zürich. Les musiciens eux-mêmes sont des sapeurs, des grands maîtres. Ils aiment à adorer leurs grands chanceliers, lancer leurs grands-prêtres, leurs petits de confiance argentiers de London ou de Panama, leurs reines, princesses et mères, etc. Attention: il n'y a qu'une Mère Premier (sic), Mère Malou. Paix à son âme. Même le Pape aurait voulu savoir qui était Mère Premier, tellement il avait entendu parler d'elle. Papa Wemba avec son obscur ami Niarkos ont construit leur triste réputation sur cette mission du paraître. Ors, bijoux, parfums, coiffures, tissus, chaussures, etc. sont mis à profit pour sculpter le LOOK du Sapeur ou de la Sapeuse (?). Je crois que même les femmes sont appelées sapeurs. Corrigez-moi si je me trompe. Car dans ce monde-là "l'adjectif s'accorde en genre et en nombre avec celui qui parle". Grammaire revue et corrigée. Cela ne vient pas de moi.
La SAPE, telle que pratiquée par certains compatriotes africains, est un fléau source de regrettables déviations. De l'immigration clandestine au vol le plus crapuleux, tel est le lot de ceux qui veulent s'habiller cher. A tel point que, dans ce pays, être propre équivaut à se vêtir cher. Concerts de musique, terrains de football, mariages, baptêmes, églises sont tenus pour des hauts lieux de la Sape. Voire le pasteur lui-même, c'est un haut sommet de grrr...rand-prêtre, un grand mikiliste, un sapeur. L'évangélisateur roule dans une Compressor et porte une montre Rolex ou Breguet. Il se présenterait un jour au culte en pijama qu'il serait acclamé comme un roi par sa congrégation pourvu que le pijama coûte 2.000 $.
La sape a une influence désastreuse sur les jeunes à tel point qu'un jour mon cadet de frangin m'a surpris, me déclarant: "Ya Claver, moi je ne peux pas mettre une chemise de moins de 25 £" (45 US) Il a été surpris de m'entendre dire que moi à qui il tenait ce discours n'ai jamais déboursé autant pour une chemise. Je sors décidément d'un autre monde, d'une autre école. Le luxe ostentatoire, connais pas. Le vrai sapeur acquiert sa chemise à 250 £. N'osez pas lui demander d'où lui provient l'argent. Secret professionnel ou de polichenelle! La fille du pétrolier et de Nkolo Budget, elle-même grand sapeur, est non seulement une adepte des charmes du dieu Kitendi, mais aussi une pourvoyeuse de fonds. BCBG Bon chic bon genre!
Le même frangin m'a rapporté cette phrase d'un sapeur revenant d'un concert: "Lelo, tobeti forme ya danzé. Ya moke te, ya mingi! Ba vivre biso!" (Aujourd'hui nous nous sommes très bien habillés. Sans blagues, très très bien habillés. Nous avons frappé très fort)

12 mai 2010

Comment je vécus l'attentat contre Jean-Paul II

Rome, 13 mai 1981. Ce jour-là, je me trouvais à Rome. J’étais étudiant en deuxième année de théologie à l’université de la Propagande Fide. C’était un mercredi, jour des audiences papales, je suis allé à l’institut Goethe sur la via del corso, près de la Piazza Venezia. Après le cours d’allemand que je suivais tous les mercredi et jeudi de 15 à 18 heures, je cherchais à retourner au collège. Je devrais prendre les bus 64 ou 62. La circulation était bloquée. Rien ne bougeait. Le bus 64 est arrivé mais ne pouvait se déplacer. Alors j’ai décidé de marcher jusqu’au Largo Argentina. Je sentais que quelque chose tournait mal mais je ne pouvais rien dire de précis. C’est là que j’ai rencontré dans un kiosque de tabac un condisciple égyptien Chenouda, qui finissait son cycle de théologie cette année-là.
C’est lui qui m’a dit ce qui m’a expliqué ce qui se passait : « On a tiré sur le pape ». Après un temps de silence, je me suis rendu compte que tout le monde près de moi suivait l’événement à la télévision. Comme nous n’avions pas d’autre choix pour retourner au collège, nous avions marché de Largo Argentina au Collège Urbain sur le Janicule.
Tout était si triste ce soir-là. En plus il y avait une parole maladroite d’une soeur salvadorienne qui vivait au Foyer Paul VI. Selon elle, l’homme qui avait attenté à la vie du Saint Père Jean Paul II était un Africain. Elle était à la Place Saint Pierre lorsque l’incident est arrivé. Je me souviens comme tous les Africains présents lui en ont voulu. Le père Natale Fumagalli, notre recteur, nous a alors invité à une veillée de prière pour la santé du Pape. Je m’en souviens vingt-neuf ans plus tard comme si c’était hier.

Mi ricordo dell'attentato a Giovani Paolo II

Roma 13 maggio 1981. Quel giorno ero a Roma. Ero studente di teologia alla Propaganda Fide. Quel giorno era un mercoledi, giorno delle udienze papali, sono andatto al Goethe Institut sulla via del Corso, vicino alla Piazza Venezia. Dopo il corso di tedesco che seguivo ogni mercoledi e giovedi dalle 15 alle 16, quello giorno, cercavo di ritornare al Collegio Urbano. Dovevo prendere il bus 64 o 62. Il traffico era bloccato. Niente si muoveva. Il 64 è arrivato, pero non si poteva muovere. Allora ho' deciso di caminare fino al Largo Argentina. Sentivo che qualcosa andava male ma non potevo dire niente di preciso. E' là in un neggozio o un tabacchaio ho incontrato il condiscepolo del collegio, Chenouda, un'egiziano che finiva la teologia quell'anno. E' lui che mi ha spiegato quello che succedeva: "Hanno sparato il papa!" Dopo un tempo di silenzio ho visto che tutta la gente accanto a me seguiva l'evento alla televisione. Come non avevamo un'altra scelta per ritornare al collegio, abbiamo caminato dal Largo Argentina fino al Collegio Urbano sul Gianicolo.
Tutto era cosi triste quella sera. C'era anche una sfortunata parola da parte di una suora del Salvador che stava al Foyer Paolo VI. Per lei, l'uomo che aveva attentato alla vita del Santo Padre Giovani Paolo Secondo era un Africano. Era alla piazza quando era accaduto l'incidente. Mi ricordo ancora come tutti gli Africani presenti l'avevano minacciata.
Padre Natale Fumagalli, il nostro rettore, ci aveva allora invitato ad una vigilia di preghiere per la salute del Papa. Me lo ricordo ventinove anni dope come se fosse ieri.

Telema

De la souffrance. On en parle toujours et depuis toujours. On s'enlise dans le problème à force de le répéter. La crasse de la misère noire côtoie et toise l'opulente bourgeoisie formée d'insolents nouveaux riches. La dignité humaine est sacrifiée.
Lorsqu'une parente me disait dernièrement qu'elle buvait à Kinshasa l'eau des mares et des égoûts, je ne voulais rien entendre. Aujourd'hui, j'apprends que des gens boivent de l'eau dont la source est située dans un cimetière. Les robinets sont secs depuis des mois, mais la facturation de l'eau continue. J'en suis estourbi. L'électricité, n'en parlons même pas. Je me souviens d'un clip diffusé sur le thème de "Christmas Lights" où l'on a vu Kinshasa en pleine obscurité, alors que New York, Paris, Johannesbourg, même ..., étaient étincelants.
C'est pourtant le pays du grand fleuve Congo et ses nombreux affluents, de la forêt équatoriale. C'est le pays du grand barrage d'Inga. Et ce sont ces denrées élémentaires, déjà efficacement résolues ailleurs, qui font problème au Congo et en Afrique. A se demander si on n'est pas maudits! Parlez-moi encore de scandale géologique! Blablabla. Mobutu avait pour insulter nos frères d'en face, son néologisme: les "blablateurs". S'il est un record que l'on doit nous octroyer, je n'en trouve qu'un seul: celui des plus grands destructeurs de l'humanité. Vous cherchez des preuves. Osez mettre des cabines téléphoniques, des machines de retrait d'argent ou même des distributeurs automatiques de boissons sur une voie publique. Revenez vingt-quatre heures plus tard. Vous m'en direz des nouvelles. Alors qu'ailleurs, de tels services fonctionnent normalement. Nous avons une capacité incroyable de destruction. Qu'avons-nous fait d'énormes ressources naturelles et humaines dont Dieu nous a pourvus? Rien, rien, rien. Pour dix sous et par égoïsme, on est prêt à trahir son pays. Des incapables et des incompétents, voilà ce que nous sommes! Incapables de nous tenir la main dans la main pour vivre en harmonie. Incompétents, parce que nous ne savons pas ce que c'est qu'une nation souveraine.
Guerre, désolation, désorganisation, gabégie, crime, vol, haine, corruption,... destruction de la morale et du bon sens. Voilà ce en quoi nous passons maîtres!
Get Up, Stand Up For Your Rights! Telema!