27 avr. 2014

La bousculade mortelle de Kikwit

Kikwit, 25 avril 2014, 2h00. Une bousculade a causé, au Stade du 30 juin de Kikwit, la mort de 21 (23) compatriotes à l'occasion du Festival King Kester Emeneya. Paix à leurs âmes! Sincères condoléances à leurs familles! Tout le monde y va de son commentaire: incompétence des autorités, maladresse de l'organisation, conflits occultes pour justifier ces morts au quarantième jour du décès du musicien Jean Nkwamambu Mubiala Emeneya.
 
"Bonjour ou bonsoir ça dépend à l'heure où vous nous captez. Voici donc votre humble serviteur Mike Lokamba, archevêque de la presse congolaise, Ekila mwa Nzambe ndenge tolobaka toujours" (sic) Quelle diction et quelle éloquence! Le journaleux Lokamba a lancé son micro-baladeur au lendemain de cet accident dans les rues de Kinshasa.
Le premier intervenant est un certain Pasteur Charles. Selon ce prétendu visionnaire, l'accident est le résultat du conflit mystique qui a opposé les autorités sur le lieu d'enterrement de Kester. Il insiste sur des phénomènes étranges: "gwa moko eleki"(guerre fétichiste), "motema mabe" (mauvais cœur), "misala ya mabé"(maléfices). C'est un combat qui s'est passé sur le plan spirituel qu'on ne saurait comprendre sur le plan physique. Ce combat des ténèbres impliquerait le gouverneur et un député national de Kinshasa, et même entre les élus du coin, foi de Pasteur Charles. Le versement était inévitable selon ce charlatan. La question que j'aurais posée à ce Pasteur serait: "Puisque vous avez vu cela dans vos visions, pourquoi n'avez-pous pas prévenu ces autorités pour que le drame soit évité? Des vies auraient été sauvées par votre clairvoyance."
D'autres passants, plus raisonnables et réalistes, sont des ressortissants de Kikwit. Pour eux, on aurait dû soit prévoir un groupe électrogène de secours soit organiser le Festival de jour et en plein air. Le mur qui s'est écroulé est vieux et n'assurait aucune sécurité dans un stade construit du temps ancien. D'autres ont évoqué de conflit de leadership entre les autorités qui auraient politisé l'événement en imposant deux podiums au lieu d'un seul.
 
C'est vraiment le monde à l'envers. Le pasteur, l'homme censé éclairer et libérer les esprits des croyances sorcières est celui-là même qui embrouille et accuse les autorités d'opérer dans les ténèbres. Les Kikwitois n'évoquent pas le mécontentement des chefs coutumiers que le vendeur des versets bibliques mentionne, mais relèvent l'insuffisance de l'organisation et la vétusté du stade. Il faudrait plutôt blâmer les organisateurs pour leur manque de professionnalisme et leur négligence que semer la confusion dans les esprits. Cet incident nous offre une idée du genre de vie que mènent nos compatriotes, sur le mécénat politique qui ruine des événements culturels en les politisant.
Recommandons les âmes de ces pauvres innocents à la bienheureuse miséricorde de l'Eternel.

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