5 avr. 2015

"On ne sait pas ce qu'il se passe" vs "On ne sait pas ce qui se passe"

Bon dimanche de Pâques. 
Ce matin, j'ai surpris une intéressante discussion entre mes deux enfants, dérangés par un dysfonctionnement de la télévision.
 - "Je ne sais pas ce qu'il se passe", dit Claver.
- "Non on ne dit pas comme ça, on dit: "Je ne sais pas ce qui se passe", rétorque Chrystelle.
- "C'est écrit dans le jeu de ... "
- "C'est écrit, mais on dit ce que j'ai dit moi".
Je me suis retenu d'intervenir avant d'arrêter: "On dit les deux". Cela m'a fait réfléchir. Au fait, une des deux formulations doit être incorrecte. A quel niveau se situe la différence entre ces deux phrases? Notez en passant que ces deux enfants n'ont jamais appris une seule leçon de grammaire française. A l'oeuvre grammairiens!

4 avr. 2015

O Sapologie, toi qui règnes


Wemba: "O Sapologie, toi qui règnes sur tous les podiums du monde entier." Ainsi s'ouvre une émission-documentaire consacrée à la sape. "Sapologie, ou l'art de bien s'habiller". Sans grande surprise, j'ai retrouvé ce que j'ai toujours dit et pensé de la sape dans ce documentaire. Je déduis des interventions et des images diffusées dans cette émission que la sape est un phénomène de société, une idéologie et un business.
1. Phénomène de société. Papa Wemba n'est pas le fondateur de la sape, mais il est celui qui l'a incarnée le mieux. Sans doute à cause de sa réputation internationale en tant que musicien, artiste, acteur et peintre. Personne avant lui n'avait autant vulgarisé cette adoration particulière du vêtement. Il a pesé de tout son poids pour la diffuser aux quatre coins du monde à tel point que son nom est évoqué à chaque fois qu'on parle de la sape, de la sapologie, des sapeurs. A l'inverse également, chaque fois que des gens entendent le nom de Wemba, ils le lient spontanément au phènomène de la sape. Le culte du paraître envoûte toute la société africaine. On vaut ce qu'on porte. Le vêtement fait l'homme. Autrement dit, le vêtement est l'exutoire psychologique idéal contre la pauvreté, la précarité, la marginalisation et le mal-être. Il s'agit de paraître riche alors qu'on vient d'origines modestes, de goûter aux plaisirs réservés des parfums et des couleurs inaccessibles aux communs des mortels. Casque colonial, bermuda etc... et il paraît, habillement inspiré de nos ancêtres. Un sapeur n'est pas un clown malgré l'extravagance de son  masque vestimentaire. Il est. Il est ce qu'il est. Son défi consiste à tenter de joindre l'être et son paraître, à annuler la distance entre le jeu et la vie réelle.
2. Une idéologie. A en croire l'interviewé congolais, l'idéal du paraître est de choquer le regard des passants. On est vu comme un clown, mais on est une personne normale. La seule différence est qu'on voue une dévotion à l'habillement qui reçoit dès lors une dimension sacrée. La sape, c'est une idéologie; mieux c'est une religion. Il ne s'agit certes pas de remplacer Dieu par le vêtement, mais de l'atteindre de façon privilégiée par l'intermédiaire du vêtement. Dieu étant le sommet des sommets, le Très-Haut, on utilise l'habit comme une relique, un scalpel, voire un fétiche pour contempler la divinité céleste. Je ne m'étonnerais pas qu'il s'y cache des pratiques occultes ou mystiques encore voilées au public.
3. Un business. Sape rime avec argent, plus précisement argent à dépenser. Il faut savoir placer son argent, dit un adage. Lorsque d'autres pensent à se construire ou à acquérir des maisons, le sapeur investit dans l'habillement. Il épargne mensuellement 250 Euro afin de se payer des chaussures Weston de 2500 Euro au bout de dix mois. Il peut emprunter un prêt bancaire pour enrichir sa tenue vestimentaire. Le sapeur dépense onéreusement pour son look. Autant la pensée du père de maison se concentre sur les coins et recoins de sa bâtisse, autant celle du sapeur est orientée vers les derniers produits de la mode, vers les magasins du prêt-à-porter, vers les modèles et les créateurs de rêves. La sape est un investissement. Lorsqu'on y réussit, elle ouvre des horizons financiers insoupçonnés.

Mes réflexions sur la sape et la sapologie (science de la sape) ont pris une tournure plus objective depuis quelques temps. Auparavant, je la condamnais en bloc sans même y percevoir le moindre signe positif. C'est dans cet esprit que j'ai écrit ma pièce Le sapeur en 2010. Je la prenais pour une folie, pour une vie faussée. Tout en relativisant la portée de mes pensées antérieures, j'ai pris de la sympathie pour ce mouvement excentrique, estimant que les prétentions des sapeurs ne sont pas forcément toutes des contre-vérités ni des faussetés. La sape constitue un phénomène de société dont les racines doivent être explorées car elle entraîne dans sa vague, comme envoûtée par un esprit irrésistible, toute une jeunesse en quête d'identité. Ca, c'est la réalité.

Belle lettre pascale d'un missionnaire à son ami (2.4.15)

"Cher Claver,
Jeudi Saint, c’est déjà les fêtes de Pâques.
Je te les souhaite saintes, joyeuses et belles.
Pâques porte en elle-même une bonne nouvelle, voire La Bonne Nouvelle de toutes nos histoires et de toute l’Histoire, en ce qu’elle renverse et transforme les ténèbres en lumière, l’échec en victoire, le pessimisme en espérance, la haine ou l’indifférence en charité, la mort en la vie, bref la garantie d’un dénouement heureux – « happy end » -  au bout des incertitudes, doutes et même chaos de la vie.
C’est la dernière Pâques que je passe à Kinshasa, après douze ans de présence ininterrompue au Congo. Je dois aller en mission en France dès la semaine prochaine, et pour les deux ou trois ans à venir. Je prendrai le temps de signaler mes contacts définitifs une fois que je les aurais eus ; entretemps, l’adresse email reste le moyen inchangé et fidèle de continuer à communiquer comme toujours.
On va la fêter aussi avec cette joie de la nomination de Mgr JP Kwambamba comme évêque à Kin. (...)
Joyeuses fêtes de Pâques. Que Christ ressuscité  fasse briller la lumière de sa présence glorieuse dans ta vie et dans tes  activités.
Salut aux gosses et à Mère Double.
PSK"
 

"Yezu Kristu ufutumukini, Alleluia alleluia"

"Yezu Kristu ufutumukini", nkinsi ya mbote ya Pake na beno yonso.
Mwinda ya Yezu ya me futumuka kutemuna banzila na beno ti lusumbulu na yandi.
C

3 avr. 2015

Vendredi-Saint à St Francis, Barbados

3 avril 2015. Ce matin, je ne voulais pas aller à la cérémonie de 10h30 programmée pour les enfants. J'ai gardé un souvenir mitigé de celle de l'année dernière. Mais les circonstances ont fait que je me décide à y accompagner Madeleine-Chrystelle et Claver. Fr. Michael sj, le curé, est très original dans la conception de cette cérémonie qui, en fin de compte, se révèle au-delà des normes liturgiques habituelles. On arguera que c'est pour que les enfants comprennent la passion de NS Jésus-Christ. Soit, je vous laisse juger.
La cérémonie a commencé dehors par une procession avec des palmes avant de rentrer dans l'église pour célébrer l'entrée de NSJC à Jérusalem. Ensuite, le curé a effectué le lavement des pieds de douze enfants, parmi lesquels Claver. Un privilège unique, car je n'ai jamais de ma vie eu cet honneur. Puis on a mis sur une table du pain et des boissons sucrées pour commémorer la Dernière Cène. Réunis autour du curé, les enfants ne se sont laissés prier de prendre le corps et le sang avant même leur première communion. Des bébés ont pris leur part également, à la grande joie de leurs parents amusés. Puis a suivi l'étape de la crucifixion de JC: une croix et un enfant de race blanche y a étendu les bras. Ensuite, la mort: le curé a demandé à l'enfant crucifié d'aller se cacher derrière le flanc gauche de l'autel pour reparâitre, tout de blanc vêtu, en Christ Ressuscité. Bref une cérémonie indigeste pour qui possède des notions liturgiques, mais parfaitement réussie pour les enfants qui en ont redemandé. Les fidèles étaient très amusés d'assister à cet exercice de dévotion qui a combiné toute l'essence de la semaine sainte et du triduum pascal en un seul cocktail cultuel.
La partie sérieuse de l'office était consacrée à l'adoration en bonne et due forme de la Croix à laquelle se sont associés volontiers les adultes et les parents des enfants présents. Quoique je sois resté comme sur ma soif, l'essentiel est que les enfants ont compris le message de Pâques en y participant de façon active.
J'ai observé beaucoup de choses, mais je m'arrête à une seule. Un point sensible. On me dira que JC était de race blanche. Il fallait donc recourir à un enfant blanc pour représenter le crucifié et le ressuscité. Cela m'a fait tiquer... Seigneur prend pitié de moi, arrête de telles pensées en moi car pour beaucoup de fidèles ce n'était pas du tout un problème. Alors pas du tout! Du moins j'ai entendu quelqu'un parler de la Madonne noire au Mexique. Le Christ noir était évoqué autrefois, mais sa mémoire semble s'être effacée des esprits. La bonne chose, c'est que dans une société multiraciale il est aisé d'opérer de telles représentations sans froisser des sensibilités. Je dois avouer que le curé sj a su faire passer son message sans s'attirer les foudres des défenseurs d'idéologies. Sauf les miennes bien entendu!

"Pour mieux faire que Mobutu... " (3)

Arrêtons-nous cette fois-ci à la première séquence: "Pour mieux faire que Mobutu..." Faisons-en un rhème en quelque sorte. Quelle information porte-t-elle cette séquence? Il faudrait déterminer la fonction de Mobutu, s'il est un élément, un argument, un paramètre de comparaison. Il faudrait savoir si le ministère considère Mobutu comme président; s'il entend dépasser le président dans son action ou encore si son discours se limite simplement à un niveau individuel. Je vais traduire plus clairement le message du ministre kabiliste.
Mobutu a regné sans paratage sur un pays qu'il a servi tout en l'exploitant, sur des habitants qu'il a fascinés tout en les intimidant. Telle est la vérité du pouvoir dictatorial. Très éloquent, il savait galvaniser des foules à sa cause. L'opposition a surgi de ses propres rangs dès que la dérive despotique a atteint son apogée. Après la création de l'UDPS, il n'avait pas compris aveuglé par son ambition que la roue de l'histoire tournait irrémédiablement contre lui. Etc.
"Mieux faire que Mobutu?", de quoi s'agit-il? Quel contenu y mettre? Faire quoi, agir sous quelle forme? Autant de questions! Le kabiliste a sans doute entendu dire: "mieux servir son pays", "obtenir de meilleurs résultats", "réussir" en terme de développement économique, de bien-être et de justice sociale. Les esprits cyniques pourraient renverser ces valeurs en options négatives telles être  plus dictateur, imposer un empire monolithique de corruption, développer et adopter les méthodes les plus machiavéliques, museler la démocratie en incarcérant ou assassinant le plus nombre d'opposants politiques, en radicalisant plus fermement le despotisme, etc. D'aucuns vous diront que ce fut une des dictatures les plus sanguinaires, les plus dégradantes et les abominables; et que l'on ne peut faire pire. La discussion ouverte ne laisse personne indifférent selon qu'on est d'un côté ou de l'autre.
La démocratie quoi qu'il en soit constitue un très mauvais jeu pour l'Afrique. Souvent, elle est de façade et divise plus qu'elle unit le peuple. Les élections souvent divisent le pays en pôles géopolitiques difficiles à maîtriser, car la base de départ de beaucoup de partis est souvent régionale, ethnique ou tribale. Le Nigeria vient d'opérer une révolution démocratique exemplaire avec l'élection de Muhammad Buhari. Coup de chapeau à Goodluck pour avoir concédé sa défaite sans résistance; ce qui est rarissime dans une Afrique où les partis au pouvoir perdent rarement les élections. Souvent c'est le recours aux armes qui les forcent de partir.

1 avr. 2015

Félicitations à Mgr Jean-Pierre Kwambamba

Depuis hier le 31 mars 2015 a été diffusée à travers les médias et l'Internet la nouvelle de l'élevation au rang épiscopal de l'abbé Jean-Pierre Kwambamba Masi, prêtre du diocèse de Kenge. Le Saint-Père François a nommé son maître de cérémonies liturgiques évêque auxiliaire de Kinshasa. Une grande nouvelle pour tous les proches de cet homme de Dieu si brillant dont la carrière est admirablement bien étoffée. Une nomination bien méritée pour laquelle il convient d'abord de rendre gloire à Dieu et implorer sa bienveillance sur son humble serviteur. Un honneur pour sa famille biologique et spirituelle qui doit vraiment être fière de lui, car le Seigneur reconnaît ses mérites, sa bravoure, son zèle et son idoneïté à l'Eglise catholique romaine. 
En Jean-Pierre je salue personnellement un cadet du petit séminaire, un élève du temps de ma régence, un confrère dans le sacerdoce, un frère avec lequel je partage beaucoup d'affinités dans la vie. Je ne m'étendrai pas sur les détails tellement il y a de choses à dire. Du plus profond de mon coeur, je le félicite et lui souhaite un fructueux ministère épiscopal à Kinshasa. Le chemin est, hélas, semé d'embûches. Que nos prières l'accompagnent pour que le Seigneur soit son unique guide et rempart!
Proficiat, Mgr Jean-Pierre!