9 août 2011

Sorcellerie, j'y crois pas.

Riehen, près de Bâles entre juin et septembre 1991. Une italo-suissesse AF de 43 ans est venue me trouver, accompagnée d'une suisso-malgache, que ça rime bien, parce qu'elle se sentait envoûtée par son ami camerounais qui, selon ses propres mots, l'avait ensorcelée. Elle avait des courbatures, et très mal au cou. Elle avait l'impression que cet homme contrôlait "de façon occulte" sa vie: "Il me cherche", s'est-elle écriée soudain. "Cela ne m'étonnerait pas qu'il apparaisse ici, alors que je ne lui ai pas dit que je venais ici."
J'ai coupé la conversation: "Sorcellerie, j'y crois pas. S'il apparaît ici, cela signifie simplement qu'il vous a suivies, à votre insu. Si vous avez mal au cou et des courbatures, soumettez-vous à une séance de massage".
- "Vous n'y comprenez rien, tout africain que vous êtes. Cet homme possède des pouvoirs, un troisième oeil".
- "Je crois que nous ne pouvons pas continuer cet entretien, Madame. On ne sera jamais d'accord".
Quelques jours plus tard, elle est retournée me voir. Je me suis excusé d'avoir interrompu l'échange de la fois précédente.
- "Pas de quoi! Entre-temps, je suis allée à St Louis, la ville française proche de Bâles, trouver un professeur ouest-africain spécialiste des problèmes de santé, de chance, de succès, d'amour, voire de stérilité. Après avoir entendu mon récit, il m'a demandé de mettre dans une enveloppe deux billets de chaque valeur existante en francs suisses - dix, vingt, cinquante, cents, cinq-cents, mille - ; de placer cette enveloppe sous mon oreiller pendant trois jours. Et le troisième jour très tôt, sans oser faire la toilette ni me retourner, aller droit lui remettre cette enveloppe. Il opérera ses miracles, une fois ce rite préliminaire dûment accompli. Ne pas regarder en arrière jusqu'à St Louis, c'est impossible. Et je trouve que c'est trop d'argent pour un rite; c'est presque tout mon salaire. Que dois-je faire?"
- Si vous voulez jeter votre salaire à la poubelle, allez-y! Comme vous y croyez, allez-y sans hésiter, car l'hésitation réduirait vos chances de réussite.
- Il m'a pourtant affirmé que c'est 100% de réussite.
- Il ne pouvait pas vous dire le contraire, sinon vous ne seriez pas allée chez lui. Suivez la voix de votre conscience."
Deux mois plus tard, elle est descendue me rencontrer à Fribourg pour me dire:
- "Grâce à vous, je n'ai pas brûlé mon argent, j'ai trouvé une naturopathe qui m'a fait d'excellents massages, j'ai retrouvé pleine confiance en moi-même. Je sais désormais comment affronter mes problèmes. La lucidité avant tout. Merci vielmals!"
- "Et la facture de mes consultations?", ai-je rétorqué, très sérieux et sans complaisance.
- "Au fait, je vous dois 3000 Francs, exactement la somme du maître-professeur de St Louis."
- "Demandez-lui plutôt de me jeter le mauvais oeil. Ce sera mon prix!"


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