13 févr. 2017

Prêtre et devin 2

A la suite de mon entrée titrée "Prêtre et devin", j'ai reçu des messages oraux directs et indirects, des emails et des commentaires allant dans tous les sens. D'aucuns ont cherché à personnaliser le débat au lieu de se situer au niveau du général. D'autres ont identifié des pasteurs et prêtres directement impliqués dans ce trafic, et il se fait que les coïncidences ne manquent pas. Quoi qu'il en soit, je reste dans la logique de ce blog. Lorsque je cite des noms de personnes, c'est dans un but précis. Pour éviter toute confusion, j'ai tronqué ma réflexion de son ouverture.
Prêtre et devin ou sorcier. Antinomies! Lorsque j'étais enfant, on associait souvent le prêtre au sorcier. Tous les mythes qui circulaient sur eux ne me sont pas restés inconnus, je les ai consommés comme tout enfant de mon âge. J'avais tôt développé un sens critique très fort vis-à-vis de ces fantasmes collectifs. Je dis haut et fort que j'en suis arrivé là grâce à mon père. Relisez ce blog pour vous en convaincre. Je me souviens même à quel endroit, à quel moment d'août 1969 à Mutoni. Enfant, je me suis nourri de cette ambiance de superstition indécrottable. Du prêtre devin-sorcier j'ai toujours entendu parler, car il est considéré aussi "nganga" que le nganga nkisi ou nganga-ngombo. Lorsque je suis devenu servant de messe à la paroisse St Esprit de Kenge, ma grand-mère maternelle Kha Mususu m'a mis en garde: "A nge mwana yandu kulwenga! Kiloki wa monga. Nani wahana?" (Et toi petit-enfant trop éveillé. Tu auras la sorcellerie. Qui offriras-tu en sacrifice?" Je n'avais pas dix ans. Telle fut la conviction des gens à l'époque. Telle est encore la pratique des gens aujourd'hui.
Lorsque les Petits Chanteurs et Danseurs de Kenge devraient aller en Europe en 1967, beaucoup de parents, dont les miens, ont refusé de laisser leurs enfants entreprendre le long voyage mais ce n'était pas pour la même raison. En dépit de toutes les assurances que le P. Van den Boom avait données aux gens, une psychose collective avait affecté les habitants de Kenge. Certains ont cru que leurs enfants seraient "lavés" ou "blanchis" et ne reviendraient pas vivants, mais métamorphosés en blancs. Un accident de noyade survenu au bac de la Wamba/Kenge II fut tout de suite lié à ce voyage. Trois enfants dont Mazumbu, qui avaient accompagné un certain Mr. Daniel, ami du P. Van den Boom, furent noyés, sacrifiés sur l'autel de la sorcellerie sacerdotale. Un discours anticlérical et méfiant fut explicitement tenu. Les croyances sont multiples à propos de meurtres sacrificiels, tellement enracinées dans nos coutumes qu'il nous est presque impossible de nous en défaire. Des pratiques de désenvoûtement avaient lieu dans les rues en ces années-là. Que dire des bruits qu'on entendait circuler à propos de l'abbé Makula? Des histoires à dormir debout, mais je les ai entendues. Ce qui est bien, c'est que j'ai eu plus d'une fois l'occasion d'en parler avec lui-même lorsque je devins son confrère. A Kimbau, la proximité des pères avec les morts était encore plus évidente: on disait d'eux qu'ils alimentaient les morts en bananes. Lorsque le Père Everard Leferinck svd allait administrer l'extrême onction quelque part, les gens étaient convaincus que la personne n'allait jamais survivre ou presque. Le P. Everard, homme d'une spiritualité sans ambiguïté, est pourtant un missionnaire exemplaire que je respecte et aime.
Pour dire que j'ai grandi dans ces mythes, et que je les connais relativement bien pour avoir été des deux côtés du monde. C'est qu'il y a une distance incroyable entre ce que sont les prêtres et ce que les gens croient à leur sujet. C'est à ce niveau que tout se joue. Certains ecclésiastiques aiment à entretenir ce mythe mystique ou ce mysticisme afin de s'attibuer un ascendant occulte sur les communs de mortels. De l'exorcisme à la pratique divinatrice, du sensationnel à la superstition, le saut s'effectue parfois dans une embrouillante confusion. Il faut savoir distinguer le bon grain de l'ivraie.




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