14 mars 2014

Adieu Frère Baptiste SVD 1

Je venais de poster mon article "A chacun son -isme" lorsque j'ai ouvert l'email de M. Marc Van Renterghem annonçant le décès à Teteringen du Frère Baptiste.
Après Ben Van den Boom décédé en décembre 13 se tourne encore une fois une page de l'évangélisation du diocèse de Kenge. Le Frère Baptiste a été le tout premier frère SVD à fouler la terre congolaise en 1952, peu après les patriarches Van der Heyden, Van Gorp, Van den Boom, Hoenen. Constructeur, mécanicien, électricien, photographe, géomètre, réparateur d'appareils et de montres, le frère Baptiste a fait tout cela partout où il a été comme missionnaire. Je l'ai bien connu pour avoir vécu avec lui à Kalonda en 1969-75, mieux pendant mon année de régence dans la communauté ecclésiastique en 1978-79, mieux encore pendant mon secrétariat à l'évêché de Kenge entre 1984 et 87. Il m'a personnellement beaucoup  raconté sur sa vie; et je garde beaucoup de ses souvenirs.
A propos de la mort, il aimait répéter qu'il n'en avait pas peur et qu'il ne tenait pas trop à son corps. Il m'a confié plus d'une fois: "Si je meurs, inutile de pleurer, célébrez. Vous pouvez jeter mon cadavre n'importe où, le brûler s'il le faut, même l'utiliser pour des recherches scientifiques." Commençons par le commencement!
C'est en septembre 1969 que j'ai connu le Frère Baptiste au Petit Séminaire de Kalonda, plus précisément au Juvénat SVD de l'époque. Sa chambre se situait sur le flanc gauche à l'entrée du juvénat. Et il y est resté jusqu'à la cession de Kalonda au grand séminaire. Comme tous les séminaristes et les juvénistes, nous avons énormément bénéficié de ses talents. C'est dans sa chambre que j'ai vu pour la première fois un "vacuum cleaner". Il s'occupait du garage et de l'électricité. Les dimanches, à partir de 16 heures, des gens venaient de partout se faire photographier. Tout séminariste et juvéniste de l'époque, qui se respecte, doit avoir au moins une photo faite par le frère Baptiste. Je le revois encore vêtu de sa soutane de style SVD, avec ses cheveux blancs.
Personne très travailleuse, accueillante, réservée mais très douée pour les sciences techniques, le Frère Piet van Rooijen était connu pour avoir construit la plupart des églises et des bâtiments des paroisses du diocèse de Kenge. L'infatigable missionnaire a été même jusqu'à Kole dans le Kasai pour construire une église et un presbytère. Une contribution énorme à l'église locale du Congo démocratique.
Il n'avait pas trop aimé le site de Ngondi. J'étais témoin en 78 de sa toute première visite sur le site où se construirait Ngondi. En effet, l'acquisition de Kalonda par le grand séminaire avait amené les SVD à choisir Ngondi comme lieu de leurs garages, menuiserie et maison de retraite. C'est ainsi qu'il a fini pionnier constructeur du Petit Séminaire de Katende. Je l'y retrouverai en 1982.
Fin 1978, la toute première fois que j'avais croisé un véhicule venant en sens opposé sur la chaussée, c'était  entre Kalonda et Masamuna, et c'était le Frère Baptiste qui revenait de Bonga avec le Frère Herrmann Helm. Je ne l'oublierai jamais. Mon instructeur d'auto-école, l'abbé René Singa, ne s'en souvient sûrement pas. De la communauté SVD de 78-79, il ne reste plus que le Frère Pirmin Haag et le Père Gerhard Lesch. Tous les autres PP. Charles Schwertz, Ben Overgoor, Fr. Herrmann Helm sont décédés. Paix à leur âme!
- A suivre - 

Frère Baptiste Van Rooijen SVD (1923-2014) in memoriam

(Email de M. Marc Van Renterghem (reçu ce 13 mars 2014)


Vous l'avez certainement connu : Frère Baptiste, le grand constructeur du diocèse de Kenge. Entre autres l'église de Fatundu avec la façade en forme de masque ...
Je m'excuse du fait que le In Memoriam est écrit en Néerlandais (d'ailleurs par le Père Antoine Verschuur, que vous avez certainement encore connu à Kalonda ???). Peut-être vous trouverez bien quelqu'un qui saura vous traduire le texte...
Sauf le Père Etienne Van Eygen , je ne pense plus qu'il y a encore un Belge ou Hollandais, anciens du Congo (diocèse de Kenge), en vie...
Salutations cordiales,
Marc
http://www.svdneb.nl/images/in_memoriam_br._piet_van_rooijen_svd.pdf


Monsieur Marc,

Merci de m'avoir transmis cette triste nouvelle de la mort du Frère Piet van Rooijen. RIP. Je vais comme d'habitude écrire un éloge funèbre à son honneur.
J'ai très bien connu le Frère Baptiste pendant tout le temps de ma formation à Kalonda (1969-75). Ensuite j'ai vécu avec lui dans la communauté de Kalonda en 1978-79 pendant mon année de régence. Encore une fois, j'ai vécu avec lui dans la communauté de l'évêché de Kenge de 1984 à 87. C'est en fait le seul frère svd avec lequel j'ai vécu si longtemps. Et j'ai beaucoup d'histoires sur lui. Que son âme repose en paix!
Quant au Père Verschuur, je l'ai connu à Kenge I en 1965-66 du temps où il était directeur de l'école normale avant que le Père Charles Swertz le remplace.
Je lis le neerlandais à partir de l'allemand et de l'anglais, je comprends l'essentiel.
En union de prières

Claver Mabana
PS: A propos des SVD belges et hollandais encore vivants, je crois qu'il y a encore outre les PP. Van Eygen et Verschuur: Van den Broeck, Emile Van der Linden, Jean Van Zeeland,  Everard Leferink, Nico Berends et le Fr. Félix Klaveren.
C

A chacun son -isme

A l'instar des doctrines consacrées par l'histoire et la culture, chaque grand personnage possède son -isme. Ainsi trouve-t-on aisément à côté du classicisme ou du stoïcisme, le cartésianisme ou le kantisme, tout comme le léninisme et le sarkozisme, le mobutisme ou le kabilisme. Pourquoi pas le mabanisme? Mais là s'arrête la similarité, car le succès d'un mouvement de pensée dépend beaucoup de la personnalité qui l'incarne. Chez les politiques, il faut distinguer plusieurs catégories intellectuelles. Certains ont une stature solide tandis que d'autres s'entourent d'une doctrine pour servir leur ambition politique. En outre, il y a des politologues très solides qui n'ont jamais un seul instant de leur vie exercé la politique. Tout dépend donc de la façon dont on appréhende cette réalité.
Le philosophe africain-américain Mudimbe raconte ses rencontres avec l'illustre président qui prêchait le socialisme scientifique au Congo-Brazzaville. A force de lire et de se former en autodidacte, Marien Ngouabi semblait suivre avec attention l'argumentation philosophique sur le marxisme que lui exposait le pédant post-moderniste. Chapeau! D'autres n'auraient comme argument que la gachette de leur revolver à la place d'idées indigestes à leur esprit. Le "isme" ne viendrait que combler leur statisme spirituel et leur carence intellectuelle, à défaut de couronner leurs projets despotiques et machiavéliques.
Et le mabanisme dans tout cela? Pourquoi pas? Mabanisme comme le nnikonnikunisme viendrait étymologiquement de Mabana. Nom sacré et comblé de gloire! Je parle. On n'est bien ensensé que par soi-même. Je baptise le mabanisme comme l'ensemble des pensées mentales, politiques et idéologiques conçues par votre humble serviteur. Comble de misère et de malheur! Es-tu sûr d'avoir du succès avec ce néologisme si exotique, rétorque mon pourfendeur de lecteur! Abacha n'avait pas d'isme - au fait il n'existe pas d'abachisme -; il n'en avait pas eu le temps tellement il était occupé à se remplir les poches. Aux dernières nouvelles, ses millions volés en un temps record végètent encore dans les banques occidentales. L'abachisme s'allierait au pragmatisme, un pragmatisme qui vous enrichit comme Crésus en l'espace de trois années de pouvoir. Un pragmatisme époustouflant proche des exploits des maffiosi, des pègres de la drogue. Le mabanisme sera une suite décousue des phrases susceptibles de vous appauvrir si vous êtes riches, de vous maintenir dans la pauvreté si vous y êtes déjà; mais de vous tenir la tête haute au milieu de votre misère, en dépit de votre dénuement. Tant qu'il y aura de la pauvreté, il y aura le mabanisme, autrement dit l'ontologie de la paupérisation. Le mabanisme propulse bien les mots compliqués, les jeux de mots susceptibles de tenir une argumentation verbale tout en vous maintenant dans une flagrante indigence matérielle et spirituelle.
Entre l'abachisme et le mabanisme, mon choix est clair. J'ai choisi mon nom que je lègue pour toujours à ma postérité. Les savants qui étudieront ma pensée s'en délecteront comme on s'extasie aujourd'hui devant le génie de Socrates, Averoes et ... j'ai oublié son nom. Du mabanisme naîtront sans aucun doute l'ibanguisme et le mukawisme. A chacun son -isme. C'est selon, comme on dit chez nous.
Observez les enjeux politiques dans les actualités, vous verrez que je ne dis pas que des bétises.

Le nnikonnikunisme

Ne soyez pas effrayés. Nnikonnikunisme vient de Nnikon Nniku. Et Nnikon Nniku est le protagoniste de la pièce théâtrale de Tchicaya U Tam'si: Le destin glorieux du Maréchal Nnikon Nniku prince qu'on sort paru chez Présence Africaine en 1979. Je voudrais célébrer à titre personnel les trente-cinq années de la parution de cette œuvre que je juge inspiratrice et riche en enseignements de vie. Il n'y a pas à mon sens de meilleure caricature du pouvoir africain que celle-ci. Du temps de mes études, je me posais toujours la question pourquoi une telle pièce n'était jamais mise en exergue par la critique alors qu'elle présentait tous les détails constitutifs d'une dictature servile et inhumaine. Le diktat des éditeurs parisiens avait pesé lourdement sur la réception générale des œuvres de Tchicaya. Il était classé poète avec une entrave solidement serrée. Poète, pas dramaturge ni romancier. La pratique de la radiophonie a amené le poète à mettre en scène des épisodes de son prolifique imaginaire. Le ridicule ne tue pas, c'était le cas de le constater.
Une pièce de théâtre, plus qu'un roman ou un récit, a vocation de visualiser les actants et de vulgariser leur message. Imaginez sur la scène un soldat incompétent, immature, minus schizophrène qui prend le pouvoir parce que les civils se montrent incapables, qui ordonne que ses ministres s'éborgnent en signe de fidélité à sa personne, qui prend plaisir à ce que les magiciens le consacrent maître du monde temporel, qui ne supporte aucune contradiction à ses ordres. "La constitution, c'est moi", dit quelque part cet usurpateur des traditions ancestrales dont il se proclame l'unique et valable héritier. La politique monolithique comme l'imposture, ce n'est pas de la fiction mais du vécu aux yeux du poète-dramaturge originaire de Pointe-Noire.  
Au-delà du grotesque de l'intrigue, la pièce se donne à lire et voir comme une farce-sinistre, un jeu de scène dont le but est d'éveiller les consciences. Les pessimistes diraient "de provoquer des cauchemars" à la place. Moi, je préfère ma neutralité. Le ridicule tue, autrement la tortue ne s'engouffrerait jamais dans sa propre carapace. La honte est un sentiment légitime, qui confine les limites du permis, du tolérable, du confortable. J'ai suivi un musicien qui se vantait de consommer quotidiennement une abondante quantité de chanvre avant d'exercer son métier. Je m'en doutais bien à voir son comportement sur scène. Donc il ne m'a rien appris que je ne savais déjà. Et lorsqu'il s'en vantait, on percevait quand bien même une sorte de gène sur son visage. Les traits du visage et ses gestes trahissaient ses paroles. Vous voulez encore une définition du politicien: c'est un musicien qui se vante de fumer du chanvre. Whatever! Je n'ai rien changé à mon légendaire slogan: "Politica, Politica, Mani Pulite".
Que non! C'est Nnikon Nniku, le personnage charismatique de Gérald-Félix Tchicaya, lui aussi père de la nation. Sa doctrine est pompeusement appelée le nnikonnikunisme. Et le leader n'est ni con ni cul. L'obscénité va avec le pouvoir, hélas.

11 mars 2014

Un cas qui fait réfléchir 2

Poussons la réflexion un peu plus loin. Elle s'étend à la vie. Quelle fragilité! Quelle volatilité! Oui, la vie est fragile et volatile. Ephémère, elle surgit comme un volcan et s'évanouit comme une fumée. Eternelle, elle s'éloigne des vivants physiques et se spiritualise. Voilà ce qu'est la vie. Fugace, fugitive, végétale, fluctuante, elle se définit à l'instant plutôt qu'à l'heure.
J'ai déjà tout dit. Récapitulons. Schummacher, un champion qui a, au cours de sa carrière active, montré vivacité, persévérance, résistance, est aujourd'hui le même soumis aux méandres du destin. Qu'un homme fort en soit là aujourd'hui, fait forcément réfléchir. De quoi se révolter contre le sort, et se perdre en cogitations. S'il avait décidé de faire autre chose en cet instant, il serait sans aucun doute encore sur ses pieds. Si quelque empêchement indépendant de sa volonté l'avait amené à renoncer à cette ballade en ski, il serait encore en ce moment peut-être au volant de sa Ferrari ou de n'importe quel véhicule. Y aurait-il une éventualité qu'il en soit autrement? La livre de la vie s'est déroulé ainsi pour lui. Il aurait pu vivre normalement et s'adonner à ses passions s'il pouvait changer le cours de son histoire. Seulement voilà, les dieux en ont décidé autrement.
La vie ne nous appartient pas; elle est nous donnée, mieux elle nous est prêtée. Un cadeau empoisonné, diraient les méchants. Un prêt mortel, diraient les pessimistes ou réalistes. Une grâce divine pour les croyants. Un seul instant suffit pour qu'elle change de fond en comble. Un geste, quelques secondes d'inattention, un faux-pas, une chute, un coup de balle, voilà des occasions inopinées pour la perdre ou mieux la rendre au propriétaire ou au créancier. Les musiciens congolais ont raison lorsqu'ils répètent que "nous sommes des étrangers sur cette terre des hommes,"..."que nous passons sur cette terre"... "qu'on ne vit qu'une seule fois". Des apophtegmes pour inciter à la délectation de chaque instant.
La vie est un don magique. Traitons-la comme il convient, foi de mythologue.

10 mars 2014

Schummacher, un cas qui fait réfléchir

J'ai écrit plusieurs articles sur Schummacher, que je n'ai pas eu le courage de publier et que j'ai simplement effacés. Erreur! Je n'aurais pas dû.  Ce quintuple champion de F1 que je n'ai jamais réussi à vraiment admirer, puisque je le trouvais génial et imbattable, jouit pourtant de toute ma sympathie. Je trouvais ses victoires répétées parfois faciles. Par contre, je n'ai jamais caché mon admiration totale pour Ayrton Senna dont j'avais suivi en 1994 l'accident mortel en direct sur le circuit de San Marino. Ce jour-là, Schummi avait aussi gagné.
Depuis le 29 décembre jusqu'à ce jour 10 mars, le héros du volant est soumis à un coma artificiel à la suite d'une chute en ski et se trouve toujours entre la vie et la mort. Le monde entier retient son souffle, curieux et anxieux de connaître l'issue de ces prouesses médicales. Le pronostic devient inquiétant lorsque l'on se rend compte de la longueur  de ces traitements. Comment sortira-t-il de ce coma? Qu'adviendra-t-il de lui? Aura-t-il encore le contrôle de ses facultés motrices et intellectuelles? Saura-t-il revivre comme par le passé? Autant de questions sans réponses. Confions-le à Dieu!
Pour moi, Schummi est un homme de la vitesse dont le destin est entièrement marqué par la vitesse. S'il a réussi à échapper aux vertigineuses courbures des circuits de la F1, il a chuté gravement en skiant. Comme Senna, comme Molière, comme Villeneuve, ce féru du mécanisme de la rapidité a connu son accident fatal sur une scène d'activités sportives. C'est sur un arène que prend fin la vie d'un lutteur; c'est sur un portable que survient la fin d'un acteur. Deux mois de combat et de défi contre la mort! De quoi en arriver à se demander si la vie vaut encore la peine d'être vécue.
Voilà une situation délicate, sensible qui exige de la pudeur et du respect vis-à-vis de l'être humain dont la vie est en danger, de sa famille et de ses amis. Sa famille ne perd pas l'espoir qu'il s'en sortira. Lui-même est un battant qui nous a montré comment aller jusqu'au bout de ses moyens, résistant implacable devant les revers du destin. Michael Schummacher doit vivre, non plus pour lui-même mais pour les siens et pour tous ses fanatiques. Courage, champion!
 

9 mars 2014

Des félicitations, enfin.

"Abbé Claver,
Excusez que je vous appelle encore abbé alors que vous l'avez quitté. Sambu na mono, nge kele kaka nganga-nzambi ti kuna lufwa. Yo ta baluka ve. C'est Ya Christine qui m'a parlé il y a quelques jours de votre site et m'a communiqué votre adresse email; elle y lit des choses incroyables, selon elle.
Je suis vraiment fascinée par tout ce que vous écrivez. Il y a de quoi passer des heures et des heures à vous lire. En tout cas, je tenais à vous féliciter pour votre blog. Etc."
(Lisette, 9.3.2014)
 
Merci mingi, Maman  Lisa.
C