27 nov. 2015

Retour à la Barbade: 26.11.15

Depuis hier 26 novembre 2015 après-midi, je suis de retour à la Barbade. Le séjour à la Martinique a été des plus actifs et instructifs. Une conférence intéressante sur le postcolonial où il m'a été donné de suivre les présentations de quelques sommités connues du monde intellectuel. Des personnages à la fois d'une intelligence  admirable, mais d'une simplicité surprenante. Convivialité, échanges intellectuels, débats d'idées avec ce que cela comporte de dérapage et de défi, tout était au rendez-vous. 
Force m'est de reconnaître la qualité remarquable des interventions; et la présence de plusieurs spécialistes du domaine y était pour beaucoup. Un Adlai Murdoch ou une Lydie Moudileno font figure d'autorités dans le postcolonial. Michel Laronde travaille depuis plus de vingt ans sur son concept de post-contact ou des littérations des immigrations. Bref, cette conférence a rassemblé un excellent aéropage de chercheurs pluridisciplinaires (historiens, psychologues,  critiques littéraires, théoriciens, philosophes, sociologues, philologues, etc) . Chapeau aux organisateurs!
Comme il y a dix ans, la conférence s'est bien passée malgré les longues attentes, et parfois l'improvisation. Rarement les ateliers ont commencé ou fini à l'heure; une fois, on est allés jusqu'au-delà de 19 heures. Les communications faites par Skype ne m'ont pas plu, quoique cela relève d'une bonne prouesse technologique. Le 25 novembre, le programme m'indiquait comme modérateur d'un atelier au même moment où je devais faire ma présentation dans un autre atelier. Cela s'est réglé à mon insu. La communication a été depuis le début le maillon faible de la chaîne. Je conseillerais volontiers aux collègues d'améliorer ce point.
Contrairement à la conférence Images de soi organisée sur plusieurs sites de l'île, celle-ci n'a pas permis un tour de la ville ni de la Martinique. Rien n'était prévu non plus au programme. Cela pourrait s'expliquer par des coupes budgétaires habituelles dans nos universités. Le dernier après-midi, j'ai profité d'une voiture qui conduisait le collègue Lawson-Hellu au centre-ville, pour effectuer un petit tour touristique à Fort-de-France, au marché, à l'hôtel de ville, à la bibliothèque Schoelcher où Chamoiseau était censé déposer les cahiers de Marie-Sophie Laborieux, à la librairie Alexandra où on a rencontré d'autres conférenciers, au port d'où des bateaux vont vers Ste Lucie, Dominique ou Guadeloupe. Que des souvenirs également!
Retourné à l'hôtel, je suis tout de suite parti pour Hyper U acheter quelques denrées alimentaires qu'on ne trouve pas à la Barbade. Je ne vous dis pas lesquelles, mais je n'ai pas manqué de glisser une bouteille de Champagne. A l'aller comme au retour, le bus m'a pris sans que je perde une minute. Bon tempo.
Maître Jourdain du Postcolonial a passé un séjour agréable et enrichissant à la Martinique du 22 au 26 novembre 2015. Il a assené quelques coups et uppercuts à la Francophonie pour défendre son idée des francophonies périphériques. Quoiqu'il n'ait pas pu nécessairement conquérir quelques adeptes, son message a été diffusé. Le retour à la Barbade s'est passé sans histoires, en compagnie de Dr Laté Lawson-Hellu qui a pris une correspondance Air Canada pour Toronto.

25 nov. 2015

« Ecrire en situation postcoloniale : la francophonie en question»



25 novembre 2015. Aperçu de mon exposé.
Au-delà du débat théorique  et politique que soulève le concept de francophonie, il semble intéressant d’examiner cela sous un point de vue postcolonial. Quel type de rapport la francophonie entretient-elle avec le postcolonial ? Ou mieux comment concevoir la francophonie dans le contexte du postcolonial ? Pour répondre à ces questions, il importera d’abord de remonter à l’origine de ces notions et de retrouver les fondements théoriques, idéologiques et culturels qu’elles comportent. Si la francophonie relève fondamentalement de la matrice française et pose l’opposition francophone vs français comme un point d’ancrage, le postcolonial rompt avec l’unicité monolithique française et embrasse volontiers le pluralisme et la diversité. Par rapport au discours en vigueur sur la francophonie, par rapport à l’enlisement qui guette la pensée française, le discours postcolonial semble mieux indiqué pour résoudre le cercle vicieux. Et c’est ici que le débat tire sa pertinence. Détracteurs et défenseurs de la francophonie s’affrontent dans une interminable querelle de mots et d’idéologies. Dans le contexte littéraire, les écrivains non français, donc classés comme francophones, souffrent d’un complexe de marginalisation. Les activistes politiques et culturels ne voient dans la francophonie qu’une survivance post-indépendante du néo-colonialisme, qu’une dissimulation de l’impérialisme français. Selon eux, la francophonie sert plus les intérêts de la France que ceux de locuteurs qui se réclament la langue française. Et ces ambiguïtés délibérément entretenues semblent insurmontables. Dans mon livre, Ecritures en situation postcoloniales : francophonies périphériques, paru en 2013 aux Publications Universitaires Européennes, j’ai insisté sur ce malaise que soulève le fait d’écrire en français et j’ai utilisé  l’expression « francophonies périphériques » dans la suite normale de littérature-monde forgé M. Le Bris et J. Rouaud, ou de littératures-mondes dont parle Oana Panaïte, conformation à la notion de tout-monde d’Edouard Glissant.

23 nov. 2015

Début du colloque sur le postcolonial

23 novembre 2015. Je me suis réveillé de bonne heure, ai tenté d'appeler ma maison mais pour réaliser que je n'ai pas de connexion faute d'unités. J'actionne l'ordinateur, mais personne de l'autre côté n'est sur Skype ni Messenger. J'envoie quand même des messages pour m'assurer que mon message arrive à destination.
- "Vous êtes studieux; vous n'arrêtez pas d'écrire", m'interrompt Mylène Thérese Jeannot, chargée de relations publiques du colloque, qui passe dans l'amphy pendant la pause-café. 
- "Plus paresseux que moi, vous n'en avez jamais vu. Merci quand même pour le compliment.", que je lui réponds. Elle éclate d'un rire typiquement caribéen. Revenons à nos chiens, pour éviter les moutons de l'hôtel.
Je descends au restau. Qui je vois? Lydie Moudileno qui m'apprend qu'il y a une navette prévue à 8 h. Lydie, je l'ai connue à Berlin et l'ai invitée à notre colloque Antillanité, créolité, littérature-monde de 2010. Cette franco-congolaise détient une grande réputation dans le domaine des études postcoloniales africaines et caribéennes. Comme le programme ne commence pas avant 9 heures, je prends mon temps. Le buffet est complet pour tous les goûts. J'évite le gras depuis un certain temps, mais je prends quand même du lard aux omelettes. Fabienne, enseignante à Londres, qui est partie pour la navette, me dit que ce sera prêt autour de 8h30. Ce qui m'arrange parfaitement. Que non! J'arrive tard; c'est parti. Soit. J'ai encore le temps. Une dame de l'hôtel m'embarque dans une voiture des conférenciers, qui me conduit à Schoelcher. 
Je découvre dans l'amphy que la dame qui était avec moi dans la voiture s'appelle Anny Curtius. Un nom connu pour l'avoir cité dans mon livre Ecritures en situation postcoloniale. Le chauffeur c'est Michel Laronde, et le troisième homme s'appelle Adlai Murdoch. Des noms qui ne vous disent rien, mais connus des spécialistes du postcolonialisme. Que le monde est petit! Il le sera encore lorsque je revois d'autres collègues que j'avais croisés au colloque Images de soi en 2005. Après avoir été présenté à l'organisateur principal, M. Alexandre Alaric, je reconnais Rodolphe Soubiat, Patricia Donatien, Christine Raguet, Fathallah Daghmi, et d'autres. Avec Fathallah, on a une longue conversation: nous parlons de l'Afrique, et de nos réalités politiques et sociales. D'origine marocaine, il enseigne à Poitiers. Un très bel échange enrichissant et instructif pour chacun de nous.
Maintenant il est 11h19; on nous annonce que le déjeuner aure lieu dans la salle du CROUs à 12h30.

22 nov. 2015

22 novembre: Cap sur la Martinique

Il y a dix ans jour pour jour, j'étais en conférence à Fort-de-France. Et le 23 novembre 2005, j'eus l'immense honneur et plaisir de rencontrer le poète Aimé Césaire. "Quarante-cinq minutes avec Aimé Césaire" était écrit pour que le souvenir de cette rencontre ne disparaisse pas. Le texte existe en ligne et est encore accessible.
22 novembre 2015, je suis de nouveau à Fort-de-France pour une autre conférence sur la théorie postcoloniale. Arrivé relativement tôt, j'ai dû attendre jusqu'à 14 heures pour obtenir une chambre au Squash Hotel. Je me suis installé dans leur restaurant pour travailler, compléter mes notes, rédiger quelques courriels, etc. Première déception, on me met au 3e étage dans un bâtiment sans ascenseur. Je réussis quand même à obtenir une chambre au rez-de-chaussée, plus commode que la première. Après une petite promenade dans les environs, j'ai pu prendre un dîner-buffet. 
A BGI j'ai rencontré mon collègue Adrian Cashman et Daniela Santos, tous les deux en partance pour le Brésil. Spécialiste de gestion de l'eau au Cermes, Adrian est parti pour une conférence sur la protection de l'eau à Forteleza; Daniela m'a appris qu'elle quittait l'île, mettant brusquement fin à ses études doctorales. Dommage quoique prévisible! A la conférence de Schoelcher qui aura lieu du 23 au 25, il y a au moins sept chercheurs que je connais. Entre autres: Lydie Moudileno, Martin Munroe, Patricia Yssa Donatien, Rodolphe Soubiat, et mes collègues de l'UWI. A demain.

20 nov. 2015

Nge kuzola kubaka kikhokoto?

Nge kuzala kubaka kikhokoto... kikhokoti... kinkhokotu (?). Quand il a vieilli, il disait: Nge kuzola kubaka kikokota. Une performance linguistique que seul Mutekulu Kahiudi a retenue. Cette phrase fut la seule que mon noble grand-papa pouvait prononcer en kikongo. Tous ses petits-enfants, les vrais, la connaissent.
Paix et honneur Kha Kahiudi!

19 nov. 2015

Un voyage comme pas deux

Voyager n'est pas toujours facile; il arrive des situations incongrues. Pour un Africain, c'est encore plus difficile quoique l'on n'ait rien à se reprocher sur le plan du casier judiciaire. Les choses se compliquent lorsqu'on ose pointer son nez dans certains coins du monde. C'est la dure réalité de la vie où certains se permettent tout et où d'autres ne bénéficient d'aucun droit. Là, dimanche, je me suis inscrit à participer à la conférence sur la théorie postcoloniale organisée par l'université des Antilles du 23 au 25 novembre. Pour y aller, il me faudra d'abord prendre le visa à l'île voisine de St Lucie où se trouve l'ambassade de France. Auparavant, on allait à Trinidad; mais depuis cette année, les choses ont changé. C'est à Castries que sont désormais traités les dossiers de visas Schengen pour la France. Seulement voilà. Pour aller à Ste Lucie, il me faudra faire escale à l'aéroport de Fort-de-France sans descendre de l'avion. Donc, je passerai donc par la Martinique pour obtenir le visa de la Martinique. Ces misères, je crois qu'elles ne sont réservées qu'à moi. .


Un crochet à l'île de Ste Lucie



18 novembre 2015. Il est 12h36. Je me trouve devant la mer, à la plage en face de l’aéroport de Ste Lucie. Je viens de m’offrir un plat antillais : de la daurade bouillie avec riz, patate douce, igname, fruit à pain et de la salade verte mélangée à la tomate et la carotte. Le plat complet aurait inclus des haricots. Un peu lourd, mais j’ai besoin de me sentir vivre car j’ai eu une nuit des plus stressées. De tous les voyages que j’aie effectués de ma vie, celui-ci a été le plus agité à cause de l’insécurité où je me suis retrouvé.
En route pour Ste Lucie. Après l’échéance du délai donné par l’appel à contributions, j’ai été invité à participer à une conférence sur le post-colonialisme à la Martinique du 23 au 25 novembre. A la demande expresse d’une collègue professeur de littérature caribéenne anglophone informée qu’on souhaite une présence des trois campus à cette conférence, J’ai ainsi soumis ma proposition aux organisateurs le 18 août. J’attendais une réponse immédiate, mais cela n’a pas été le cas. Il m’a fallu attendre jusqu’au 28 octobre pour recevoir un programme dans lequel ma proposition a été reprise, suggérant de fait que mon papier était accepté.
Pourtant j’avais mentionné expressément qu’il me fallait une réponse immédiate afin que j’entreprenne les démarches de financement et de voyage. N’ayant rien obtenu, j’avais simplement déconsidéré cette conférence et programmé de participer au CHIPS, notre symposium de philosophie habituel de Cave Hill. Mais comme le symposium a été annulé,  j’ai accepté spontanément d’aller en Martinique quoi que cela m’en coûte. J’ai donc pris les dispositions nécessaires : autorisations de mes supérieurs, nomination d’un remplacement, recherche de fonds mais au titre rétroactif, etc. Car  j’ai une moyenne de deux conférences annuelles au cours desquelles je présente un sujet.
Le visa de Martinique, il faut le chercher à l’ambassade de France à Castries, St Lucie plutôt qu’à Trinidad et Tobago comme ce fut le cas par le passé. Il faut obtenir un rendez-vous chez les Français et solliciter un visa à Ste Lucie. Après avoir pris des informations, j’ai scanné et envoyé tous le dossier au service d’immigration de Ste Lucie. Ce service n’ayant jamais accusé réception de ce courrier, l’idée m’est alors venue d’utiliser les relations d’un collègue st-lucien. Mr NN a pris les choses en mains. Je croyais naïvement que, vu la position de ce monsieur, j’allais facilement obtenir le document. J’ai passé toute la journée d’hier et toute la nuit à attendre ce document. Il n’est pas arrivé. De cœur las, j’ai appelé Mr NN qui m’a rassuré : « Do not worry, do not stress yourself. You will travel tomorrow. Immigration already knows your case. You will get sorted out ».
Ce matin, nous sommes partis de la maison à 6h20 pour l’aéroport. De là, Clavère devait ramener les enfants à leur école. J’étais parmi les premiers à arriver à l’aérogare, mais le dernier à embarquer. On a même fait une annonce pour que je me présente immédiatement à la porte 11. J’ai raté le bus commun ; une agent m’a accompagné jusqu'à l’avion. Vous vous demandez ce qui s’est passé entre temps. Eh bien, je n’avais pas le visa waiver pour Ste Lucie. Mr. NN, en homme important, m’a promis qu’un email serait envoyé par le service d’immigration de Ste Lucie dans les cinq minutes qui suivaient, mais le document n’est pas arrivé jusqu’à la clôture de Check-in. Devant cette situation, il a appelé le chef de police de l’aéroport pour qu’un OK oral soit donné et qu’on me laisse embarquer. Mr. NN a de l’autorité, il a résolu le problème sans se déplacer de sa maison. L’avion est passé à Fort-de-France, Martinique, avant d’atterrir à Castries.
Mon rendez-vous à l’ambassade était à10h ; l’avion est arrivé à 10h10. A la sortie, j’ai cherché un taxi mais un taximan m’a conseillé plut de marcher, tellement c’est près. Effectivement, cela m’a pris 7-8 minutes pour atteindre l’ambassade française. Le passage à l’ambassade a duré vingt-vingt-cinq  minutes au maximum. Curieusement, j’ai fourni moi-même la photo mais ils ont pris mes empreintes digitales. C’est parce que je dois attendre jusqu’à 14 heures que je me suis arrêté à ce malewa de luxe comme seuls les Antillais savent le faire. J’écris ce passage en somnolant à moins de trente mètres de la mer : l’idée m’est même venue d’aller m’y baigner, mais je n’ai pas l’équipement approprié. Au moins, je peux profiter de la brise antillaise et rincer l’œil en regardant des touristes qui n’ont pas froid de s’exposer au regard collectif des rodeurs. Je pense à ce fabuleux panorama qui a sans doute inspiré les génies de Sir Arthur Lewis et Derek Walcott pour obtenir des Prix Nobel. Les reflets des montagnes et collines sur la mer sont sublimes à contempler. A présent, il reste près de quarante minutes avant de retourner à l’ambassade, j’en profite pour faire des photos-souvenirs.
Un peu plus tard, Emmamuella Louis, une ancienne étudiante à présent enseignante, viendra me prendre pour un petit tour de l’île. Je connais un peu l’île. J’y étais en 2006 avec Clavère pour présenter une conférence à l’Alliance Française.